Mouvements

Durant trois jours, nous avons eu la chance d’accueillir Susanna Hood une virtuose incontournable de la danse et de la musique. Susanna a pris le temps de nous parler de l’Open Source Forms ‹«méthode en tant que réceptacle principal au cœur de l’exploration du soi créatif par le mouvement et la voix, guidée par la philosophie que nous sommes tous naturellement des êtres dansants et chantants avec une vaste capacité d’expression, que le mouvement et le son sont deux manifestations physiques de notre tout, et que cette physicalité combinée ouvre une porte sur l’expérience de notre être primordial.»

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Susanna Hood© Helen Doyle

À travers des mouvements très simples, le groupe a pris possession de l’espace. Puis, par petites touches, il y a eu prise de conscience de soi-même et de l’autre. Grâce à des exercices de relaxation, Susanna a lentement guidé le travail sur la respiration à travers souffle, soupirs et même des grognements de toutes sortes. Tout se déroula en douceur mais avec une attention de tous les moments de sa part, Une des participantes s’est écriée : « Susanna décoiffe…Mais si gentiment… »

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Esquisse © Helen Doyle

Le deuxième jour, avant de débuter la session, Susanna nous a proposé de choisir certains mots de la chanson des Pèlerins que nous avions bonifiée avec Boris et Jean-François. Nous avons pigé dans une liste de mots-clefs émis lors d’un brainstorming avec Nigel. Ils ont accompagné la deuxième soirée d’exploration du mouvement et de la voix. Un bel échange a eu lieu entre le groupe et Susanna sur le processus de la création. Deux ans, trois ans et même quatre à travailler pour mûrir une chorégraphie !

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Repérage de Marie-Philippe © Helen Doyle

Pour la troisième rencontre, après le visionnement de quelques images d’oies sauvages, de plus en plus confiants dans les propositions d’exploration de Susanna, celle-ci nous proposa plusieurs exercices pour trouver dans nos gestes d’humain des similitudes avec ceux des oiseaux tout en évitant de les imiter.

Le groupe a abordé ensuite un travail de coordination et d’effet miroir. À un certain moment, quelque chose de très jolie s’est installée qui nous a procuré détente et même fous rires. «Je pense que c’était pas mal beau ce qu’on a fait » a lancé une des Céline…. (il y en a trois Céline).

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Miroir © Helen Doyle

Trois jours intenses, mais je crois que personne ne regrette, une fois de plus, de s’être investi à fond et d’avoir goûté chaque moment. Comme l’a rappelé Bori : « Ce n’est pas seulement l’arrivée qui compte mais bien le voyage ».

Si on poursuit l’analogie avec les oies,  leur «migration chargée d’histoire » sera ce que nous aurons le goût de raconter.

Une belle semaine qui s’adressait à tous les sens …

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«Retrouvailles festives»

Retrouvailles festives. Cette expression empruntée aux auteurs de l’une des trois chansons que nous avions esquissées avec Nigel Osborne, convient très bien à l’ouverture d’une nouvelle série de rencontres.

Encore mieux, cette phrase se retrouve dans la chanson que nous avons choisie de travailler Les pélerins, issue d’un cadavre-exquis «pondu» par une des équipes (Michel, Estelle, Céline T., Susanne).

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Jean-François Groulx et Edgar Bori © Helen Doyle

Toute la soirée en compagnie des fidèles Edgar Bori et Jean -François Groulx, ces deux complices qui ont signé la musique de mon film Soupirs d’âme, nous nous sommes lancés dans une phase d’exploration de cette chanson. Une seule «toune»? demande le groupe. Qui trop embrasse mal étreint, rappelle Edgar Bori, auteur compositeur et un fidèle du festival de la chanson de Petite Vallée en Gaspésie. Rien n’empêchera, plus tard, de revisiter les deux autres chansons! Mais, une chose à la fois ….

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Les pèlerins © Helen Doyle

 

Le groupe, encouragé par cet amoureux des mots, a amélioré quelques passages ici et là afin de rendre les choses plus fluides tout en prenant soin de ne pas perdre la poésie et la modernité du premier jet. Un exercice de démocratie et de création collective qui s’est déroulé dans la joie. Bori, soutenu par la guitare de Jean-François, a par la suite travaillé la lecture du texte, manière « chœur grec ». Réciter le texte tous ensemble en observant la rythmique est déjà périlleux. Puis nous avons amorcé le chant; encore une fois tenir le rythme et harmoniser nos voix … c’est du travail !

 

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Un point de dépar©Helen Doyle

 

En attendant le prochain rendez-vous, nous nous sommes mis aux arts visuels et nous créerons trois murales : un rappel triptyque de Riopelle et son Hommage à Rosa. En images, nous évoquons le titre du projet Au pays du grand ciel mais aussi des thèmes que cette aventure suggère.

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Découpages ©Helen Doyle

 

Nous revisiterons également le texte de la chanson que nous avons revampée la veille.

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La couleur © Helen Doyle

Certains ont même souhaité, comme le maître, explorer des textures.Les groupes se sont mis à l’ouvrage et trois œuvres complètement différentes l’une de l’autre sont en train de naître.

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Tout le monde à l’oeuvre © Helen Doyle

 

Un souci d’entreposage se pose. Une question : Les œuvres seront-elles éphémères? En garderons-nous, une trace?

À suivre

 

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Préparatifs pour le printemps

Au pays du grand ciel dansent les oies sauvages

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Partir (fragment d’une œuvre de Micheline Fournier ©)

Aux participants et participantes

Les Ateliers du 9 au 19 mars auront lieu au

Théâtre de la Ville de Longueuil

Entrée des artistes -Studio A

Ils seront animés par

09 Mars : Edgar Bori et Jean -François Groulx : écriture, paroles de chansons, musique

10 Mars : Visionnement d’un film et/  murale «hommage »

11 Mars : Susanna Hood – Mouvement et danse

12 Mars : Susanna Hood – Mouvement et danse

13 Mars : Susanna Hood – Mouvement et danse

16 Mars : Marie-Claire Séguin, Jean-Luc Ethier et Bori – travail de la voix

17 Mars : Visionnement d’un film et /ou murale « Hommage»

18 Mars : Bori et J.-F. Groulx – Bilan et enregistrement

19 Mars : Finition de la murale « Hommage » et bilan de la rencontre hiver 2015

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Ce n’est qu’un au revoir…

En 6 jours, à raison de deux heures par jour, malgré le froid et les tempêtes, tout le monde a dit : Présent!

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18h.30 – Théâtre de la Ville © Helen Doyle, PTM

Samedi soir, Nigel est reparti travailler sur ses nombreux projets: un opéra, une contribution plus scientifique de recherche sur l’effet de la musique sur le stress post- traumatique et le cerveau, et bien d’autres interventions avec les enfants et les adolescents en difficulté à travers le monde. Il collaborera, comme par les années passées, avec le Ulysse’s Theater qui fêtera cette année ses 15 ans d’existence.

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Une trace de nos rendez-vous © Nicole Giguère, PTM

Nous avons eu la chance que Nigel trouve le temps de répondre à notre invitation. Je sais que le groupe s’inquiétera pour la suite : trouvera-t-il le moyen de revenir? Tout au long des ateliers, il demandait de la patience et il promettait de petits miracles. La preuve est maintenant là : trois maquettes de chansons et des thèmes musicaux en exploration… Il y a eu aussi une initiation au montage sonore, cette fois-ci grâce à la virtuosité et à la patience de Sophie Guérin qui, sur le piano de son ordinateur et avec des moyens bancals, a pu donner une idée des processus de création. Samedi matin, après quelques retouches et inventions musicales, nous avons pu entendre les résultats de ce travail collectif. Alors, patience; Nigel a dit qu’il reviendra, comme les oies, se poser sur nos battures.

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Sophie sur son piano © Nicole Giguère, PTM

Nigel est ravi du travail accompli avec ce groupe «exceptionnel », a-t-il répété. Toutes et tous sont sortis d’une zone de confort et ont fait preuve d’audace et d’originalité. C’est rare lors d’une première intervention!…

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Le  commentaire d’Alain © Nicole Giguère, PTM

Merci aussi à Christiane (et à sa famille) qui nous a prêté un clavier. Il a été très utile. Alain Blais, preneur de son et musicien, a répondu généreusement et à pied levé à notre demande d’enregistrer les résultats pour que les maquettes soient un tantinet plus peaufinées. À la toute  fin de la prise de son, Alain a ajouté quelque chose comme ceci: C’est encore plus qu’un résultat étonnant et qui est précieux, c’est votre grande sincérité/vérité que j’ai aussi captée.

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En attendant… © Helen Doyle, PTM

Au-delà de ces rendez-vous quotidiens, un bel état d’esprit s’harmonisant avec ce vol en V des oiseaux migrateurs a été créé.

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À mi-parcours

Grâce aux techniques de création musicale de Nigel, nous avons vécu de «petits miracles». Pour être honnête, je dois quand même souligner que certaines personnes dans le groupe avaient des connaissances musicales et d’autres pas du tout. Mais il y avait place pour que chaque individu, s’il s’y risquait, a pu mettre sa touche personnelle : un peu de «sel et de paprika» comme disaient mes amies Les folles alliées dans une de leurs chansons. Notre point de départ  – les sons qu’émettent les oies comparativement à ceux d’autres oiseaux – n’était pas ce qu’il y a de plus séduisant. Mais en usant de nos imaginaires et en travaillant ensemble, nous avons, en fin de compte, trouvé de bien belles pistes…

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Le jeu du cadavre exquis © Helen Doyle 2015

Mercredi soir, nous avons abordé la chanson. Chacun partageait un écrit personnel ou une petite phrase, un poème, comme autant de sources d’inspiration. Divisés en trois groupes, nous avons échangé ceux-ci. Puis, grâce aux cadavres exquis, nous avons fait surgir un nouveau texte. Il fallait ensuite le peaufiner un peu. Nigel a alors repris les rênes et nous avons terminé la soirée avec trois chansons. Incroyable! Trois chansons que nous peaufinerons, cisèlerons dans les jours prochains tout en retravaillant certains passages des compositions de lundi et de mardi.

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Garder une trace © Helen Doyle 2015

À l’instar des oies qui sont maladroites sur la terre et qui, lors de leur première esquisse d’envol, doivent faire quelques efforts pour s’élever, nous déployons nos ailes dans un «ballet gracieux»… (J’ai volé cette dernière expression à l’une des chansons composées hier.) Chaque individu de cette belle volière est riche d’expériences et de talents divers qui se révéleront au fur et à mesure de ce travail collectif. Je perçois dans chacun et chacune d’immenses ressources : cette personne est peut-être plus près des beaux-arts et de la littérature, celle-là est une conteuse habitée par des paysages, l’autre un poète. Celui-ci plus réfléchi, un philosophe, un sage et celui-là, plus pragmatique, est plein de ressources et d’ingéniosité, et cette autre, plus habile et familière avec la danse, esquisse déjà un pas. Oui, vraiment, quelle belle richesse!…

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Malgré le froid…

Malgré le froid, nous étions toutes et tous réunis autour de mon invité au studio du Théâtre de la Ville de Longueuil, Nigel Osborne.

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Nigel Osborne, Longueuil © Helen Doyle 2015

Après une petite introduction sur les oies, Nigel demanda à tout le monde de faire preuve de patience, mais aussi d’avoir confiance en la méthode de travail qu’il allait proposer. «Mais, a-t-il dit, dans une demi-heure nous aurons déjà composé ensemble quelque chose.»

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Participants et participantes © Helen Doyle 2015

Tout le monde a alors formé cette première «volière» que nous espérions tant autour de la musique. Tel que promis, une demi-heure plus tard, nous avions une première esquisse qui s’inspire de l’image d’un lac en automne. Puis, en écoutant des sons recueillis par Nigel sur les oies, nous avons commencé un autre «passage» : «Ce sera une fugue!» a déclaré Nigel.

Nous avons également travaillé sur des obstacles qui peuvent se mettre en travers du vol des oies. Et nous avons terminé sur l’image de notre majestueux fleuve.

img-1-small580 J’ai alors fait remarquer à Nigel que les oies volent en V mais que notre fleuve  avait aussi cette forme très large qui va s’amincissant jusqu’à Montréal…

«Intéressant…» a-t-il dit. V comme…

 

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En accord, avec Nigel

«Au pays du grand ciel dansent les oies sauvages» prendra son envol, la semaine prochaine, du 2 février au 7 février. Nigel Osborne me fait l’honneur de sa présence et viendra animer des ateliers de création musicale.

Durant l’automne, j’ai appris que Nigel viendrait clore, à Ottawa, le Forum national «Le pouvoir de l’art», avec sa composition «Mémoires inachevées».

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Le découverte de Thierry Thieû Niang et des magnifiques projets qu’il anime m’avait rappelé le compositeur écossais Nigel Osborne, présent dans mon film Les Messagers. D’ailleurs Nigel nous avait permis d’utiliser, pour la musique du film, des extraits de sa trilogies Sarajevo, (un passage interprété par Vedran Smailovic), une oeuvre de «propagande», me disait-il…  (Nigel a aussi créé la musique qui accompagne Dans un océan d’images j’ai vu le tumulte du monde.) J’ai appris, au fil de nos rencontres et échanges, que ce ne sont pas des paroles en l’air. Car Nigel est un artiste engagé véritablement dans son art tout autant que sur le terrain.

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photogramme tiré du film Les messagers

Je me rappelle mon étonnement de voir ces «damaged children» de Bosnie qui composaient leur musique grâce à une technique relativement simple, mais à laquelle il fallait penser! Mes séjours en Istrie, lors du tournage au Chidren’s camps en 2002, puis lors de mon retour en 2004, restent gravés à tout jamais… tout comme les petits  miracles dont j’ai pu être témoin.

J’ai le souvenir de cette jeune enfant que nous avions surnommé «crème glacée» parce qu’ elle se promenait sans cesse avec une glace ou un esquimau. Elle apparaît quelques instants dans le film Les messagers durant une session de travail de Nigel avec les jeunes. On pouvait lire facilement les traces laissées par la guerre dans et sur leur corps. Deux ans plus tard, lors de mon retour au camp, cette jeune fille est venue vers moi; je la vois encore vêtue d’une jolie robe soleil, en train de devenir une jeune femme radieuse; la transformation était si radicale! Elle m’a dit «Hi! America, tu me reconnais?» Elle a dit cela en passant la main dans ses cheveux et en prenant la pause… consciente de sa nouvelle image et de tous les changements opérés. D’évoquer cette rencontre, ce moment  entre elle et moi, me réjouit encore le coeur.

Surprise aussi de comprendre qu’on proposait, comme point de départ, les thèmes des pièces présentées à Brijuni par le Ulysse’s Theater, où Nigel, depuis la fondation de cette troupe, signe la plupart des musiques des pièces qu’on y présente. Moment inénarrable et tellement prégnant que de partager comme spectatrice les mises en scène de Lenka Udovicki, de son Médéa ou Marat Sade dans cette ancienne forteresse sur la petite île de Brijuni en Istrie. Cette année marque d’ailleurs un moment de célébration pour ce théâtre.

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Théâtre Ulysse Istrie © Ulyss’s Theater

Cet été là, en 2004, j ‘ai aussi fait la connaissance de la Canadienne Elisabeth Carmack. Dans un compte rendu – Balkan Summer Music Camp – elle relate à la perfection l’aventure de ce camp. Elisabeth a aussi créé The Cambridge Music Conference, une admirable initiative!

La feuille de route du professeur Osborne est imposante : compositeur et musicien de réputation internationale, dont les œuvres ont été jouées dans la plupart des grands festivals internationaux et figurent au répertoire des plus grands orchestres et ensembles à travers le monde. Son projet s’intitule La route de la soie (Silk road). Cet homme semble infatigable, mais il reste d’une simplicité désarmante; et il sait très vite, grâce à la musique, nous entraîner de manière ludique vers une ouverture aux autres…

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J’ai envie de revenir encore à Jean-Claude Carrière; dans sa préface de Fragilité[1], il écrit : «Ils m’ont appris, ce que je savais déjà, qu’un personnage ne peut nous toucher, en toucher d’autres que lorsque nous avons trouvé en lui cette «essence de verre» dont parle Shakespeare et que nous appelons vulnérabilité. Alors, notre fragilité, loin d’être une simple et irrémédiable faiblesse, devient, parce qu’elle nous est commune, le moteur de toute expression, de toute émotion et souvent de toute beauté…»

Au bout du compte, c’est peut-être cela que j’ai vu dès le départ en 2011 dans le travail de Thierry et dans celui de Nigel Osborne depuis notre rencontre dix ans plus tôt, ce qui m’anime aujourd’hui et que j’appelle, moi, humanité.

[1] Coll. Poche Odile Jacob, 2007, 288 p.

Les photos sont reproduites avec la permission de Nigel (nous en cherchons les auteurs).

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Une histoire de guitare

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Au cœur de l’hiver, j’entame mon projet de médiation culturelle Au pays du grand ciel, pour lequel je suis accueillie comme artiste en résidence par le Théâtre de la Ville à Longueuil. J’ai découvert leurs studios en 1996 lors du tournage … Lire la suite

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«Luminessenciel»

Une autre nuit d’insomnie. Après la tempête, la charrue et la gratte passent et repassent avec leurs gyrophares et mènent un train d’enfer. Pas moyen de dormir. Je mets la radio en sourdine : des fois ça m’aide à me rendormir. D’autres fois je tombe sur de fabuleux reportages. Ma tablette vient d’émettre son petit son suppliant; j’ai oublié de l’éteindre et je lutte… Non, je ne serai pas l’esclave de cette chose. Tant pis! Je suis réveillée. Je découvre, avec une grande joie,  la missive de Louis Jammes, qui, suite à la lecture de mon blogue, me parle du fabuleux film Pina de Wim Wenders et des danseurs du Tanztheater de Wuppertal.

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Silhouette – Vendôme © Helen Doyle 2014

Depuis le tout début du projet d’Au pays du grand ciel dansent les oies sauvages, le film hommage de Wenders est bien présent. Pina Bausch fut une grande «inspiratrice» alors que je préparais mon film Le rêve de voler avec de jeunes trapézistes québécoises, Marie-Thérèse Lessard et Lorraines Desmarais; elles souhaitaient, avec leur école naissante à Montréal, Le Nœud d’Erseau, créer des chorégraphies aériennes. Pina joua alors un certain rôle. Son approche et sa manière de travailler m’interpellaient alors que je venais de découvrir son Café Muller.

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Pina, Café Muller

«I am not interested by  how people move but what moves them.» (2009, Pina)

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Rêve dansant

Sa dernière présence à l’écran, dans le documentaire Les rêves dansants, est aussi source de réflexions avant d’entreprendre cette médiation culturelle dans laquelle je me lance.  Le film est réalisé par Rainer Hoffmann et Anne Linsel; cette dernière, journaliste, suivait le travail de Pina depuis qu’elle avait pris la tête du Tanztheater Wuppertal en 1973. Kontakthof, une chorégraphie  datant de 1978, puis réalisée entre 200 et 2006, avec des non-professionnels de plus de 65 ans. Le film montre le travail avec quarante adolescents de la ville âgés entre 14 et 18 ans, qui n’avaient auparavant aucune expérience de la scène.

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Kontakthof

D’ailleurs, c’est la venue de Pina Bausch et de sa compagnie au théâtre de Marseille qui sera à l’origine du projet Thierry Thieû Niang et de Jean-Pierre Mouliès. Frank Langlois,  dans ResMusica du 15 septembre 2012 écrira :

«Les pratiques artistiques ont de belles dérives. Au départ, naquit un simple atelier, à double origine : la pièce chorégraphique Kontakthof (ses « danseurs » sont des amateurs de plus de 65 ans) de Pina Bausch était présentée à Marseille ; et le chorégraphe Thierry Thieû Niang, qui débutait une résidence au Théâtre du Merlan, à Marseille, fut sollicité, par Jean-Pierre Moulères, chargé des relations avec les publics dans cette institution, pour ouvrir, en marge de Kontakthof, un atelier du spectateur destiné à des seniors, évidemment vierges de toute pratique chorégraphique. Une trentaine d’entre eux, intéressés par l’annonce parue dans La Provence, répondit présent, et si vivement que cet atelier aura duré sept années à raison de trois jours par mois. Une focalisation originelle sur Pina Bausch et sa chorégraphie du Sacre du printemps déclenchèrent le travail. Lors de la première séance, Thierry Thieû Niang ne leur imposa qu’une consigne: improviser durant toute la première partie du ballet stravinskien sans sortir de l’ère de jeu. D’emblée, l’idée de cercle et de giration s’imposa.»

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Femme-fleur, Vendôme © Helen Doyle

Et voilà que mon esprit vagabonde… Dois-je tourner en 3D comme  comme Wenders? Je réfléchis et je me demande ce que dirait Henri Alekan, directeur photo de Wenders et dont le livre «Des lumières et des ombres» fut un de mes livres de chevet pendant de nombreuses années.

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Wenders et son film L’État des choses (The State of Things) m’a aussi interpellée pendant de nombreuses année; assez pour que je cherche la plage au Portugal où le film s’ouvre et où un réalisateur tourne mis constate qu’il ne lui reste plus la moindre pellicule! Le tournage est forcé de s’arrêter et tout ce beau  monde se met à  attendre des aides financières d’un producteur basé à L.-A. C’est aussi à L.-A. que se termine le film, au terme d’une longue nuit dans un Winebago qui roule toute la nuit. Le producteur et le réalisateur ont un échange qui me hante encore.

Je fais un lien : le dialogue dans Palermo Shooting (Le rendez-vous de Palerme) où le photographe a un échange avec la mort : une autre réplique et un moment indélibile, pour moi, des films de Wenders.

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Cette nuit, il fait moins 32 et je rêve de me retrouver là-bas tandis que la maison est secouée par les charrues et les grattes qui passent dans ma rue et qui me donnent l’impression qu’elles vont charrier ma maison! Et je rêve de me balader à Lisbonne ou à Palerme, de passer dire bonjour à Letizia Battaglia, qui d’ailleurs fait une apparition très a propos dans le film de Wenders. Je voudrais revoir la Piazza Garafello et aboutir dans ce parc où,  à l’aube, j’ai mitraillé amoureusement le jeu de lumière et ces arbres… qui ressemblent à des corps d’hommes enchevêtrés.

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On tire, on tire! Le son de ma radio me sort de ma rêverie et je ne sais plus si c’est la charrue qui a pénétré dans ma chambre ou le son de ma radio : à l’aube d’ici, j’entends des mots : Charlie-Hebdo à Paris… des morts… un cauchemar en boucle.

Le soir sur les ondes de RDI, le journaliste Nicolas Henin, interrogé par Anne-Marie Dussault, rappellera qu’au Yemen, à Saana, cette même journée, 38 personnes ont été tuées dans un attentat …

«Fragilité», un titre de livre de Jean-Claude Carrière devenu  lui aussi un livre de chevet…

«J’ajouterai que tout le superflu nous éloigne du profit. Aux États-Unis, on ne parle que d’argent. « In God, we trust », est-il écrit sur le dollar, signe d’une religiosité qui tend au matérialisme. Au fond, je veux bien être polythéiste… Je suis prêt à adorer une source, à lui sacrifier quelques pétales. Ce n’est pas la fragilité qui perdra le monde… Ce qui nous a perdus dans les sinistres aventures du XXe siècle, c’est la toute-puissance d’un individu ou d’un groupe qui ont cru s’imposer par le culte de la force.»

Ce livre aussi il faut se le procurer; on y trouve de très justes et belles réflexions. À lire et à méditer.

Je repense à cet arbre à Palerme avec cette lumière… La lumière : il faut de la lumière, des projets de lumière pour vaincre l’obscurantisme…. tous les obscurantismes!…

Palerme © Helen Doyle (P1030006)

Palerme © Helen Doyle

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Rosa et le cri des oies

«Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes.» Rosa Luxemburg

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Ça pourrait être Rosa (tournage Les messagers) © Helen Doyle

Aujourd’hui, me rappelle un ami, c’est l’anniversaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg.
Le 15 janvier 1919, elle venait de sortir de prison après quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement.

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Rosa photographiée par un inconnue – domaine public

Le 7 octobre 1915 , elle écrivait «Qu’il ne vous arrive surtout pas ce qu’il m’est arrivé quand j’ai essayé en vain d’imiter le cri des oies. Imaginez-vous qu’ici, dans le voisinage, il y a quelque part une oie, je veux dire une vraie oie avec des plumes. Elle crie parfois, ce qui m’enchante; cela se produit, hélas! trop peu souvent. Savez-vous pourquoi j’aime tant cela? Je viens de le découvrir : le caquetage des poules ou le coin-coin des canards ont les accents authentiquement maternels et soucieux d’animaux domestiqués depuis longtemps. Mais le cri de l’oie évoque encore tout à fait l’oiseau sauvage, non apprivoisé, qui émigre en hiver vers le sud; il fait songer au vol orgueilleux, à l’appel amoureux par-delà de lointaines distances… En vérité, quand j’entends ce cri inarticulé de l’oie, quelque chose en moi tressaille de nostalgie — la nostalgie de quoi? Tout simplement des horizons lointains du monde. Sacredieu, par tous les diables! que ne puis-je moi aussi voler, loin, loin d’ici, aussi loin qu’une oie sauvage!» (Rosa Luxemburg, Lettres de prison)

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