Tatouer avec des images, des sons, des rythmes, mine de rien. S’insinuer avec des propos, des fous rires et des larmes, des sourires et des colères… Douce subversion.
Le premier vinyle que j’ai acheté à 12 ou 13 ans! Avec mon amie Monique, on était allées sur la rue Racine – la main – chez le disquaire Marchand à Chicoutimi. C’était peut-être à cause du Jazz et de la Java, qu’il chantait sur la musique de Dave Brubeck.
(…) Sur l’écran noir de mes nuits blanches Où je me fais du cinéma, Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois, Je recommence la séquence Où tu me tombes dans les bras… Je tourne tous les soirs Y compris le dimanche… Parfois on sonne, j’ouvre, c’est toi… Vais-je te prendre par les hanches Comme sur l’écran de mes nuits blanches ? Non, je te dis : » Comment ça va ? » Et je t’emmène au cinéma.
Évidemment, je ne savais pas qu’un jour je présenterais une «vue» sur l’écran de l’ABC, à l’ombre de de la basilique Saint-Sernin. Mais aussi, en même temps qu’un sérieux concurrent ce soir là, notre Xavier Dollan national! Ce qui n’a pas empêché d’avoir une belle salle et des spectateurs et spectatrices de ManifestO. Une «vue» – sans le romantisme de la chanson – qui laisse voir, Dans l’océan des images, celles réalisées par des artistes et des photographes qui montrent les tumultes du monde.
Oui, Nougaro encore, avec sa chanson Armstrong qui me rejoint, surtout avec tout ce qui se passe aux USA en ce moment…
Noir et Blanc, en couleur
C’est une belle invitation que ManifestO m’a faite!
Et je me retrouve là, au soir de vernissage à la Galerie Photon.
Un rendez-vous de la photographie
Sur les berges de la Garonne,
Près du Château d’eau, Un village de containers maritimes au coeur de Toulouse… que je découvre avec Jeanine , une Toulousaine avec qui je vais me balader sur la Garonne.
Avec bonheur, je retrouve l’invitée d’honneur de ManifestO – et présidente du jury de sélection 2016 – la très chère à mon coeur Letizia Battaglia, en compagnie du directeur artistique, dont la générosité n’est pas la moindre des qualités, Jacques Sierpinski.
Quelle chance de revoir Letizia, elle qui ne s’y attendait pas. Et de revoir aussi Nadia Benchallal. Je peux même, enfin, présenter l’une à l’autre ces deux dames «rapporteuses d’images» de mon film.. qui se rencontrent pour la première fois!
Pendant que sous la pluie on attend l’inauguration, Jacques déclare officiellement l’ouverture de ManifestO et l’ouverture des containers. Et de sa voix chaude et tonitruante, il annonce la fin de la pluie! En effet, le petit miracle se produit : la pluie cesse… On va à la découverte…
Marine Lécuyer, l’une des lauréates de cette année avec son exposition Tarifa – Tanger, m’explique que les exposantEs sont responsables de l’accrochage de leur espace.
Débats et échanges… en plein air, entre une table-ronde : « Le photographe face à la violence, au droit et à l’intime » avec Letizia Battaglia et d’autres personnes…
Le jour, différents groupes viennent sur le site, «les scolaires, de la maternelle au lycée», me racontent Claire et Audrey, en nous montrant le livre d’or où les jeunes, après leur visite de l’éducation à l’image, écrivent leurs impressions.
On consacre trois containers à l’invitée d’honneur Letizia Battaglia qui, cette année, recevra plusieurs récompenses et dont le travail fait l’objet d’une grande rétrospective au Il MAXXI Museo nazionale delle arti del XXI secolo, à partir du 24 novembre à Rome.
Un des gamins lui écrit ce mot charmant dans le livre d’or : «Brava Letizia… Tu était (sic) courageuse… Continue».
Oui elle a continué et persévéré, courageuse et brave Letizia, un modèle pour nous.
Un autre écrira : «J’ai beaucoup aimé les sexpositions»… Ces mots d’enfant font sourire tout le monde.
Dans un des containers, on peut voir et entendre une interview de Giuseppe Marrazzo, un document de la RAI Palermo-Corleone (Sicile) qui date de 1979 sur Rewind. (Ici, un extrait sur Youtube.)
On trouve aussi, à ManifestO, une librairie-container, devant laquelle pose une partie de la belle équipe : Claire, Jean-François, Audrey et Jacques, que Nadia s’emploie à photographier .
«Au début, peu de femmes soumettaient leur travail. Mais maintenant, elles sont très nombreuses», nous confie Jacques.
On parle de la violence et de la photographie, de la conservation et de l’archivage, qui restent un souci pour nous, documentaristes, tout autant que pour les photographes … L’archivage, la pérennité de notre travail, LA grande préoccupation de Letizia…
◊◊◊◊◊
En me baladant dans Toulouse,
mon 33 tours usé à la corde,
qui griche pour cette autre chanson,
Pour Marilyn… Quel est le film, le scénario Qu’il te faut tourner de nouveau Et dans quel néant s’illumine Le néon de ton nom, Marilyn? (…) Nos vies ne sont qu’un bout d’essai Pour qui, pourquoi, Dieu seul le sait Toi qui connaît la fin du film Dis Marilyn…
Marylin in La Rabia (2:21), Pasolini
En fredonnant cette chanson tout en me rendant à mon rendez-vous avec Letizia, je pense à ce passage que j’adore de La Rabia de Pasolini, qui fait écho… Je voudrais le partager avec Letizia, comme avec tout le monde croisé à ce beau rendez-vous de septembre. Comme un présent pour dire merci.
Et la nuit, Toulouse-la-Rose devient dorée et pose pour la carte-postale d’usage…
Et je retourne au Québec avec cette autre jolie chanson de Nougaro, Tu verras, qui donne, tout de même, un peu espoir…
◊◊◊◊◊
[1] L’argile de la région utilisée pour les briques des maisons, une fois cuit, devient rose. Toulouse, au gré des changements de la lumière du jour, se teinte de reflets roses. D’autres villes portent ce surnom de Ville Rose, dont la capitale de l’Arménie, Erevan…
Avec Nadia aussi des liens continuent de se tisser. Ça a commencé avec Sarajevo. S’est inscrit avec Dans un océan d’images. S’est poursuivi avec un de ses ses projets, Route, sur André Breton – qui a vécu dans notre Gaspésie, durant la deuxième guerre. Voilà comment se créent ces fils invisibles au-delà du temps et des continents.
Si des rapporteurs d’images sont dans les alentours, joignez-vous à nous.
Au NORD, le dimanche 18 septembre
Pour sa deuxième édition, le Marché international du film sur les artistes contemporains, le MIFAC, présente notre court-métrage sur le fascinant travail de Danielle Marie Chanut, L’artiste dans son for intérieur. Comme je n’ai pas encore le don d’ubiquité, je ne pourrai malheureusement pas y être. Mais Danielle Marie, elle, y sera bien présente.
Vous voulez avoir une idée de cet inédit ? Vous pouvez voir ici la bande-annonce réalisée par le Festival des film sur l’art de Montréal en mars 2016.
Et si vous n’avez pas encore vu, en complément, notre rencontre avec Danielle-Marie dans son atelier, L’atelier des chimères, ce document est maintenant disponible sur Vimeo sous le nom Danielle Marie Chanut : L’atelier des chimères.
Voilà un automne qui commence sur les chapeaux de roues!
Encore une fois, l’idée de réunir la tribu, cette fois autour d’un texte poétique, est passé par la tête d’Helen. Elle sortait de plusieurs années de réalisation autour de la folie. Après C’est pas le pays des merveilles, il y a eu Les mots maux du silence; puis l’accompagnement du groupe Auto-Psy avec deux productions, De la matrice à l’asile et La psychiatrie va mourir…
La première version de son texte portait le titre « Pour un fou trop lucide ». C’est devenu « Tatouages de la mémoire ». C’est d’ailleurs ce nom qu’on choisira, en 2000, pour la compagnie de production, créée pour ce genre de projets un peu « fous »…
Nous voilà donc plongés dans ce texte poétique, loin de la folie, dans un onirisme conscient qui nous appelle, nous amène au-delà de nos entraves, de nos pudeurs. Ne pourrait-on pas rapprocher cela du « rêve éveillé » de Pol Pelletier?
On fait tout avec des riens : des dentelles, des branches, du coton à fromage… Karine Lepp nous rejoint, collabore à la direction artistique avec ses maquillages et ses croquis. Marie Décary – qui a réalisé La chevauchée rose en 1981 – accepte de jouer le jeu de la transformation de Sarah en femme-oiseau.
Il y a, semble-t-il, des traces de ce délire dans des histoires celtiques, mais aussi dans les contes amérindiens, nous apprendra plus tard Alanis Obomsawin… On sent aussi, à n’en pas douter, une influence de la présence de notre ami Juan Saavedra…
Dans ce lieu désertique, de sable et d’errance sans fin, notre Sarah rencontre la déesse. Devient déesse. Possédée. Au son des bombos, elle danse, se perd, se trouve. S’inscrit dans le sable comme un tatouage sur la peau…
Ainsi, de nouveau de passage au Québec, Juan, avec son neveu Carlos Saavedra, Elisabetta La Commare[1]et Oscar Sisto, ont accepté de poursuivre avec nous cette audacieuse aventure dans une carrière de sable abandonnée. Après avoir vu les premiers tournages (ceux de l’hiver, dans la neige), Juan improvise des chorégraphies mêlant à la fois bombos, boleadoras et ses images d’oiseaux de son Argentine. Nous sommes tout à fait en symbiose…
[1] (Dans cet extrait, Elisabetta danse avec Luis Lopez dans le spectacle Saltimbanco. Depuis, Elisabetta s’est tourné plutôt vers les techniques de massage ayurveda, en particulier l’Abhyanga.)
Ces tournages épiques se termineront dans les dunes de Tadoussac, avec le double de Sarah, Andrée-Jo Milot. Elle nous propose à son tour un maquillage et un costume pour la Sarah des dunes…
Ces mots, ces murmures, ces souffles d’âme, il reviendra à notre fidèle complice Sylvie Tremblay de leur donner vie, d’en exprimer le mouvement, d’y mettre son chant, pour qu’ils s’inscrivent dans nos corps. Elle en sera la narratrice et signera l’envoûtante trame sonore en compagnie de Sylvain Clavette et Claude Chaput.
En guise de conclusion, au-delà de ces réminiscences, des ces tatouages de la mémoire, il est amusant – et intéressant – de voir comment toutes ces merveilleuses personnes ont poursuivi leurs rêves…
Il y a eu plusieurs moments importants dans cette aventure du trapèze et des arts du cirque commencée en 1979. Chacun a été marqué par des rencontres qui nous mènent à des aventures parfois surprenantes…
Ainsi, à l’été 1983, pour son anniversaire, Helen s’offre une journée de tournage et de montage pendant le Festival d’été pour suivre, dans les rues du Vieux-Québec, La Fanfafonie, où elle retrouve René Dupéré, auteur de la musique de C’est pas le pays des merveilles.
René Dupéré (2e gauche); Clément Richard, alors ministre de la Culture du Québec au centre.
René, avec ses comparses de la Fanfafonie, joue avec la sympathique troupe belge, Le Cirque du Trottoir. Helen tombe sous le charme du numéro de Michou (Michelle Meugens, chorégraphe et danseuse belge) et Juan Saavedra. Elle découvre les boleadoras, les zapateos, un peu de l’histoire de l’Argentine et de celle de Juan, exilé en France.
Juan Saavedra reviendra au Québec dès l’année suivante avec Michou et Estela Undurraga. Et une fois de plus, sur un coup de tête, nous organisons un atelier d’initiation à la danse argentine. Nous trouvons une salle de répétition au Conservatoire de musique. Christine Gourgue et Germain acceptent de prendre un cours de zabateos.
Dans les jours qui suivent, grâce à notre adorable colocataire Andrée-Jo Milot – qui programme des événements à la ville de Beauport et qui a eu le même coup de cœur pour les boleaodoras, nous enregistrons un spectacle en plein air. Cette fois encore, nous ferons un montage d’un court document, Malambo, que nous mettrons éventuellement en ligne sur Vimeo en visionnement gratuit. Comme nous offrirons peut-être aussi un petit moment de la Fanfafonie, qui sait ? …Si nous arrivons à sauver quelques archives et si tout ce beau monde est confortable avec notre initiative de proposer ces traces d’un travail souterrain.
Ainsi se tisse une trame organique où se rencontrent et se répondent plusieurs disciplines artistiques, des artistes passionnés d’ici et d’ailleurs qui nous font découvrir et transmettre des univers fascinants. Dans le prochain épisode, nous présenterons les Tatouages de la mémoire, puis Le rêve de voler, dans lesquels nous retrouverons notre ami Juan, el bailarín de los montes, qui danse toujours!
Nous sommes en train de faire du tri (l’archiviste insiste : on ne fait pas du « ménage » !) L’intention, en effet, est de remettre à la Cinémathèque québécoise un lot de documents pour « nourrir » le fonds d’archives d’Helen ; ce qu’on appelle les documents afférents.
Comme c’est un travail de longue haleine, nous ferons de temps à autre une chronique sur nos trouvailles, nos souvenirs, nos réflexions, et nous indiquerons des liens rattachés à nos découvertes. On pourrait considérer tous ces éléments comme des compléments – ou des suppléments – au coffret-monographie La liberté de voir – Helen Doyle, cinéaste…
À part les documents directement reliés à une production précise (et terminée), nous retrouvons toutes sortes de documents témoignant des démarches et des recherches d’Helen – qui, comme pour tout documentariste, peuvent durer des années ! – ce qu’elle pourrait appeler ses « notes pour un film à faire » (en référence aux appunti de Pasolini…)
Là, par exemple, nous sommes plongés dans la documentation accumulée durant 12 ans alors qu’Helen s’intéressait au trapèze et aux trapézistes, puis aux autres disciplines du cirque. Et tout au long de ces 12 années d’exploration, Helen a accumulé une somme impressionnante d’informations et des rencontres marquantes avec des personnes remarquables…
Carte postale Dominion Park, 1908
Pour la petite histoire, Helen venait de terminer, en 1980, le film coréalisé avec Nicole Giguère, C’est pas le pays des merveilles. (On peut écouter ici l’entrevue donnée par les deux réalisatrices sur le site des Réalisatrices équitables [RÉ] à propos de C’est pas le pays des merveilles.)
Dans cette docufiction, des séquences documentaires avec des personnes réelles – et des témoignages souvent poignants – alternaient avec des images de pure fiction illustrant certaines scènes du film. Dans ces séquences métaphoriques, Alice Tremblay (Marie-France Desrochers) traverse « de l’autre côté du miroir » pour se retrouver dans l’univers d’Alice au pays des merveilles – incarnée par Léo Munger, en compagnie du Lapin, joué par Yves Jacques, et du Roi de cœur incarné par …Rémi Girard !
Mais dans ce film, il y avait aussi le personnage de la femme-oiseau s’évertuant à séduire ce pauvre roi couronné de travers : cet imago métaphorique était personnifié par la trapéziste Marie-Thérèse Lessard.
C’est donc à partir de 1979 qu’Helen a commencé à fréquenter les trapézistes, en particulier Marie-Thérèse, puis Lorraine Desmarais, qui, ensemble, fonderont le Nœud d’erseau, cette école de trapèze unique au Québec.
Après C’est pas le pays des merveilles, en 1981, Helen écrit un projet de film intitulé Marie-Céleste, tu as toujours la tête dans les nuages, stimulée par l’audacieuse aventure de Lorraine et Marie-Thérèse.
Mais il faut dire que si le Nœud d’Erseau a existé, c’est bien parce que la comédienne Luce Guilbault avait invité Coline Serreau (eh, oui, la cinéaste !) à venir donner des ateliers de trapèze à l’École nationale de théâtre en janvier 1980; Marie-Thérèse et Lorraine s’y sont inscrites. Suite à cela, elles ont voulu poursuivre en allant se perfectionner en France avec la trapéziste française Andrée Jan, la grande, l’unique, la « première », André Jan, surnommée « Miss Risque ».
« Cette dame, que j’ai eu l’honneur de rencontrer, avait monté un numéro de trapèze sous la tour Eiffel, qu’elle reproduisait accrochée sous un hélicoptère en 1955. Je me souviens de lui avoir dit : « Mais c’est terriblement audacieux et dangereux ! » Elle m’a répondu « C’était mon métier… » Puis, après une pause, avec un œil coquin, elle ajouta « Mais j’étais la seule… » »
« Quelle dame ! Je tenais à ce qu’elle soit du projet que je concoctais alors avec Lorraine et Marie-Thérèse. J’ai même eu le bonheur de faire un tournage de repérage en France avec madame Jan. Avec la complicité de Colline, j’étais allée au Cirque d’hiver Bouglione pour tourner [avec Germain] ces quelques images en VHS; qu’en reste-t-il sur les cassettes ? Je ne sais pas; je les regarde et je sais que cela ferait drôlement plaisir à Coline et à mes copines des RÉ si on pouvait en récupérer quelques fragments… »
Coline Serreau
« Dans une première esquisse de ce projet, j’avais imaginé quelques séquences avec Andrée Jan, Coline et Luce, mais faute de moyens, l’idée ne pourra se concrétiser. C’est alors que l’idée a germé dans nos têtes d’ouvrir le film – qui deviendra Le rêve de voler – avec un numéro de trapèze exécuté par Marie-Thé …sous une montgolfière !
« Et sur ces images, j’entendais déjà la belle voix de Sylvie Tremblay chanter « Elle a rejoint les femmes et les oiseaux ». Sylvie avait déjà contribué à C’est pas le pays des merveilles avec René Dupéré pour la musique et les chansons, la première de nos nombreuses collaborations! »
À tous ceux et celles qui ont eu la chance de croiser le compositeur écossais Nigel Osborne et à tous les autres, Elizabeth Carmack me fait savoir que Nigel Osborne sera de passage prochainement à Ottawa, dans le cadre d’un important événement: À la rencontre de notre humanité / Encountering our humanity – From Knowledge to Conscious Action.
Nigel sera au Gala Cambridge Music Conference, il donnera à entendre, en première mondiale, Bar Elias Suite – Children’s Songs from a Syrian Refugee Camp. Le concert aura lieu le samedi, 13 août, à 20h., au Kailash Mital Theatre de l’Université de Carleton à Ottawa.
Une autre œuvre au programme est aussi présentée en première mondiale. Il s’agit de Women Are Gone, de la conteuse et musicienne Squamish Wendy Charbonneau.
Comme plusieurs d’entre vous le savez, Nigel est un complice – et un fidèle collaborateur – depuis notre toute première rencontre en 2000, en Croatie… Elizabeth et moi nous sommes rencontrées au Camp d’été des enfants des Balkans (Balkan Summer Camp). On peut lire son récit sur le site de la Cambridge Music Conference. Nigel poursuit son magnifique travail dans un camp de réfugiés de la Vallée de la Bekaa, au Liban, avec les enfants syriens. Un court document de la BBC fait d’ailleurs état de ce travail…
Elizabeth a toute mon admiration pour l’énergie qu’elle déploie, sourire aux lèvres, pour proposer des événements avec The Cambridge Music Conference. La première conférence en 2001, sur le thème « Music in Healing », a été développée à partir de l’épitaphe du philosophe Novalis :
« Every illness is a musical problem; every cure is a musical solution! »
Je consacre mon été à la relecture des nouvelles et des romans de ma chère Aude, écrivaine dont j’ai déjà parlé. J’ai pris dans ma bibliothèque son recueil de nouvelles Cet imperceptible mouvement, qui s’est vu décerner le Prix du Gouverneur général du Canada en 1997.
L’autre papillon est une jolie carte avec un mot de ma chère Aude datant du 11 juillet 1998. Je sais qu’elle a pris le temps de choisir, avec une extrême minutie, l’image de ces deux petites filles et d’un chien : j’en avais un semblable… Elles prennent le thé. Ce qui me rappelle notre rituel de chaque été autour de nos anniversaires, un rendez-vous…
Aude : Carte pour Helen, 11-07-1998
Sur la jaquette, à l’endos de Cet imperceptible mouvement, un peu détaché du reste de la présentation, je lis…
Tout est dans l’œil
Mais il faut parfois du temps pour percevoir,
au creux des petites morts quotidiennes,
cet imperceptible mouvement qu’on appelle la vie.
Oui, au cœur de l’été, avec le départ de personnes chères comme l’a été Aude pour moi – et Marie-Thé – et des proches aux prises avec la maladie, on cherche des réponses à l’absurdité et à l’indicible.
Toujours sur la jaquette, une invitation à vous, lecteurs lectrices qui ne connaissez pas Aude, à la lire chez XYZet chez Lévesque éditeurs.
« Le soleil descend doucement sur le fleuve et remplit la demeure ocre et safran. Justine fait rouler une mandarine entre ses paumes. L’épaule appuyée au chambranle de la porte fenêtre, elle observe un vol tardif d’outardes qui s’en vont vers le nord. L’Adagio de Mozart qu’elle écoute lui parvient à travers les cris nasillards des grandes oies. De l’ongle, elle perce la peau de l’agrume qui répand aussitôt son arôme. »
Les mots de Aude me ramènent à la chanson Suzanne de Cohen.
“Suzanne takes you down to her place near the river
You can hear the boats go by, you can spend the night forever
And you know that she’s half-crazy but that’s why you want to be there
And she feeds you tea and oranges that come all the way from China.”
Les mots de Aude sont des tableaux qui me font voyager, au-dehors comme au-dedans.
Les mots de Aude sont ma « Suzanne » à moi…
“And she shows you where to look among the garbage and the flowers
There are heroes in the seaweed, there are children in the morning
They are leaning out for love and they wil lean that way forever
While Suzanne holds her mirror
And you want to travel with her, and you want to travel blind
And you know that you can trust her
For she’s touched your perfect body with her mind.”
« Il faut consentir à l’éphémère, comme un artiste qui dessinerait longuement sur le sable, à marée basse, ses œuvres les plus sublimes que la marée montante lécherait ensuite lentement.De ma fenêtre, je regarde la rivière et je la trouve de nouveau belle. Et cela est plus que suffisant pour que je consente à vivre une heure de plus…» (Aude, Vases communicants, p. 95)
Les gens du Saguenay et du Lac Saint-Jean ont cette réputation d’être généreux, recevants et ben d’adon… Comment ne pas être impressionnée par tout le parcours des neuf autres lauréats et lauréates de l’Ordre du Bleuet ? Une organisation impeccable et une soirée chaleureuse ! Un trophée qui pèse lourd. Et cette jolie remarque lors des présentations : « le bleuet est le seul petit fruit à avoir une couronne » ; pétons-nous un peu les bretelles en passant…
Nous étions tous invités à venir l’un après l’autre sur scène pour recevoir notre trophée, présenté par un membre de l’organisation ; le mien m’a été présenté par Christiane Laforge, qui avait partagé les bancs d’école du collège Bon-Pasteur de Chicoutimi – et des parties de volley-ball – avec ma sœur Louise. C’est aussi Christiane qui a signé les magnifiques portraits des lauréats, un travail d’écriture remarquable pour des parcours impressionnants. (Ça vaut vraiment la peine de prendre un moment pour faire connaissance avec les Bleuets et les Bleuettes 2016!)
Le « pacing » de la soirée nous a proposé le portrait, en texte et en images, de chacun des récipiendaires. Entre les présentations, un trio de jazz pas piqué des vers marquait la pause d’un air approprié et nous accompagnait tandis que nous nous rendions sur scène. Lorsque ce fut mon tour, j’ai eu l’honneur d’être accompagnée par Christiane Laforge. Le hasard (?) a fait que ces talentueux musiciens ont commencé à jouer Take Five de Dave Brubek !
Qui pouvait savoir, parmi les organisateurs, qu’adolescente, j’avais fait un show qui réunissait un petit quatuor de jazz formé de mes amis et chums de l’époque : Germain Bonneau, Jean Lemire, Luc Pagé et André Simard …et nous, les filles du Bon-Pasteur. Sur la même scène, nous présentions deux chorégraphies de danse moderne : une sur Lollipop, l’autre sur Peter Gun ; avec moi, il y avait Suzanne Sweeney et Françoise Angers (je m’excuse après de la quatrième danseuse ; son nom m’échappe). Donc en montant sur scène pour recevoir mon Bleuet de bronze, tout à coup, cette pièce, Take Five, qui faisait la gloire de mes jeunes jazzman d’amis, venait ajouter une émotion de plus à cette belle soirée… dont le souvenir n’est pas prêt de s’estomper !
Une image que je viens de retrouver, en fait, la reproduction d’une photo prise lors d’un passage au Festival de Larochelle : la fameuse caméra de nos débuts où le ruban magnétique (1/4 de pouce à bobine ouverte) avait la fâcheuse tendance à s’enrouler et tirebouchonner comme un spaghetti collant et trop cuit.
Si on regarde bien sur l’image, à la hauteur de l’affiche, on peut voir le magnétoscope qui nous permettait d’enregistrer. Vidéo légère, disait-on ! Nous avons fait nos premières armes avec cet engin… Aujourd’hui, avec son téléphone, on peut faire 100 fois mieux technologiquement.
Mais je me souviens aussi des longues discussions, des échanges, des doutes que nous avions sur ce que nous tournerions, et pourquoi, avec les filles de La femme et le film. Même léger, le manque de souplesse de l’appareil (être ainsi harnachée, en plus, par un long câble) n’était pas de tout repos. Cela nous obligeait en quelque sorte à un certain temps d’arrêt et de réflexion avant que le désir de faire des vues ne l’emporte…
La Société de l’Ordre du Bleuet a dévoilé les dix personnalités qui seront honorées lors du Gala qui se tiendra le 11 juin prochain à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière et je me retrouve parmi les lauréates… Ce samedi, je serai donc reçue de l’Ordre du Bleuet!
Ce sera pour moi une occasion de plus de ressasser d’autres souvenirs et de faire la fête… J’en suis déjà toute chamboulée.