100 ans

Rome comme en 1956 © helen doyle

Mon père aurait eu 100 ans ce mois-ci.

Je me rappelle ses récits de sa visite à Rome en 1956 et le tas de diapositives qu’il avait faites, toutes surexposées… Je me souviens de ces images où il ne restait que quelques détails mais que, régulièrement, il projetait le dimanche en écoutant de l’opéra… Son image à lui me revient comme ces images délavées : un œil bleu profond, l’esquisse d’un sourire, quelques taches de rousseur, une longue silhouette qui se voûte et qui fait penser à L. Cohen aujourd’hui.

C’est avec lui que j’ai appris des comptines, des «nursery rhymes», des berceuses – le «Lullaby» de Brahms – et à jouer toutes sortes de jeux, à danser, à valser, en mettant mes pieds sur ses pieds.

Mon père, par moment, se montrait «plus catholique que le pape» (ça fait drôle d’écrire ça justement ici), mais avec ce petit côté irlandais, le côté farfadet. Il avait un étonnant sens de l’humour. Ainsi, un soir, alors qu’il était hospitalisé, il s’est levé péniblement, a empoigné le poteau de son soluté comme si c’était une grande dame en robe de bal, et avait valsé tout en chantonnant une valse… Cela m’a inspiré la scène finale de Soupirs d’âme.

Ce soir, je remercie celles et ceux qui m’ont aidée à lui rendre hommage, qui y ont contribué. Ma pensée va particulièrement vers les danseurs et chorégraphes Bill Coleman et Lucie Boissinot; merci encore à vous deux pour cette interprétation qui, pour moi, sera toujours, grâce à vous, un hommage à cet homme que j’aime, qui aurait 100 ans…

Lucie Boissinot. Photogramme tiré de Soupirs d'âme © Tatouages de la mémoire

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Domenica a Bologna

Bologne,détail ©helen doyle

Je viens tout juste d’arriver à Bologne et voilà qu’à deux pas de mon B&B, on s’agite! Et moi qui souhaitait faire un peu de tourisme, je me retrouve au cœur d’une manifestation. Ça se passe à Bologne comme dans toute l’Italie : «la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes»…

Jamais trop jeune © helen doyle

Slogans © helen doyle

photographe photographiée © helen doyle

manifestante-1, © helen doyle


 

Je me retrouve tout d’un coup comme au début de la fondation de Vidéo Femmes, caméra au poing avec le fameux  «portapack».
fanfafonie Bolognaise © helen doyle

Fanfafonie bolognaise © helen doyle

Le lendemain, avant de me rendre à la Cineteca, je lis, dans La Republica : Accusé d’être impliqué dans un nouveau scandale sexuel, Silvio Berlusconi est maintenant montré du doigt pour un dérapage homophobe. En effet, le chef du gouvernement italien a déclaré ce mardi «qu’il vaut mieux avoir la passion des belles femmes qu’être gay», selon le quotidien italien.

Pasolini, aujourd’hui, écrirait-il un blogue? Aurait-il sa page Facebook? À la lumière de ses réflexions sur la condition féminine et le féminisme, ce matin, en tout cas, je suis certaine que je pourrais y lire, en même temps que ses milliers «d’amis», des propos virulents et au moins déstabilisants!

À la Cineteca , je reverrai La RabiaLa rage – dans une nouvelle version. Tout à fait de circonstance, n’est-ce par monsieur Pasolini ! La Rabia!

Cineteca de Bologne ©helen doyle

Informations précieuses de Roberto Chiesi sur La Rabia :  http://www.filmlinc.com/views/?p=294

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Sabato a Orte

Le 7 février 1974, la RAI mettait en onde La forma della città, un film documentaire tourné un an plus tôt par Paolo Brunatto. Mais dans ce court métrage de 15 minutes, Pasolini mène le bal. Il est au centre de ce film et il en a choisi le sujet, la forme,  le «profil» d’une cité : Orte et la région du Lazio.

Orte 6 février 2011 © helen doyle

Il a été facile de se rendre à Orte à partir de la gare du Trastavere. Un train nous emmène, Malika et moi, directement à la gare d’Orte; et de la porte de la stazionne, des bus essaiment vers la vieille ville. Durant le trajet, je distingue au loin la forme, le profil, la silhouette de cette ville, comme un «tableau de la renaissance du Nord» dans ce paysage automnal de terre brunâtre, noyée dans une brume bleue où se découpe le contour de la cité sous un ciel gris…

Mais, avant d’arriver au coeur de la ville, une autoroute vient briser le paysage, comme une balafre dans le tableau que Pasolini avait choisi de montrer.

Nous trouvons facilement quelques éléments vus dans le film.

Près de la porte San Césario ©helen doyle

Orte, campanile San Silvestro ©helen doyle

Tout en nous baladant dans la ville, nous échangeons sur la qualité, la perspicacité, la «pertinence impertinente» des propos que Pasolini tient tout au long de ce film de 15 minutes en trois étapes; la première : la cité vue dans son entièreté, de loin, et qu’il fait découvrir à Ninetto Davolo grâce à une caméra 16mm. Il livre sa réflexion et rappelle ses autres tournages à l’étranger, entre autres sur Les murs de Sana’a.

Deuxième partie : un sentier de pierres (fabrication à l’ancienne) qu’il grimpe allègrement tout en parlant directement à la caméra.

«Tu vois, ce sont de simples murs, des bastions aux couleurs grises… En réalité, personne ne serait prêt à défendre cette chose la rage au ventre, et c’est justement ce que j’ai choisi de défendre (…) je veux défendre quelque chose qui n’est pas sanctionné, qui n’est pas codifié, que personne ne défend, quelque chose qui est l’œuvre pour ainsi dire du peuple, de toute l’histoire du peuple, d’une ville, d’une infinité d’homme sans nom, qui ont œuvré…» (PPP)

Il parlera de la  ville et de son paysage environnant comme étant une seule et même chose; un discours absolument écologique dans le sens le plus fondamental du terme.

Pasolini s’insurge contre les constructions sans forme et sans imagination (fruit sans aucun doute d’enjeux spéculatifs) qui viennent ravager la forme harmonieuse de cette cité ancienne.

Orte sole © helen doyle

J’ai fait le jeu de Pasolini, mais d’une autre perspective, en me situant au coeur de la cité d’Orte. À partir d’une jolie place,  j’ai photographié le paysage environnant à ma gauche, tout à fait bucolique, et à droite, ce jeu de blocs informe.

vue d'Orte ©helen doyle

Vue d'Orte ©helen doyle

lichens © helen doyle

À la fin du jour, dans le train du retour, Malika me traduit un texte de Roberto Chiesi sur La forme della Città; elle souligne que c’est un paysage qu’il connaît bien et auquel il n’est pas totalement étranger. Il aime son caractère humble, désertique et volcanique. D’ailleurs, il s’installera dans une ville voisine, Chia, où il reprendra une de ses activités, le dessin, et où il écrira, avant son assassinat, Pétrole.

Je dois revenir dans la région, d’abord pour faire un repérage à Chia, mais aussi pour retrouver la ville de Narni, voisine d’Orte. Lors de mon premier voyage en Italie, en 1989, j’étais venue y présenter Le rêve de voler, ballet aérien sur trapèze (un dictateur fait enfermer des oiseaux parce qu’il veut leur chant pour lui tout seul…)

Orte - Roma © helen doyle

Le train roule lentement vers Rome. Je songe à cette troisième partie de La forme della Città. Pasolini se déplace carrément et on le retrouve sur une plage, aux abords de la ville de Sabaudia, construite à l’époque «fasciste». Et là, il terminera par une envolée sur le fait que dans nos sociétés démocratiques, nous ne voyons pas, donc nous ne combattons pas cette nouvelle maladie qu’on nous inocule : la frénésie de la consommation …une forme nouvelle de fascisme. Que diriez-vous, monsieur Pasolini, de la mondialisation, vous le poète civil?…

De la gare, nous prenons le bus qui fait le tour du quartier Monteverde. Et nous passons devant l’un des deux logements habités par Pasolini à Rome.

Bonne nuit, monsieur Pasolini, et merci de m’accompagner, Malika, avec ces notes précieuses de Roberto Chiesi du Centro Studi – Archivio Pier Paolo Pasolini de Bologne…

 

repérage Monteverde © helen doyle
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Aller aux vues

Modern cinema? ©helen doyle

Le cinéma Impérial était à deux pas de notre maison et mes parents y allaient régulièrement «aux vues».
 Parfois, quand ils ne trouvaient pas de gardienne, ils m’amenaient avec eux ; alors, en catimini, ils se faufilaient par la porte de côté avec la complicité du propriétaire. 
Je me retrouvais assise sagement entre mon père et ma mère dans cette grande salle aux fauteuils de velours rouge, où des images dansaient, parlaient et faisaient même de la musique… J’étais très petite; je devais avoir trois ou quatre ans et je ne saisissais pas le sens de ce qui se déployait devant moi. J’étais tout simplement heureuse et rassurée d’être assise là, entre mon père et ma mère, dans ma couverture de laine, comme le personnage de Linus dans les bandes dessinés de Snoopy. Et je finissais par m’endormir, là, entre mon père et ma mère, au lieu d’être seule dans ma chambre, où mille monstres pouvaient surgir de sous le lit, et parmi eux, le plus terrible, le Windigo, le géant cannibale de la forêt (la gardienne étant plus occupée à donner ses premiers french kiss à son chum qu’à apaiser mes crises de terreur…) Combien de fois suis-je allée ainsi avec eux au cinéma d’adultes ? Je ne sais pas vraiment… Mais c’est imprimé, comme un tatouage, dans ma mémoire.

Marylin à Milan © helen doyle

Je me souviens aussi que j’adorais passer de longs moments devant les vitrines du cinéma où s’affichaient les images des films «présentement à l’affiche» et celles des films à venir, comme des story boards aux couleurs surannés. Puis, je rentrais à la maison et je redessinais les images que je venais de voir, ou bien celles des contes de fée qu’on me lisait, quand ce n’était pas celles que je me projetais dans ma tête. Mon enfance est peuplée de petites vues animées que je me fabriquais.

Jeux d'ombres © helen doyle

Le diamant bleu

Rares sont les  films régionnaux à cette époque. En fait, mon souvenir le plus précis est celui d’un film produit et tourné dans ma région, le Saguenay : Le diamant bleu de Roger Laliberté.

La visite de ce site vaut vraiment le détour…

J’avais 7 ans et j’étais très impressionnée car mon petit voisin, Jean Dupérré, avait été enlevé dans cette histoire de diamant bleu.

Le dimanche suivant, à la messe, encore toute malheureuse de sa disparition, ne voilà-t-il pas que j’aperçois le petit Dupéré se diriger tranquillement vers la balustrade pour la communion. Je vois encore l’air confus de mes parents lorsque j’ai crié très fort dans l’église : «Il est vivant! Il est vivant !…»

Je suis certaine que le curé Paquet a dû être profondement secoué : «Il est vivant!»…  En voilà une qui a des visions, une illuminée… peut-être une sainte pour sa paroisse…

Mes parents ont dû m’expliquer en long et en large comment se faisait un film et que cette histoire, ce n’était que du cinéma.

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L’altérité

Les premiers films que j’ai vus, c’était au couvent ou à la salle paroissiale du Sacré-Cœur à Chicoutimi. (Ce nom, Chicoutimi, serait d’origine montagnaise et viendrait du mot «shkoutimeou», qui peut être traduit par «la fin des eaux profondes». Et en effet, Chicoutimi se trouve dans le fond du fjord du Saguenay.) Cette salle paroissiale et ce couvent – où les bonnes soeurs prodiguaient l’enseignement pour filles seulement – sont aujourd’hui disparus. On nous projetait des films tournés par les missionnaires en Chine et en Afrique, qui prêchaient pour susciter des vocations et promouvoir les vertus théologiques de la foi, de l’espérance et de la charité…
Des films comme on peut en voir maintenant à la télévision …mais sans les bonnes soeurs et les curés missionnaires. Ces documents tentent de nous attendrir aujourd’hui avec nos vedettes populaires qui s’épanchent sur le sort des enfants. Comme je peux détester ses émissions ! Il est juste de se soucier du sort des enfants, les nôtres et ceux d’ailleurs dans le monde. Mais la facture et la manière insidieuse qu’ont ces documents de nous embobiner me fait rager. On est loin de l’altérité, thème qui m’a immédiatement séduite quand Malika m’a parlé de son travail sur Pasolini. Pas le mot compassion, non, le mot altérité.

J’adopte cette distinction fondamentale entre tolérance et altérité :

• avec la tolérance, ma liberté s’arrête là où commence celle des autres – justifiant le regard qui se détourne au nom de l’idée que je ne dois pas me mêler des affaires des autres ;

• avec l’altérité, ma liberté s’étend au travers de celle des autres – impliquant l’attention aux autres, le respect fondamental et l’ingérence dans les situations identifiées comme portant atteinte aux droits fondamentaux des humains d’être eux-mêmes et chacun différent.

(Jean-Louis Lascoux, Et tu deviendras médiateur et peut-être philosophe, édition Médiateur, 2008)

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Balbutiements, documentaire… Saravah

Saravah de Roma © helen doyle

C’est à la télévision communautaire de Québec que j’ai fait mes premières expérimentations vidéographiques. Coup de cœur après avoir suivi quelques cours d’histoire du cinéma et un atelier de photographie, je cherchais comment faire mon apprentissage dans ce milieu – il n’y avait pas d’école de formation cinématographique alors dans ma ville.

La télévision communautaire me permettait de partir avec une belle grosse valise, une caméra et un magnétoscope à bobines ouvertes : le célèbre Portapack, ancêtre de nos caméras aujourd’hui à peine plus grosses qu’un paquet de cigarettes. («C’est quoi ça, un paquet de cigarettes?» demandera-t-on dans quelques années…) Le magnétoscope avait plusieurs petits problèmes, en particulier celui de voir le ruban des bobines s’enrouler et former un tas de nœuds, ce que nous appelions des spaghetti. La bande était alors froissée, parfois foutue. Je suis certaine que tous ceux et celles qui ont eu à tourner avec cet engin sont en train de sourire… (D’ailleurs, à ce propos, voir l’événement au Centre Georges-Pompidou à Paris, animé par le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir.

Trouvé sur Internet, cette illustration et aussi de nombreux objets et illustrations qui feront sourire…

On m’appelait madame ONF car j’arrivais au studio de la télé avec plusieurs heures de bobines de tournage et un plan de montage. On me donnait 2 heures de montage avec un technicien pour réaliser une demi-heure télé. La télé mettait en onde mon document puis on me remettait mes bobines démagnétisées, donc effacées… Et je recommençais. Ce que j’avais proposé était un peu en dehors des normes de la télé, qui faisait beaucoup d’émissions en studio – des «shows de chaises» – et de très courts reportages. Pour moi, on faisait exception et on m’accordait un peu plus de latitude.

[https://tatoumemo.com/wp-content/uploads/2011/02/retrosony_video_rover_dv-2400_portapack.jpg]

C’était du brut! Et je retrouve dans les «appunti» de Pasolini ce côté où les plans sont sans grande élégance – même si le tournage de Pasolini est tout de même en 16mm et le montage assez conventionnel, «carré». Mais il faut regarder et découvrir le processus astucieux qu’il propose dans ce qu’il appelle «notes pour un film à faire», forme de repérages. Ingénieux et fin renard, Pasolini, qui nous mène, nous spectateurs, par le bout du nez. Il nous entraîne avec lui dans sa quête, avec tous les questionnements et les paradoxes d’ordinaire épargnés aux spectateurs (on les résout en pré-production ou au tournage et on les élimine définitivement au montage). Pasolini, lui, semble s’en amuser, en jouer, valser même avec, dans son film à faire. Ne maîtrisant pas encore l’italien, je passe par des sous-titres ou des narrations en français et en anglais. Et c’est bien dommage, car je ne peux apprécier véritablement toute la qualité d’écriture de Pasolini, sa rythmique, sa poésie…

Loin de moi de me comparer à Pasolini; je fais plutôt référence au côté brut des émissions que je faisais et à leur contexte. Je tournais à partir d’un plan de travail, de notes, de balises, mais sans scénario précis – écrit et réécrit comme c’est le cas aujourd’hui.

Il ne reste rien de cette série de 8 émissions d’une demi-heure chacune sur la condition des femmes et dont le titre – Veux-tu me faire une sourire à l’envers? – a été inspiré d’une chanson de Pierre Barouh, qu’on a plus connu pour son rôle dans Un Homme et une femme de Claude Lelouch, mais homme et artiste aux multiples talents.

Moi j’ai retenu plus que le célèbre «chabadabada», la chanson Samba Saravah que j’adore fredonner lorsque le temps est maussade.

Quelques années plus tard, nous coréalisions, Nicole Giguère et moi, C’est pas le pays de merveilles [2]… Un matin, nous étions, toute l’équipe, dans la salle de bain de mon appartement, entassés dans la baignoire pour tourner la scène de suicide d’Alice, qui devait lancer une verre dans le miroir. Nous en étions à la 6e ou 7e prise et le miroir ne brisait pas, et le verre ne cassait pas comme nous l’avions proposé dans le scénario.

La veille, sur mon répondeur, un message de mon colocataire m’avait annoncé qu’il avait prêté sa chambre à un ami en tournée. Et voilà qu’en plein tournage de cette scène délicate, l’invité en question se pointe dans la chambre de bain, encore endormi après une soirée de toute évidence festive. C’était Pierre Barouh lui-même…

Après les présentations, nous avons repris le tournage et le soir, j’ai trouvé sur mon répondeur un joli message de monsieur Barouh, qui me demande comment la journée de tournage s’est déroulée, suivi d’une invitation à son spectacle où il souhaite nous présenter.

Rome musicien © helen doyle

Ce message… que de délicatesse. C’est resté gravé…

Saravah Pierre, Saravah Nicole,

Saravah…

[2] [http://www.videofemmes.org/index.php?id=13&fid=6]


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Mon voisin

Il fait sombre sur Rome;
c’est curieux, on dirait qu’il fait plus sombre qu’à Paris
ou même qu’au Québec…
Est-ce le fait que les bâtiments qui m’entourent et qui datent d’un boum de construction des années 60, avec leur rose, vert et ocre, sans le soleil qui doit les inonder, deviennent tout à coup ternes et un peu tristounets.
Me voilà à réfléchir à cette nouvelle quête… Comment faire un appunti italien en m’inspirant du processus créatif de Pier Paolo?
Voilà que je commence à l’appeler par son prénom; il est tellement présent autour de moi dans ce quartier du Monteverde.  Encore hier, en sortant de la pharmacie, juste devant moi,  le 86 Fontina où il a habité : à la porte, un affichette sur laquelle je peux lire «logement à louer»…  Mon imagination s’emballe : et si le logement à louer était celui de Pasolini,  celui où il a écrit son célèbre roman Raggazzi di Vita. http://www.babelio.com/livres/Pasolini-Les-Ragazzi/8043

Pasolini, mon voisin…

Domenica ©helen doyle

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« La donna que canta »

Pour un début de projet, en voilà tout un!
Une projection, dès 9h30 du matin, dans le centre de Rome. Projection pour la presse d’Incendies, le film de Denis Villeneuve inspiré et adapté de la pièce de Wajdi Mouawad; en italien, ça donne La donna che canta


Le film remporte beaucoup de succès et je n’ergoterai pas sur toutes ses qualités. Demain, ici, les journaux diront : «Il faut le voir!…» La femme qui chantait, cette tragédie – je dirais tout droit sortie des tragédies grecques – est palpable physiquement, d’autant plus lorsqu’on réalise qu’on est à quelques pas (façon de parler) du lieu évoqué où se déroule l’action.
http://www.dailymotion.com/video/xgk1o6_incendies-la-donna-che-canta_shortfilms
Cette présentation a été organisée conjointement par l’Ambassade du Canada, la Délégation du Québec (à qui je dois cette invitation matinale) et par les distributeurs italiens du film.

Le film de Denis me ramène à mes préoccupations passées et – toujours – présentes… Mais là, après la projection, elles tourbillonnent et s’imposent. Comment parler, comment montrer les conflits comme aussi ce qui se passe à l’intérieur des gens, ceux-là qui les vivent, ces conflits, et ceux, comme moi, comme l’équipe d’Incendies (en majorité des Québécois), qui découvrent tout à coup ces drames et les traces qu’ils provoquent et laissent. C’est devenu une obsession chez-moi.

Je ne crois pas être la seule. Tous ceux qui ont créé des liens avec des gens et des lieux dans un conflit ou après («afthermath») ressentent, je crois, ce besoin de comprendre mieux et en profondeur ce qu’il sont vu, ce qu’ils ont côtoyé, et de comprendre pourquoi… Je ressens le besoin de retourner sur les lieux et de retrouver, même des années après, des gens rencontrés naguère… comme pour débroussailler quelque chose. Comprendre peut-être que l’Homme peut être bourreau et victime, victime et bourreau; que rien n’est noir et blanc comme on veut nous le faire croire : nous les bons, eux les méchants comme dans les films de cowboys… Quelquefois la proposition s’inverse : on devient les méchants et eux sont les héros… On appelle ça alors «la propagande ennemie».

Le film de Denis Villeneuve s’ouvre sur des enfants, de jeunes garçons à qui ont tond les cheveux… Tout de suite, ils m’ont ramenée à l’orphelinat de Sarajevo et à ces jeunes petits loups à qui j’avais proposé de jouer aux journalistes. «Tu es un héros, toi?» demandait le premier, tout fier d’avoir le micro en main, fier de sa question. «Non, je ne suis pas un héros!» de répondre l’autre gamin, sourire fendu jusqu’aux oreilles, content de répondre à son copain, mais content aussi de briser la convention. Ils sont intelligents; ils savent mieux que quiconque… Bien malin qui croyait les y prendre…

Habile, le réalisateur qui nous présente cette scène qu’on aura oubliée peut-être à la fin du film… Mais elle revient, elle revient cette scène avec ces jeunes garçons… elle revient à la surface en me baladant dans Rome… et en allant prendre mon autobus.

Toujours, ce cher Pier Paolo… © helen doyle

Comme disait Roland Barthes, «Il y a toujours un désastre personnel qui vous ouvre les yeux sur un désastre universel (…)»

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« Une journée particulière »

Il arrive souvent, lors de rencontres avec des étudiants en cinéma ou avec le public, lors de la présentation de mes documentaires, qu’on me demande comment m’est venu un sujet. Ce sont toujours des trajets sinueux, des rencontres, des obsessions… Et des quêtes. Il est parfois difficile de répondre : on a oublié les éléments déclencheurs. Mais pour ce projet là, les choses sont claires.

Tevere, Gennaio © helen doyle

Ce jour pluvieux de janvier, Malika me rend visite. Elle arrive de Napoli et nous commençons nos échanges sur mon projet, sur le processus créatif de Pasolini, sur ses documentaires et ses appunti, tout en faisant une ballade dans les quartiers romains du Monterverde et du Trastevere.

Deux ans que j’ai rencontré Malika. Durant l’automne 2008, mes pas m’ont menée jusqu’au sud de l’Italie. Sachant que je me rendais à Palerme, une amie m’avait mise en lien avec Malika; cette jeune femme a tenu à m’accueillir dès mon arrivée.

Palermo, dominica

Palermo 2008 © helen doyle

Souvenirs de Palermo © helen doyle

J’allais rencontrer la grande photographe Letizia Battaglia – qui a lutté pendant 40 ans, avec son appareil photo, contre la mafia – afin de compléter ma recherche pour un nouveau scénario, Rapporteurs d’images. J’ai connu Letizia à Visa pour l’image, à Perpignan, en 1999; je l’ai revue à New York, puis nous nous sommes retrouvées au Festival international de Films de Femmes de Créteil en mars 2008, où nos films respectifs étaient programmés.

Lors de ma visite chez Letizia, Malika me sert d’interprète, mais il lui arrive aussi de poser elle-même des questions à Battaglia. Je sens une sorte de chimie naturelle entre nous deux, comme si on travaillait ensemble depuis toujours.

Bientôt, au-delà de cet accueil chaleureux, nous nous mettons à échanger sur nos projets. Malika m’apprend qu’elle «planche» – entre autres – sur une thèse dont le sujet est « Une réflexion sur l’altérité à partir des documentaires de Pier Paolo Pasolini ».

Accompagnée de Malika, que vais-je découvrir en me lançant dans cette quête ? Quel en sera l’axe principal et comment relier tout cela, moi, Nord-américaine et Québécoise?… Une chose est certaine : Pasolini a marqué ma jeunesse. Je me revois au ciné-club, profondément troublée par Theorema

Après cette rencontre à Palerme, de retour à Montréal, j’ai laissé du temps passer. J’ai mis cette idée dans «la quatrième partie de mon cerveau»; je ne voulais plus penser à ça, trop difficile. Je voyais les problèmes : la distance, le temps et, toujours, le financement. Mais voilà, Pasolini est revenu me hanter.

...!###! © helen doyle

Deux ans plus tard, me voici à Rome en compagnie de Malika. Et c’est en sa compagnie que je me lance Sur les traces de Pasolini. Je tiens à lui montrer un document nouveau sur le site http://www.pasolini.net/cinema_Sana’a-e-intervista-Davoli-FioreMille.htm

Une version vraiment belle du court métrage de Pasolini Les murs de Sana’a. Les images sont d’une grande qualité à comparer à d’autres versions, mais la voix de Pasolini, son commentaire, n’est plus là! Une voix off française remplace celle de Pasolini. En plus, ce n’est pas vraiment son texte. Sa poésie, son lyrisme : évacués! Nous sommes troublées, Malika et moi. Nous aurons à vérifier plus tard la raison de cette absence… troublante.

Sanaa, maquette. La Reine de Saba, Paris © helen doyle

Mais voici que tout en échangeant sur ce «cas» et en navigant sur le site, je tombe sur l’annonce d’une exposition de photos de Letizia Battaglia à Rome.

http://www.pasolini.net/notizie_mostrafoto_LetiziaBattaglia.htm

Commencée en décembre, elle doit se terminer justement cette fin de semaine. En plus de ses célèbres photos sur la mafia, terrifiantes et troublantes, il y a toujours aussi ses photos réjouissantes des gens et de la vie de tous les jours; et à travers celles-là, des photos de Pasolini…

S.T. foto libreria galleria © helen doyle

Nous sommes allées ce matin à la Foto Libreria Galleria ST, Via degli Ombrellari. Cela augure bien et inaugure de belle façon mon travail : des photos de Pasolini réalisées par Letizia Battaglia… Clin d’œil du destin?…

 

Matteo De Castro et la photo de Pasolini par Battaglia © helen doyle

L’endroit est charmant et accueillant. Rapidement, voyant notre intérêt, on s’empresse de nous montrer une chose et l’autre concernant Pasolini et Letizia Battaglia. Mateo nous explique que ces photos ont été faites à Milan alors que Battaglia était journaliste, mais pas encore photographe. Puis, il ajoute : «J’avais aussi un ou deux exemplaire d’un petit livre des éditions Battaglia sur Pasolini; je vais voir si je ne peux pas en trouver un pour vous…»

A presto

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Réminiscence… Paris, janvier 2010

 

 

L'an dernier, en janvier... ça caille à Paris. (photos © helen doyle)Afghans' canal © helen doyle

Ces exilés afghans, âgés de moins de trente ans et dont certains sont même mineurs, vivent depuis plusieurs mois sous des tentes, sur les bords du canal Saint-Martin et dans le quartier de la gare de l’Est.

Et tout autour, les tatouages sur les murs de béton du Canal…tatou canal 2

Tatou Canal (1) © helen doyle

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