La fiancée de Tonnerre

Ce sont les masques de Danielle-Marie qui m’ont séduite en premier; et qui m’ont conduite jusqu’en Bourgogne. Danielle-Marie m’a fait découvrir la Fosse d’Yonne – l’ancien lavoir de la ville de  Tonnerre. Elle m’a bercée de contes et de légendes de la région. Un désir de collaboration est né; je voulais  m’inspirer de ce lavoir gigantesque. Puis, j’ai voulu aussi répertorier d’autres lavoirs, en connaître plus sur les rituels qui entouraient cette pratique de la grande lessive.

J’espérais donc, en m’inspirant des lavandières, de leurs rituels et des masques fantasmagoriques de Danielle-Marie, écrire un scénario. Pendant des semaines, nous avons quadrillé la région et découvert des lavoirs abandonnés, en mauvais état mais souvent inspirants…

Je me suis rendue compte de la fascination qu’avait exercé sur moi le film La belle et la bête de Jean Cocteau.

Masques 1 © helen doyle

Je voulais créer un film «aquatique»; après avoir réalisé Le rêve de voler, un ballet aérien, l’eau me semblait l’élément parfait pour cette nouvelle aventure… de La Fiancée de Tonnerre.

Masques 2 (Élodie) © helen doyle

Malheureusement, malgré tout le travail et la passion que nous y avons mis, ce projet
n’a  jamais vu le jour.

Mais alors qu’elle préparait son exposition récente, Danielle-Marie m’a reparlé de mes photos de repérage prises, il y a longtemps maintenant, afin d’illustrer mon scénario. Je me suis donc rendue au Centre Vu, à Québec, et avec Vincent Roy, nous avons  fait des tests d’impression sur des tissus. Je tenais en effet à garder cette idée que les lavandières imprimaient sur leurs draps les images de ces êtres qui erraient dans les eaux troubles de leur lavoir…

Nous avons imprimé trois photos de la  dimension d’un drap de lit et Danielle-Marie, poursuivant mon idée, les a suspendues à des cordes à linge dans son exposition.  Je suis très touchée et fière qu’elle ait intégré notre travail à son exposition.

Masques 3 © helen doyle

Masques 4 © helen doyle

Ça me donne même le goût, non pas de me battre pour faire un film, mais de déployer ce qu’il faut de moyens pour réaliser une installation à partir de cette… recherche.

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Au royaume de Danielle-Marie Chanut

Chaque fois que je passe à Paris, je fais un arrêt chez mon amie, l’artiste Danielle-Marie Chanut. Elle vient d’emménager dans un nouvel atelier, rue Bénard, dans le 14ième.

D.-M. Chanut devant son atelier © helen doyle

Lorsque j’ai fait sa connaissance en 1980, Danielle-Mairie créait des masques; maintenant elle se consacre plutôt aux livres détournés.

D.-M. Chanut © helen doyle

D.-M. Chanut © helen doyle

Au cours de l’ été dernier, durant trois mois, au Musée des Arts Naïfs et Populaires de Noyers (un village médiéval) en Bourgogne, elle présentait une grande exposition, Des Singularitez et Chimères

Enfant sauvage, j’avais comme amis 

La bibliothèque de mon grand-père et le marronnier du jardin. 

Les livres sont faits pour être lus dans les arbres. 

Ils sont animaux et végétaux et, comme le marronnier, 

Ils racontent des histoires. Ils portent les cailloux du petit Poucet.

Piègent l’œil, crachent la colère,

Sont percés des flèches des indiens, soumis par ruse et par force… 

Sable, pierre, peaux, os, bois flottés, racines et becs… 

et petites choses insignifiantes, 

le soutiennent, les creusent, les entrouvrent et les  livrent.

Il faut explorer son site http://www.danielle-marie-chanut.fr/

L’expérience est pur moment d’enchantement, mais comme ces œuvres sont en trois dimensions, elles sont magiques lorsqu’on peut les voir… Quand on entre dans son atelier (sur rendez-vous), on a l’impression de pénétrer dans la caverne d’Ali Baba. Et Danielle-Marie se charge de vous envoûter en vous racontant, comme la Shéhérazade des Mille et une nuits, ses mille et une nuits à elle, à assembler ces petits morceaux de plumes, de perles, de porcelaine, illustrations et livres anciens qui l’inspirent pour en faire Souvenirs de sables, Ne cherchez plus mon Cœur, les Bêtes l’ont mangé (Beaudelaire), Livres grotesques et quelque peu baroques

Bretagne 2009 © helen doyle

À partir d’un morceau de verroterie, elle construit un univers poétique, fantasmagorique.
Et de son regard amusé et espiègle, Danielle surveille le moment où vous serez tout à coup, comme Alice aux pays des merveilles, entraînée dans son univers, aux prises avec un de ses sortilèges… Mais n’ayez crainte : ce ne sont pas des maléfices.

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Place à Cecilia Mangini

Au Festival international de films de femmes de Créteil, Cecilia Mangini est à l’honneur…

Accueil © helen doyle

Avant sa classe de maître, Cecilia fait une belle intervention et commente, pour un public attentif,  une série de photographies qu’elle a réalisées avant de venir au documentaire…

Prises entre 1952 et 1965, ces quelque 60 photographies témoignent de son engagement social.

Les photographies sont exposées le long de la galerie de la Maison des arts de Créteil. Paolo Pisanelle, directeur artistique de Cinema del Reale me dit : «Cette exposition, c’est rien; il y a encore des négatifs et des photos de Cecilia qui mériteraient d’être vus car elles transmettent, comme celles-ci, la dignité et l’humanité profondes des gens, comme celles de la photographe.» Déjà, tout le monde est sous le charme.

Cecilia, Jackie et Marina © helen doyle

Cecilia Mangini à Créteil, avril 2011 © helen Doyle

Puis, c’est la classe de maître et la présentation de Stendali – Derniers témoignages d’un chant funèbre en griko (dialecte de l’Italie du Sud d’origine grecque). Quel plaisir de savourer ce film d’une qualité picturale exceptionnelle sur grand écran… En plus,  avec des sous-titres français qui rendent bien, comme le dit Cecilia, le texte écrit par Pasolini.

«Nous ne connaissions pas le griko, ni Pasolini ni moi. Il avait trouvé une traduction en italien datant du 19e sciècle, de plusieurs poèmes populaires. Le texte de ce chant funèbre n’existait pas. C’est lui qui l’a créé, par juxtaposition des plus belles parties des textes existants»

«Pasolini, souligne-t-elle, a probablement puisé aussi dans le souvenir de la douleur de sa mère qui avait aussi perdu un fils,  Guido,  le frère cadet de Pasolini. Il a reconstitué à sa manière et par le biais de cette expérience ce texte, en le portant à un degré de lecture et d’émotion que le spectateur ne peut qu’apprécier.»

On sent le regard attentif de Cecilia, profondément attachée à ces pleureuses et à leurs rituels en train de se perdre, consciente, comme lui dit une des femmes, que le jour où elle s’éteindra, il n’y aura plus de larmes…

J’assiste ensuite à la présentation d’un film très amusant,  Felice natale, montage remarquable,  plein de jolies trouvailles et d’ironie sur la consommation autour du petit Jésus et de Noël. Un travail tout en finesse et en fines observations, comme la réalisatrice,  qu’on devine très coquine à ses heures.

Projection de Essere Donne : ce moyen métrage nous donne la vision de la réalisatrice au regard perçant et critique sur la condition des femmes de l’Italie en 1965. Un film auquel l’Italie refuse un visa de qualité, ce qui empêche sa diffusion, malgré le fait qu’il remporta le prix spécial du jury du Festival de Leipzig.

La Canta delle Marane s’arrête au jeu autour de marais ou d’étangs de gamins habitant la périphérie romaine. Là encore, un texte de Pasolini écrit à la première personne du singulier. «C’est probablement la première fois que ça arrive dans un documentaire italien, souligne Cecilia. Avec une certaine nostalgie de celui qui, ayant veilli, ne partage plus les  jeux de ces jeunes adolescents»…

C’est un très beau complément à deux autres films à l’univers un peu semblable, dont Ignotti alla Città. Il s’agit là du premier documentaire de Cecilia qui, comme Pasolini, arrive à Rome pour y vivre et découvre par le roman de Pasolini un univers : l’existence quotidienne des jeunes des borgate (banlieues dégradées). Alors que Pasolini était dénoncé pour son roman Le Ragazzi de vita, le documentaire de Cecilia a été interdit par la censure pour incitation à la délinquance…

Pour cette édition du Festival, plusieurs films sous le thème du fascisme venaient de la sélection au Sud de l’Europe. Une fois de plus, Cecilia brille par ses propos et sa perspicacité lors d’un forum sur les dictatures en héritage avant de présenter All’armi siam fascisti, un long métrage sur la dictature réalisé collectivement par elle-même, son mari, Lino Del Fra, et Lino Micciché.

Cécilia raconte à merveille comment ils ont récupéré, un peu partout en Europe, des archives «fascistes » et comment ils ont,  par le jeu du montage et de la narration, réécrit en quelque sorte un pan de l’histoire en mettant en lumière une autre facette… «la vérité historique des images de propagande va au-delà des intentions de ceux qui les ont tournées», ajoute, persuasive, Cecilia.

«Ce film ne veut persuader personne, écrit Mangini dans le programme. Ce film veut seulement dire que nous sommes les fils des événements résumés sur cet écran, mais aussi responsables de notre présent. Nous voulions raconter aux Italiens, 15 ans après la fin de la guerre et 17 ans après la chute du fascisme, ce que le fascisme avait été pour notre pays. Nous qui connaissions le fascisme et l’avions subi, et même aimé (car gamins, nous l’aimions), nous avions une dette à régler…»

Oui, cette réflexion sur les dictatures tombe à point et Cecila insiste, comme plusieurs autres participantes, sur l’importance pour les gens de comprendre et de connaître leur histoire afin d’être libre de participer en toute connaissance de cause à la démocratie…. Oui, l’ignorance nous rend si vulnérable; comment se forger une opinion si nous ignorons le passé et ses conséquences? Comment ne pas être dupes?

Véritable coup de coeur ! Au festival, tout le monde adore Cecilia : magnifique,  incontournable, vivifiante… Un grand merci à Jackie et à Marina (et aux «adorables» Flo et Micheline pour l’hébergement et la chambre fraîchement repeinte…)

Paris, avril 2011 © helen doyle

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Un trésor vivant ou des mimosa pour Cecilia

J’aurais voulu apporter des fleurs à Cécilia Mangini, ce premier lundi d’avril, lors de cette rencontre orchestrée par Jakie Buet au festival de Créteil.

Quelle rencontre! En fait, ce n’est pas juste quelques branches de mimosa que j’aurais voulu lui offrir, mais une gerbe immense de ces fleurs jaunes et parfumées qui annoncent déjà le printemps.

Sur Internet, j’avais déjà visionné son film Stendali qui m’a complètement éblouie.

La reconstitution de ce rituel mortuaire dans les Pouilles, la qualité picturale des images, la lumière : quel enchantement ! Ce sont de véritables  tableaux. On voit que la Signora Mangini est aussi photographe.

Cécilia (puisqu’elle ne veut pas du Signora) s’exprime dans un français impeccable. Et elle est un de ces «trésors vivants», témoin et actrice de l’histoire de l’Italie contemporaine, mais aussi de son cinéma, du documentaire, à partir de l’animation de ciné-clubs à la réalisation.

Son premier film, tourné en 1959, s’inspire de Ragazzi de Vita, le  premier roman de Pasolini. Pour trois de ses films, elle fera d’ailleurs appel à Pasolini pour l’écriture de la narration. «Ce film a été censuré à sa sortie» dit-elle. À mon avis, bien que tourné avant l’Accatone de Pasolini, il en est un très proche cousin. Je suis un peu surprise qu’on ne fasse mention de ce film nulle part; pourtant, pour moi, la filiation, le lien de parenté sont évidents.

Quant à Pasolini, je lui précise que c’est le processus de création, l’écriture pour les documentaires, et en particulier pour  les appunti qui m’interpellent et qui m’amènent à Rome. «Pas facile, ce projet…»

Vous avez raison, Cecilia, je me coletaille à tout un défi… Elle me sourit de ses yeux malicieux…

J’ai très hâte de voir toutes les autres réalisations de Cécilia : ce sera une découverte; une révélation?… En tout cas, certainement, un des appunti de ce film à faire…

http://www.filmsdefemmes.com/Debats-et-forums-2011.html

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Ballade

Je viens de regarder le film «Caro Diario» de Nanni Moretti. Dans le premier chapitre de son journal filmé, Moretti se ballade dans Rome. Cette ballade se termine, sur une musique de Keith Jarret, vers les plages d’Ostie où Pasolini a été assassiné. Décidément, ce n’est pas la mort et la manière dont Pasolini a été tué, ni par qui, qui retiennent mon attention. Autre chose me turlupine et sur laquelle je dois mettre le doigt.

Le vendeur de marrons, Rome 2011 © helen Doyle

Dorénavant, je ne peux plus me promener sans voir la Vespa de Moretti – un autre voisin de Monteverde – zizagger dans les rues de Rome sur la chanson de Cohen I am your man, «à fond la caisse», comme on dit…

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Le Ghetto de Rome

Le nom Pasolini dérive du mot Pase (paix, en dialecte) qui a donné Pasini et Pasolini…

Pasolini a utilisé tellement de formes d’expressions : le dessin, la poésie, le théâtre, le roman… et le cinéma, comme scénariste puis comme réalisateur et acteur; et c’est sans compter les essais, les articles et les correspondances… «C’est un pays», me dit le signor Chiesi. «…Une créature protéiforme… qui n’ a pas de réels équivalents parmi les créateurs de son temps», dira René de Ceccatty,  traducteur de PPP et l’un de ses nombreux biographes.

Piazza Costaguti, Rome © helen doyle

Je poursuis mes recherches et nous retrouvons, dans le Ghetto juif , l’appartement où Pasolini a pris une chambre à son arrivée à Rome en 1950. Par quelle fenêtre a-t-il regardé cette ville ? Je me plonge dans Racconti Romani (Nouvelles romaines) …

À deux pas de là, au détour d’une ruelle, nous tombons sur une superbe boutique de photos : la Libreria galleria il museo del louvre, Via della Reginella. Comment résister?

Traces, Roma © helen doyle

Traces (détail) © Helen Doyle

Une jeune femme sympathique – Benedetta, voyant notre intérêt pour une photo de Pasolini avec sa mère Suzanna accrochée au mur, sort un portefolio avec des photos de Pasolini. Il y a là des photos de tournage : Pasolini y dirige une jeune femme, et danse, et sourit; il est si concentré et il semble si heureux… Ah! je voudrais être riche pour acheter toute cette série magnifique du photographe Paolo di Paolo. En fait, Pasolini dirige la danse de Salomé dans L’Évangile selon Mathieu. J’ai déjà eu cette sensation en regardant, à la Cineteca de Bologne, des photos prises en voyage lors de la réalisation de ses appunti. L’ouverture de Comizi d’amore me plaît aussi beaucoup; j’y retrouve un homme attentif aux gens…

Ce que j’aime, par exemple, dans ce film et dans ces appunti, c’est le sourire de Pasolini, le plaisir qu’il semble prendre à interroger, à voyager, à regarder les gens, les enfants, ou à se saisir de la caméra et à cadrer des paysages, des visages. Il y a ce Pasolini heureux… C’est probablement beaucoup dire, mais qui tranche avec l’image de l’intellectuel sombre et tourmenté. Là, tout à coup, Pasolini est un confrère que j’admire et avec qui je peux dialoguer; il n ’est plus un géant, il est Pier Paolo… J’aime bien ce Pasolini souriant, il est moins intimidant; je le regarde et je vois le côté instinctuel et sensoriel, ludique, que je trouve si important dans notre métier : le sens du jeu…

(penser à relire le Poème Le jeu de Hector de St-Denys Garneau…)

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Un ange passe

Il y a des jours où…

Dimanche à Rome © helen doyle

le jeu des enfants est suffisant

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Bologne la rouge

Bologna, vue de San Michele del Bosco © helen doyle

Le 6 mars, lendemain de l’anniversaire de Pasolini, nous sommes à Bologne pour chercher, là encore, des repères de la vie de Pasolini, à l’aide des précieuses  indications de Roberto Chiesi. Lieu de naissance modeste, à deux pas des lieux de tournage de la fin d’Oedipe Roi.

Ici est né Pasolini © helen doyle

La Bologne de l’Italie faciste au moment de ses études en arts et en lettres. Très tôt, Pasolini publie ses poèmes en frioulan, la langue de sa mère et dialecte interdit par le régime.

«Bologne la rouge», autant par sa couleur que par sa politique.

Arcades, Bologne © helen doyle

 

 

 

Bologne © helen doyle

Bologne la rouge, la couleur de sa brique et des lavis sur les murs autant que de sa politique communiste… Quand je pense que mes parents se faisaient dire par le curé que le ciel était bleu (la couleur du parti conservateur de Duplessis) et que l’enfer était rouge (couleur du parti libéral)! J’imagine le bon curé en train de trouver une analogie pour le  communisme; qu’est-ce que ce qu’il aurait  bien pu inventer???

Rouge, rose, orange de toutes ses voûtes… Bologne à dimension humaine, «bourgeoise sympathique», un peu trop suisse au goût de Pasolini, mais dont il appréciait les politiques de sauvegarde des monuments et des bâtiments de la ville. Voilà comment Pasolini percevait cette ville, me dit le signore Chiesi, qui prend encore de son temps pour répondre à toutes mes questions… Pourtant, rien n’indique qu’il est très occupé par la préparation, pour la mi-avril, un événement autour du film Les mille et une nuits.

Plus que la ville elle-même, ce qui marquera Pasolini, ce seront ses amitiés…

Parc du 11 septembre © helen doyle

Détail © helen doyle

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Premio Pasolini a Monteverde

Teatro Vascello 1 © helen doyle

J’ai de la visite : le Signor Marconi; et nous poursuivons repérages et réflexions «socratiques». Le 5 mars, jour anniversaire de la naissance de Pasolini, nous voilà au théâtre Vascello, situé à deux pas de son ancien appartement dans le quartier du Monterverde. On assiste à un événement qui souligne, encore et toujours, la fierté de sa présence dans le quartier, aussi bien que sa création polymorphe, en attribuant de nombreux prix à des artistes, à des créateurs et à des organismes sociaux, sportifs et culturels qui ont marqué la vie de ce quartier de Rome au cours des dernières années. On a donné à ces récompenses le nom de Premio Pasolini a Monteverde. Et bien qu’il s’agisse d’un événement tout ce qu’il y a de plus officiel, l’ambiance est vraiment sympathique et chaleureuse…

Teatro Vascello 2 © helen doyle

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Pour adultes

Campo dei Fiori, Roma © helen doyle

C’est par la grande porte de notre cinéma que j’ai eu l’impression de franchir le cap de l’enfance et de pénétrer «dans la cour des grands», le jour où je ne suis plus allée voir les séries destinées aux enfants qu’on nous offrait le samedi après-midi ; le jour où ma mère, bien tannée de la censure qui s’exerçait alors chez-nous, m’a amenée voir Bonjour tristesse, l’adaptation au cinéma du roman de Françoise Sagan, mis à l’index par notre bon gouvernement… et «notre sainte mère l’Église». Je ne crois pas que ce film m’ait laissé une marque indélébile, mais je fus consciente que ma mère voulait me transmettre quelque chose de précieux en faisant cet acte de désobéissance – car je n’avais pas l’âge requis pour assister à la projection, loin de là. Nous sortions à peine de cette période de censure sur les arts. Elle me laissait lire tout ce qu’elle lisait et m’entraînait avec elle aux ateliers de dessin de modèles vivants… Si elle m’incitait à lire Le petit prince et Le journal d’Anne Franck, elle ne s’opposait pas si je lui prenais La vingt-cinquième heure, tout comme L’amant de Lady Chaterley ou Anna Karénine. Ma mère avait aussi ses contradictions, car sur mes comportements d’adolescente qui découvrait la vie et la sexualité, là, comme toute bonne mère, elle était intraitable sur ma virginité et mes premiers émois. Ah! les mères !…

Le projectioniste © helen doyle

Mon premier véritable coup de cœur, ça été quand, au cours de danse classique que je suivais, on nous proposa de voir West Side Story (que j’ai bien dû revoir 20 fois depuis). Puis, avec mon amie M, il a dû y avoir comme films marquants ceux avec les Beatles. Mais je me rappelle notre trouble lorsque nous avons vu Cléo de cinq à sept… cette chanson : Toute portes ouvertes… Je suis un corps avide, sans toi, sans toi

Nous nous étions précipitées chez le marchand de disques de la rue Racine, Marchand Musique, où nous achetions nos premiers disques long jeu en vinyle de Brel, de Nougaro et de Ferré, comme ceux d’Elvis, des Platters, des Beatles (by George!). Bien sûr qu’on achetait aussi les 45 tours des tounes à la mode, celles que faisaient jouer les Quenneville, père et fils, sur le poste de CJMT.

Je suis partie de Chicoutimi, laissant nos charmants cinémas de quartier, pour aller vivre dans la banlieue de Québec. Là, le cinéma, comme lieu, n’avait plus le même charme. Il était dorénavant au centre d’achat et on y projetait en grande partie des films américains.

C’est un étudiant anthropologue ou ethnologue, tout frais revenu d’Afrique, qui m’a amenée au cinéma L’Estoc, au cœur du Vieux Québec, au cœur de la bohème des boîtes à chanson. Avec lui, à L’Estoc, j’ai vu les films de Jean Rouch La chasse au lion et à l’arc, Bataille sur le grand fleuve, qu’il commentait. J’ai vu aussi d’autres films documentaires et certains films de la nouvelle vague française. Et puis, je n’ai plus revu mon guide. Mais, je suis retournée à L’Estoc, souvent. Et j’ai découvert le cinéma italien : Fellini avec Juliette des esprits et Huit et demi; Antonioni, Blow-up et Zabriskie Point ; et Pasolini : Mama Roma et surtout, Theorama… De nouvelles fenêtres s’ouvraient sur de nouveaux horizons. Et là, je me suis sentie comme un poisson dans l’eau, va savoir pourquoi?…

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