La Luce

Luce, Florence © Helen Doyle

Luciana tient à m’éclairer sur l’importance du thème de la lumière et de l’ombre dans l’oeuvre de Pasolini. «La luce è sempre uguale ad altra luce»… «Cette lumière a été l’espoir de la justice: / que je ne connaissais pas : Justice / La lumière est toujours pareille à la lumière /…»

Bologne, université © Helen Doyle

«Depuis plusieurs jours, je voulais vous dire ceci : je pense que c’est important, pour votre documentaire, la valeur particulière de la lumière chez Pasolini. Et l’opposition clair-obscur. Trouvez-les dans ses romans, sa poésie, son cinéma, ses documentaires. Peut-être que vous pourriez prendre un point de vue similaire, en insistant sur la lumière et l’obscurité… La lumière fait partie [de son oeuvre] dans un sens surtout symbolique, car elle met en évidence et définit les moments importants de sa vie et de son histoire : la liberté, la justice, la passion, la lutte…»

textures – Bologne © Helen Doyle

Luciana me ramène aussi à Rebibbia et aux mots mêmes de Pasolini…

«Pauvre comme un chat du Colisée,

  Je vivais dans une bourgade faite de chaux

  Et de nuées de poussière, loin de la ville

  Et de la campagne, coincé tous les jours

  Dans un autobus branlant :

  Et chaque allée, chaque retour

  Était un calvaire de sueur et d’angoisse.»

Chat de Colisée © Helen Doyle

Rebibbia, où nous sommes allées avec Cecilia et Luciana, où nous avons trouvé la Maison du poète, close, et où, au centre d’une petite place, on retrouve un monument sur lequel est inscrit:

Ah, journées de Rebibbia / que je croyais perdues dans la lumière / de la nécessité, et que je découvre si libres!

…Doux, violent, révolutionnaire / par le langage et par le cœur. Un homme fleurissait.

Mais là, à Rebibbia, Pasolini est dans une lumière de vie…

Dans les Pagine corsare, on peut lire, sous la plume de Céline Parant : «Même s’il est issu de la petite bourgeoisie, Pasolini a fait lui-même l’expérience du faubourg romain et la connaissance du sous-prolétariat puisqu’il a habité à Rebibbia, située dans la zone est de Rome, lors de son arrivée dans la capitale. Il s’agit pour lui de « faubourgs construits par le fascisme comme des camps de concentration pour les pauvres », des zones non encore industrialisées peuplées de gens sans travail, une sorte de Tiers-Monde.

«Son intérêt pour le sous-prolétariat s’est alors développé à Rebibbia : il a été attiré par ce qu’il n’était pas. En effet, Pasolini était un « figlio di papà » comme il l’explique à Ninetto Davoli, il était donc « stupito, meravigliato » par ce monde inconnu, ces personnes qui travaillaient là où il n’y avait justement pas de travail. Cet intérêt est à la fois historique et psychologique car Pasolini considère tous les gens avec autant de respect, ils sont tous « comme des pères et des mères ». Il ne peut donc être que touché par leur destin, son coeur le poussant à dénoncer les abus de la société et l’attirant inexorablement vers un Temps révolu.»

Luce 2, Florence © Helen Doyle

Puis je suis tombée sur ce clip qui décrit Rebibbia et Ponte Mamolo, où vit une communauté d’immigrants érythréens – 40 ans plus tard…

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Bologne Amsterdam…

Chaque fois que je suis passée à Bologne, j’ai réservé dans un charmant B & B. Souvent, j’ai obtenu la chambre toute blanche; cela me ramenait à un souvenir, une atmosphère… que je n’arrivais pas identifier.

Chambre blanche à Bologne © Helen Doyle

Mais en sortant de l’entretien avec Gianni Scalia et en pensant aux 30 ans de travail fabuleux de la maison d’édition Forma di Parole, plusieurs liens se sont faits dans ma tête.

Confidences de Bologne © Helen Doyle

Sans rejeter l’idée d’un documentaire final, le web documentaire pourrait convenir parfaitement à cette aventure proposant ainsi, étape par étape, des éléments de ce projet. En attendant de mettre tout cela en chantier et en production, je rédige un blogue, ce qui est une façon, déjà, d’expérimenter l’idée d’un carnet de notes – photos et écriture – en ligne.


Lecture de «64 kilos», Élodie Chanut © Helen Doyle

Puis un autre événement m’est revenu en tête : la lecture, en mai 2010, de mon texte 64 Kilos avec Élodie Chanut, comédienne et metteur en scène qui avait accepté de faire la lecture d’extraits de ce projet en chantier. Animée par le désir d’explorer des nouvelles voies de création, je trouvais là l’occasion d’expérimenter cette forme, nouvelle pour moi, de la lecture publique dans le cadre de l’événement Le Printemps de Paris – Festival des cultures d’Europe de l’Est et d’Asie centrale en Île-de-France

«Pour la sixième année consécutive, la maison d’Europe et d’Orient organise son festival Le Printemps de Paris, réunissant un florilège d’événements destinés à mieux faire connaître aux publics parisien et francilien les cultures, sociétés et artistes d’Europe orientale et d’Asie centrale…»

Lecture «64 kilos»

Se succéderont ainsi pendant plus de trois mois concerts, débats, pièces de théâtre, projections, spectacles de danse, expositions, rencontres littéraires, etc.

Enfin, le B & B de Bologne me rappelait un texte que j’avais écrit sur Amsterdam… un passage que j’avais laissé tomber pour la lecture de 64 Kilos et qui, tout à coup, très nettement, remontait à la surface, me rattrapait..

Il tempo fugge © Helen Doyle

Amsterdam Transit

© Helen Doyle 

En route pour la Géorgie, je décide de rester quelques jours à Amsterdam. J’adore cette ville. J’aime aussi l’idée d’être dans un lieu de passage, l’idée de transit… J’ai laissé le gros de mes bagages à la consigne de l’aéroport. Je n’ai pris avec moi que ce dont j’ai besoin pour cette escale.

Après avoir parcouru une bonne partie de la vieille ville, je trouve enfin le B & B. Tout est blanc, harmonieux; et je trouve des post-it de couleur et des notes placées ici et là. Les hôtes sont absents, mais ils ont pris la peine de poser un bouquet d’anémones rouges et de souflles-de-bébé dans un vase blanc, sur une table blanche garnie d’un napperon de dentelle blanche. Tout à fait hollandais. Espace blanc, mais pourtant pas immaculé, pas aseptisé.

Il y a des chocolats, des biscuits et ce qu’il faut pour faire du thé, du café ou du chocolat chaud. La fenêtre de devant donne sur le canal. Un pont juste en face relie les deux rives et débouche sur le Vondel Park. La lumière chaude se dépose sur les choses. Elle entre par la fenêtre ouverte, qui laisse aussi monter, en murmures, la conversation des clients du café juste en bas, les joyeux dring! dring! des bicyclettes et le son des verres qui s’entrechoquent. Conversation lointaine, musique d’une autre langue…

Dans la bibliothèque, quelques livres luxueux sur Amsterdam, des livres de poésie dans diverses langues. Les hôtes pensent à tout. La salle de bain est immaculée. Le salon-cuisine, illuminé par une large baie, donne sur un étroit balcon; mais pas moyen d’y accéder : de très belles plantes en santé prennent toute la place.

Sur une table, près du grand fauteuil, des journaux internationaux des derniers jours. J’y jette un coup d’oeil : l’un d’eux fait son gros titre avec «l’Attentat de Beslan». Une pleine page!

Beslan… à quelques kilomètres de Tbilissi… Quelques jours avant mon départ et cet attentat, j’avais reçu un coup de téléphone. Au bout du fil, un membre d’une ONG réputée. En fait, c’est ma libraire qui, plusieurs mois auparavant, voyant mon intérêt pour le Caucase, m’a mise en contact avec ce médecin qui a travaillé en Tchétchénie.

Il me dit sans ambages:

«Tu n’as rien à faire là-bas ! Tant que Poutine et Bush seront au pouvoir, il n’y a rien à faire, rien à dire… Tu me dis que tu connais les Balkans, mais le Caucase c’est autre chose, bien autre chose…» Il ne me laisse pas le temps de répondre. Il répète : «Tu n’as rien à faire là-bas, à part jouer à la roulette russe…»

Sans doute suis-je très naïve, comme il me le laisse entendre.

«En tout cas, là-bas, ne te fie à personne !» La voix se fait plus douce, plus chaleureuse… «Je n’aime pas te voir aller là-bas. Alors pas de bêtise.

«Tu as un fixeur là-bas, au moins ?

«Alors je te le dis : ne te fie à personne !»

Il en a dit juste assez pour m’intriguer, me provoquer… «Je promets que je resterai toutes antennes dehors et que je ne jouerai pas au héros…» En fait, je ne m’en sens pas du tout l’étoffe ; ni celle du journaliste de guerre, d’ailleurs…

Souvenance © Helen Doyle

Je suis un peu étourdie par le voyage et la traversée de la ville.

Je m’allonge sur le couvre-lit blanc.

J’entends le murmure du vent dans les feuilles.

Sur les murs, des jeux de lumière comme j’aime tant…

[Ici un autre ton, qui me permet de faire entendre une voix intérieure plus impressionniste, personnelle et intimiste… avec un certain débordement. Comme un rêve, un film d’animation…]

Blanche la chambre.

Une tache rouge.

Un chien jappe, un autre lui répond.

Cette tache rouge sang et les souffles-de-bébé.

Page blanche… je ne sais pas ce qui m’attend.

Rouge, la tache rouge.

Des enfants hurlent.

Ils hurlent et la tache rouge se répand partout sur le plancher blanc.

Le rouge éclabousse les murs et imprègne mon couvre-lit… Les petites dentelles hollandaises de la chambre blanche….

Rouges…

Des enfants pris en otage par des terroristes… près de Tbilissi.

Les actualités… L’écran bleu.

Demain… la page rouge.

Des enfants hurlent et des mères crient et pleurent;

des hommes donnent des ordres dans une langue que je ne comprends pas…

Blanche est la chambre

Et la lumière baisse, baisse…

Il fait noir d’encre…

Mes veines se glacent

Des gens fuient

On met du poison dans les veines

Ça court dans le sang.

bleues les veines

vert électrique les cris

bleu de plomb, la nuit.

Il fait chaud pour la saison.

Je suis trempée dans le lit blanc….

Les sons ne sont plus les mêmes.

La tache n’est plus rouge vif… elle est noire maintenant.

«Ne perds pas ton temps…. ne perds pas ton temps».

Les mots résonnent dans ce salon tout blanc.

La salle de bain toute blanche de tuiles, comme les dispensaires

…et les boucheries.

Besoin d’une douche… de l’eau, longtemps, de l’eau blanche…

•••

L’homme qui m’avait téléphoné avant mon départ a perdu toute son équipe là-bas en Tchétchénie. Assassinée. Par qui ? Ça reste vague. Il le sait très probablement, mais il n’en a pas parlé…

Tout au long de mon voyage, je me rappellerai cette voix chaude, douce, mais incisive, précise et directe ; elle tranche comme un scalpel : on ouvre, on opère, on referme! Une pensée efficace et chirurgicale.

Moscou, Beslan, se mêlent à l’odeur de chocolat chaud…

Demain je prendrai le vol de nuit pour Tbilissi…

Demain…

Tbilissi…

«Pose» avant départ © Helen Doyle

•••

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In Forma di Parole

Nous avons rendez-vous à Bologne, aux éditions In forma di Parole, avec Gianni Scalia.

Entrée, éditions In Forma di Parole © Helen Doyle

Détail, cour intérieure © Helen Doyle

J’ai suivi les conseils de Roberto Chiesi. Je lui avais demandé ce qui, d’après lui, avait marqué Pasolini à Bologne.  Après un moment de réflexion, sa réponse a été : «Sans aucun doutes, les amis…» et il a nommé immédiatement Gianni Scalia.

Alors, comme j’aime toujours le faire, je suis allée errer dans une librairie – à Bologne elles sont innombrables; près de la caisse, dans un présentoir de «petits formats», j’ai trouvé un opuscule d’à peine une vingtaine de pages signé Gianni Scalia : Mon ami assassiné… Cet ami, c’est évidemment Pier Paolo Pasolini! Voilà! je savais que je devais faire la rencontre de ce monsieur.

Marina Mazzoti © Helen Doyle

Par ailleurs, à Créteil, au printemps, j’avais fait la connaissance de Marina, que je voyais régulièrement en compagnie de Cecilia Mangini (bien que cette dernière parle un excellent français, elle pouvait compter sur Marina pour compléter une intervention. Au fil de nos correspondances, Marina m’avait dit devoir se rendre à Bologne, en juin, pour le référendum sur le nucléaire. Alors nous avons tenté le coup : faire équipe pour rencontrer le Professore Scalia…

Gianni Scalia © Helen Doyle

Accompagnée de Germain, il était possible d’archiver cette première rencontre. Bien que pour moi ce projet de carnet de notes doit se faire en marche, en mouvement, je pense que des témoignages aussi riches de personnages qui ont côtoyé Pasolini doivent être précieusement conservés…

Ce n’est pas dans mes habitudes de mettre une caméra entre moi et mon interlocuteur lors d’une première rencontre. Je déteste cela : la caméra et tout le rituel technique qui accompagne la prise de vue font un écran, un filtre, voire un obstacle à ce moment précieux du rituel du premier rendez-vous. Oui, c’est comme un rendez-vous amoureux  qu’on voudrait mettre immédiatement sous les projecteurs!… Mais j’ai cru que je devais le faire cette fois-ci, car ce moment était trop précieux.

Marina, signore Scalia, Germain © Helen Doyle

Effectivement cette rencontre fut très riche en enseignement et en renseignements. Elle m’ouvre tant de pistes pour la suite.

Signature © Helen Doyle

Nous sortons de cette maison d’édition, plus riches de plusieurs numéros de la revue In forma de Parole que le signore Scalia a tenu à nous offrir. En prime, Gianni Scalia nous gratifie d’une dédicace dans son livre Mon ami assassiné, une dédicace qui me fait chaud au coeur, où il y est finement écrit «A Elena e Germain, con simpatia, a partire dal 14 giugnio 2011. Da Gianni»… Il avait souri en écrivant «avec sympathie, à partir du 14 juin…»

In Forma di Parolerivista internazionale di letteratura – fait un travail considérable et étonnant…

À la suite de notre rencontre, Marina m’envoie quelques informations et des sites à visiter en complément de cet entretien, dont celui-ci qui m’avait complètement échappé; on y voit Pasolini souvent en compagnie de ses amis (Francesco Leonetti et Luciano Serra, bien sûr, mais aussi Alberto Moravia, Elsa Morante, Laura Betti, et tant d’autres de tous les âges de sa vie…)

Molto grazzie, Professore Scalia. Merci Marina.

A presto…

Les arcades de la rue Zamboni, 2011 © Helen Doyle

En sortant de ce rendez-vous, et après avoir salué Marina, nous sommes allés repérer immédiatement, rue Zamboni, la Faculté des lettres de l’Université quasi millénaire de Bologne. En fait, elle est considérée comme la plus ancienne université du monde occidental… Chemin faisant, ces quelques images…

Madone à la cigarette (Rassurez-vous, c'est une reproduction) © Helen Doyle

Via Zamboni, 2011 © Helen Doyle

Faculté de lettres et de philosophie, université de Bologne, 2011 © Helen Doyle

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Il Gazometro – Le Gazomètre

J’avais vu cette très belle photo, prise par Paolo di Paolo, de Pasolini sur le Testaccio; en arrière-plan, on voit une curieuse structure métallique comme j’en avais déjà vue une à Dublin : le Gazomètre

© Paolo di Paolo

J’attendais l’arrivée de Germain pour la visite de ce lieu incongru : ce fameux Gazometro. Du toit du studio, on peut déjà l’apercevoir…

Il gazometro, vu du toit à Monteverde © Germain Bonneau

Nous commençons par nous rendre à la gare du Trastevere, puis, un peu au hasard, on se dirige vers cette structure de fer qu’on essaie de repérer de loin, à travers les édifices en hauteur. Pas simple!…

Viale Guglielmo Marconi, passage Ouest sous la voie ferrée 1 © Helen Doyle

Nous nous engageons dans un tunnel pour piétons long d’une cinquantaine de mètre. De chaque côté, les murs sont couverts de graffitis… Les passants ne les remarquent sans doute plus, ces gribouillis comme on en voit partout. Eh, oui! c’est malheureux, mais à Rome comme ailleurs, on tague beaucoup (mais, encore heureux, rarement sur les monuments…) La plupart du temps, ça ne rime à rien d’autre qu’à dire «Voilà! J’existe et je vous EMMERDE…» Mais parfois, on tombe sur de vrais petits bijoux.

Après de nombreux viraillages apparaît devant nous, à quelques dizaines de mètres, le Gazomètre; à nos pieds, un cours d’eau : nous sommes du mauvais côté du Tevere (le Tibre), en surplomb d’une piste cyclable. Au loin, sur notre gauche, un train passe sur un pont que nous aurions peut-être dû emprunter pour nous rendre sur l’autre rive… En se retournant vers la rue qui nous a amenés là, une curieuse enseigne attire tout à coup notre attention; il s’agit de l’entrée d’un lieu culturel, au beau milieu de ce qui nous semble être une ancienne zone industrielle : le Teatro India…

Teatro India © Helen Doyle

Une scène extérieure, un bar, tables et chaises de jardin… une atmosphère agréable et conviviale où le spectateur attend ou se prélasse. Plus loin, une librairie et d’autres salles de spectacles, intérieures, celles-là.

Le Teatro India – molto di più di un teatro – présente une relecture de textes anciens. Cet endroit se révèle un havre de paix après une virée dans le Centro storico de Rome. Au coucher du soleil, nous quittons cette oasis culturelle…

Gazometro vu du Teatro India © Helen Doyle

Gazometro au soleil couchant © Helen Doyle

Au retour, nous nous engageons dans le même long passage qui unit la Viale Guglielmo Marconi (clin d’oeil à mon ami Marconi) et la via Ettore Rolli, mais de l’autre côté, le côté Est, de la voie que nous avions empruntée plus tôt… Ébahie par ce que j’ai vu sur les murs, je n’ai pu résister, le lendemain, à aller faire quelques prises de vues…

Art mural 1, Roma 2011 © Helen Doyle

Art mural 2, Roma 2011 © Helen Doyle

Art mural 3, Roma 2011 © Helen Doyle

Art mural 4, Roma 2011 © Helen Doyle

Ou prises de vie…

Un baiser à Rome, 2011 © Helen Doyle

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Ombres et lumières… Nadia Benchallal

     Nadia aux Récollets 2009         © Helen Doyle

Hier j’ai eu une belle et longue conversation avec mon amie Nadia Benchallal; des années qu’on se côtoie. Elle est photographe et j’aime son regard et ses exigences, ses questions et sa volonté d’aller toujours plus loin en restant singulière dans sa signature…

«Depuis plusieurs années, je développe un projet sur les femmes musulmanes dans le monde. Ce  projet explore leurs positions dans les sociétés aux cultures et traditions diverses. Également, comment elles s’émancipent et s’emparent de la modernité tout en préservant leur tradition et leur culture dans des pays conservateurs. Mon projet est d’aller au-delà des apparences, rechercher l’intime pour transcrire en images leur quotidien et les transformations significatives aujourd’hui.»

Gaza © Nadia Belchallal

Algérie © Nadia Benchallal

Nous avons une jolie histoire en commun. Une amie, Virginie, nous avait mises en contact à mon retour de Sarajevo, sachant que Nadia en revenait elle aussi. Nous nous étions rencontrées chez-elle et j’ai souvenir d’un très bel espace et de sa présence chaleureuse et passionnée. En partant, je lui avais laissé un copie de mon documentaire Le Rendez-vous de Sarajevo.

Je suis restée longtemps sans nouvelle d’elle, plusieurs semaines… Puis un jour, sur mon répondeur, sa voix : «Je viens de visionner ton film avec des amis qui ont eux aussi travaillé à Sarajevo. Moi, une chose m’a jetée par terre : tu as tourné à un endroit où j’ai donné des ateliers de photographie à des jeunes. Eh, bien! Un de ceux-là est dans ton film, Robert! Un garçon plein de talent que j’aimais beaucoup…»

Oui, je me souviens bien de Robert, ce jeune garçon qui avait aussi interprété Le petit Prince dans ce centre pour jeunes… Il cherchait partout la cassette de l’enregistrement de la pièce pour me la montrer. Petit prince de Sarajevo… Comment oublier sa bouille et comment oublier son visage défait lorsqu’on lui dit qu’on ne savait pas où était la cassette? Mais je ne sais ce qui le rendait le plus triste, qu’on ne retrouve pas cette cassette ou d’entendre son copain lui dire cette chose terrible : «Si la guerre recommence, toi tu seras mon ennemi. Tu sais bien qu’on n’est pas du même camp… Alors moi je n’hésiterai pas, je te tuerai… C’est mon devoir!»

Je n’oublierai jamais le visage de Robert, qui avait accepté de témoigner parce que son nom était Robert «comme Robert Redford», m’avait-il dit. Je n’oublierai jamais ces jeunes, pas plus que Nadia qui me parle de lui, et des autres jeunes, et des femmes de Sebrenica. Aujourd’hui encore, suite à l’arrestation de Mladic, on parle de ces gens qu’on ne peut oublier…

Nadia rêve de poursuivre ce travail…

Moi je rêve qu’un jour, ensemble, on fasse la route…

Bosnie © Nadia Benchallal

Robert rêvait d’être camionneur, pour sortir de cet enfer… Robert, petit prince de Sarajevo…

Pour en savoir plus sur Nadia Belchallal

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Appuntamento à Florence

Florence, détail d'un mur © Helen Doyle


J’ai rendez-vous à Florence avec Silvia Lucetti du Festival dell’arte. Nous avions fait connaissance à cause de ce cher Alfredo Jaar.  En 2009,  je revenais de Milan où j’avais vu sa très grande et belle rétrospective; la conservatrice avait mentionné ma recherche à Silvia qui devait ensuite passer à Montréal au FIFA. Nous nous étions rencontrées et nous avions échangé longuement. Silvia me fait visiter le magnifique cinéma Odéon qui date des années 1930 et bien sûr, comme si je commençais à boucle  la boucle de mon séjour romain (qui s’achève hélas!), nous parlons d’Alfredo et de Pasolini. «Alfredo a présenté son travail sur Pasolini ici et tu sais, il y a un fonds Pasolini à Florence.» me confie Silvia.

Le lendemain, j’ai rendez-vous avec Paola Paoli et Maria Teresa d’Arcangelo du Laboratorio Immagine  Donna; et là aussi j’ai l’impression de boucler la boucle… Eh, oui! nous nous sommes croisées au festival de Créteil, par l’intermédiaire de cette chère Jackie qui continue de m’envoyer des missives et des encouragements…

C’est l’histoire des débuts de Vidéo Femmes qui les interpellent, mais mon projet autour de Pasolini les intrigue aussi. Je leur parle de nos débuts et tout de suite, j’ai en tête Le Monologue de Luce. Curieux hasard : je viens de recevoir une note du conservateur de la Cinémathèque québécoise, Fabrice Montal, qui me dit qu’il rediffusera ce document en juin. Il s’agit en fait d’une vidéo témoin brute et sans montage (que Fabrice avait présenté lors de ma rétrospective) : l’enregistrement du monologue de l’actrice de La Nef des Sorcières dit par la comédienne Luce Guilbault dans une loge… Ce moment a sans doute changé ma vie et j’ai été extrêmement émue lors de la présentation dans ma rétrospective. Ce texte bouleversant et Luce elle-même me font découvrir ce que veut dire «crever l’écran» par sa présence… celle d’une grande dame de notre cinéma.

•••

Je me ballade dans Florence avec l’écho de ces rencontres avec ces femmes avec qui le courant passe rapidement… Et Pasolini, et Luce, et Alfredo, et mes chères complices de mes premiers balbutiements cinématographiques, Nicole et Hélène m’accompagnent…

Dans ce décor de cartes postales, comment ne pas jouer à la touriste pour une fois?…

Florence reflet 1 © Helen Doyle

Les incontournables : la Piazza del Duomo et le Ponte Vecchio

Ponte Vecchio © Helen Doyle

Mais je tombe, en chemin, sur ce chapelets de cadenas… ??? Je ne suis pas la seule à être intriguée…

Chapelets de Cadenas © Helen Doyle

Je trouve l’explication sur Wikipedia : «En Italie, le cadenas est devenu un symbole d’amour. Les couples accrochent un cadenas d’amour sur des lieux réputés comme sur le Ponte Vecchio à Florence ou sur le Pont Milvius à Rome avant d’en jeter la clé. Le cadenas symbolise alors leur amour. Cette tradition, inspirée du roman Ho voglia di te de Federico Moccia, s’est rapidement répandue à travers le pays, au point de mettre en péril certains monuments historiques par le poids résultant de l’accumulation des cadenas. Le mouvement romantique «Cadenas d’amour» («love padlocks»en anglais) fait aussi maintenant rapidement fureur à Bruxelles, PlaceEugène-Flagey, près de l’étang, à Ixelles) ainsi qu’à Paris sur le Pont de l’Archevêque et sur le Pont des Arts.»

Mais un de mes plaisirs de cette balade restent ces détails d’architecture et de sculptures…

La Loggia della Signora - détail © Helen Doyle

Et ce qui me plaît moins – et qui malheureusement contamine le paysage – toutes ces marchandises pour touristes.

marchandises du temple © Helen Doyle

À vendre Pinochiio © Helen Doyle

Dans le taxi qui me ramène de mon B&B à la gare, le chauffeur ressemble à s’y méprendre à …Pier Paolo Pasolini! Je dois halluciner! Ce n’est que lorsqu’il se retourne pour me donner la «ricevuta» que je réalise qu’il a tout de Pasolini sauf un petit quelque chose… mais avec un éclairage adéquat, on y croirait…  Zut de zut! Ce n’est que dans le train que je réalise je n’ai pas osé lui demander de faire une photo et de prendre son nom en note…

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Des géraniums et la douce Anna

Luciana et moi, nous nous donnons régulièrement rendez-vous. Professeur dans l’âme, elle tient à partager tout son savoir sur Pasolini. Il avait d’ailleurs le même souci de diffuser son savoir – n’avait-il pas été enseignant en début de carrière? – et ce réflexe de faire connaître ce qui était important à ses yeux… Cette générosité se retrouve à la fois chez lui et chez cette chère Luciana.

Anna et Luciana © Helen Doyle

De temps à autre, elle m’invite pour un café avec sa mère, Anna, qui semble trouver très rigolo notre baragouin italiano-français et qui sourit souvent lorsque je parle français : «des souvenirs de l’école remonte à la surface», m’avoue-t-elle, en fumant sa cigarette (péché mignon de cette douce délinquante) et en lisant son journal sans lunettes!

Anna © Helen Doyle

Luciana est venue me rendre visite; elle m’offre un géranium rouge et des bonbons dans un joli sac de dentelle, bien sûr fermé avec un ruban rouge. Ces moments d’échanges me sont précieux et lors de nos rencontres, Luciana a toujours une nouvelle information à me communiquer; elle m’aide à poursuivre mon éducation italienne.

Gramsci Géraniums © H. Doyle

Des géraniums comme ceux qui ornent la tombe de Gramsci.

Comme ceux du poème de Pasolini…

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Le «ferobedon»…?

Je demande à Luciana si elle sait ce qu’est le Ferobedon. C’est en effet le titre du premier chapitre de Ragazzi di Vita, mais je n’arrive pas à situer cet endroit. Elle nous conduit jusqu’à Silvio Parello, un homme que nous avions remarqué justement à la remise des Premio Pasolini et retrouvé dans le livre de Luciana, Pasolini a Monteverde. Benedetta, de la librairie Museo del Louvre, nous en avait aussi déjà parlé. C’est lui qui a récité un long poème lors de l’événement du 5 mars; je me rappelle encore avec quelle dignité et quelle sobriété il a récité ce poème de Pasolini, «Ali aux yeux d’azur»… «Il est incontournable, me dit Luciana, puisqu’il est un ragazzo…»  dans le roman il est  le petit Pecetto. Lui nous dira où se trouve le Ferobedon.

Atelier Silvio Parello © Helen doyle

Silvio, poète et peintre, a consacré sa vie à collectionner photos et articles sur Pasolini, dont il a bien le souvenir. «Il connaissait des gens importants, comme la Callas, mais il continuait à venir nous voir; ils ne faisait pas de différence entre ces célébrités et nous», nous confie Silvio…

Luciana et Silvio © Helen Doyle

Demain, Silvio sera occupé : un cinéaste fait un film sur lui… mais nous savons maintenant où est le Ferobedon… En fait, je passe régulièrement près de là pour prendre l’autobus : c’est juste au pied de cet escalier qui mène à la via Donna Olimpia… tout près de l’école Giorgino Franceschi, dont l’effondrement avait fait la manchette à l’époque. Pasolini s’est inspiré de ce fait divers; un jour, son personnage principal, Le Frisé, revient d’une escapade et retrouve sa famille venue habiter ce bâtiment. Mais avant sa famille, il y a  eu successivement les Allemands, puis les Canadiens…

Silvio est intarissable et raconte et raconte… Malheureusement nous sommes dans une situation de repérage et dans des conditions techniques bancales; nous tentons de faire une prise de son correcte, mais le vent et le bruit de la rue sont des obstacles… En tout cas, le contact est fait et je retournerai voir Silvio, qui s’est mis à me raconter les baignades avec d’autres ragazzi dans le trou, près du pont… une mare de boue; et puis cet autre jour, sa baignade avec Pasolini dans un «creux» du Trastevere…

J’ai l’impression de revoir le très beau film de Mangini La Canta delle Marane Je dois identifier ces lieux et revoir cette chère Cécilia…

 

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la rencontre de Luciana en mars

Monteverde Vecchio © Helen Doyle

Dans son premier roman – Ragazzi de Vita, Pasolini consacre plusieurs chapitres de son roman aux rues avoisinantes de celle où il habitait à Monteverde : Donna Olimpia, Ozanam, Fonteiana, Quattro Venti, le pont Bianco et les environs de la gare de Trastevere.

Printemps via Ozanam © Helen Doyle

Monteverde se divise en deux. Le Monterverde Vecchio date du XIX siècle bourgeois, riche même, avec ses villas et ses parcs somptueux, comme celui de Doria Pamphilj. Alors que le Monteverde Nuovo, celui des prolétaires, a été bâti dans les années 1950-60 de ce que Pasolini appelle des grattacielo, des gratte-ciel… ce qui paraît tout à fait curieux  pour une Nord-Américaine comme moi : un gratte-ciel, c’est 50, 100 étages! Ici, ils en font 6, 8 au plus…
Monteverde, c’est un peu comme Québec avec sa haute-ville et sa basse-ville. Pasolini a habité ces deux espaces monteverdiens; mais que ce soit dans le Monteverde Nuovo ou Vecchio, ce n’était rien de majestueux comme habitations… même qu’elles ne seraient pas très cinématographique, surtout lorsqu’on arpente la partie très riche (qu’on pourrait comparer à une sorte de Wesmount à Montréal ou de Grande-Allée à Québec). Quant à moi, je demeure entre les deux, comme un trait d’union .

Trait d'union © Helen Doyle

J’ai omis de raconter cette rencontre presque magique qui s’est produite au mois de mars, lors du passage de Germain, mon indéfectible compagnon et collaborateur. Je lui faisais partager mes découvertes, en particulier celle de mon quartier, que j’explore de fond en comble… Nous nous sommes donc rendus, Germain et moi, devant l’appartement que Pasolini habitait, au 45 via Giacinto Carini, où je voulais enregistrer quelques images.

Via Carini 45 © Germain Bonneau

Luciana et sa maman, via Carini © Helen Doyle

Une dame sort tout à coup de l’immeuble et voyant la caméra, elle nous demande ce que nous faisons. Je lui montre la plaque commémorative au dessus de la porte. Elle parle un peu français; alors on essaie de se comprendre en baragouinant, elle le français, moi l’italien. Elle est enchantée et nous demande de l’attendre. Elle retourne dans l’immeuble pour en ressortir quelques minute plus tard, tenant fièrement dans ses mains un petit livre : Pier Paolo Pasolini a Monteverde[1].

Luciana Capitolo est professeur de lycée. Avec deux collègues et des étudiants, et grâce à l’aide de la municipalité Roma XVI, elles ont pu produire ce livre, modeste mais précieux et bien fait. Luciana nous demande si nous aimerions visiter l’appartement de Pasolini, aujourd’hui transformé en bureau de dentiste… pas vraiment intéressant. Tout d’un coup, nous reconnaissons en elle l’une des lauréates des Premio Pasolini. On se laisse nos adresses. Revenue à la maison, je me plonge dans le livre… et dans ma tête, quelque chose se met alors à germer (évidemment!)

la cadeau de Luciana

Ce livre est une vraie mine d’or, avec des photos de Pasolini et des extraits de textes qui parlent de Monteverde. Pasolini, dans ses documentaires, s’imprègnent des lieux et ces lieux, si précieux dans sa quête, s’avèrent être le fil conducteur de mon film…

Cette chère Luciana m’a remis l’avant-dernier exemplaire qu’elle possédait.


[1] Pier Paolo Pasolini a Monteverde, a cura di Luciana Capitolo, Maria Paola Saci, Maristella Sofri

5 mars, Teatro Vascell0 @ Helen Doyle

Eh, oui! Cette dame, Luciana, est l’une des lauréates de la manifestation du 5 mars Le Premio Pasolini (les Prix Pasolini).  Voir blogue du 16 mars…
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Villa Doria Pamphili

Portail d'entrée Villa Doria Pamphilj (1) © Helen Doyle

La villa Doria Pamphilj est situé dans un des plus grands parcs de Rome… à quelques minutes de marche de mon studio.

Villa Doria Pamphilj © Helen Doyle

Il manque l’odeur des pins, des lauriers et des roses… et le chant des oiseaux.

Villa Doria Pamphilj © Helen Doyle

Villa Doria Pamphilj © Helen Doyle

Villa Doria Pamphilj © Helen Doyle

Villa Doria Pamphilj © Helen Doyle

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