Phnom Penh, le 13 janvier 2012
Il fait chaud, humide. Mais nous ne sommes pas ici en touristes
Deuxième jour de tournage. Avec Séra, nous plongeons dans les années des Kmers rouges et dans le souvenir du génocide (2 millions de personnes sont mortes au Cambodge, exécutées, sous la torture, d’épuisement ou de malnutrition, entre 1975 et 1979. )
Nous décidons de tourner car je sens que Séra a choisi de me parler d’événements essentiels dans son histoire et dans l’histoire du Cambodge de 1975 à 1979. Parmi ces événements, la disparition de son père et le peu de traces qu’il en a retrouvées; Séra appréhende le moment…
On se retrouve à quelques minutes de marche seulement de l’ambassade de France, dans le stade même où le père de Séra et des milliers d’autres personnes, ont été emmenés… et détenus.
Nous nous dirigeons ensuite vers l’ambassade de France où des milliers de personnes se ruèrent à partir du 17 avril 1975…
Dans le jardin de l’ambassade, il ne reste qu’une portion de la clôture de grillage, vestige du «Portail» de l’ambassade. Repeint par les Khmers rouges d’un vert cellulosique, le portail est aujourd’hui écaillé et rouillé…
«Plusieurs enfants réfugiés dans l’ambassade sont adoptés par des Français (dont le photographe Sylvain Julienne) et peuvent quitter le pays. D’autres, condamnés à rester au Cambodge, mourront avec leurs parents.»
Ce matin, nous nous sommes rendus au musée Tuol Sleng, installé dans l’ancienne prison, ou plutôt, le centre de tortures S21, dirigé par le tristement célèbre Kaing Guek Eav, alias Douch.
Je tenais à tourner là car j’ai vu le film «S21 – La machine de mort des Khmers rouges» du cinéaste cambodgien Rithy Pahn (qui vient de publier L’élimination). Ce film m’a hantée… (Au printemps 2011, pour cause d’Italie, j’ai malheureusement raté son passage à la Cinémathèque québécoise).
Puis je suis remonté dans le temps, 12 ans en arrière, jusqu’en 2000 : j’ai songé à ma visite au Musée de la photographie d’Ottawa, alors que j’allais y découvrir une des oeuvres d’Alfredo Jaar dans l’exposition L’espace du silence (1); j’y avais vu les séries de photographies du centre S21, où plus de 15 000 personnes ont péri : on y photographiait ceux qu’on allait tuer!… Troublante découverte… (Preuve aussi, si besoin était, de la ténacité et de la nécessaire persévérance des réalisatrices et des réalisateurs de documentaires!…)
(1) Avec Isaac Applebaum et Jack Burman. L’oeuvre consistait en l’exposition de 100 photographies choisis à partir des 6 000 négatifs retrouvés à S21.
Je ne suis pas la seule à avoir été marquée par cette «galerie de portraits» : Bertrand Carrière, lors de notre entretien, m’avait avoué que ces images avaient été une source importante dans la création de son projet à Dieppe.







Je vous suis de loin les filles, Tatoumemo est fort touchant et je vous trouve bien courageuses.
Bisous…
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