Inspiratrices…

Jackie Buet me fait parvenir des photographies de la Festa di cinema del Reale dans les Pouilles, en Italie… des photos qui me font craquer littéralement.

Jackie au Cinema del reale

Celle de Cecilia Mangini et d’Agnès Varda; et puis d’elle, la bienvaillante* directrice du festival de Créteil qui suit attentivement mes pérégrinations et qui me refile un lien, un contact, avec qui j’échange sur mes projets et qui toujours s’enthousiasme …et parfois se désole de mes difficultés.

Cecilia Mangini et Agnès Varda au Cinema del reale

Là encore, ce petit clin d’oeil d’encouragement à la veille de partir en tournage, ces photos de ces femmes qui m’inspirent autant par leur œuvre que par leur présence… Varda et Mangini, et elle, aussi, dans l’ombre, qui veille, attentive…

Je lui raconte Battaglia et Jackie sourit… Elle me demande où j’en suis avec PPP et elle a encore une piste, une idée…

Oui, on aime Varda, Mangini, Battaglia; mais il faut dire qu’elle est de la même trempe, cette Jackie, et que tenir à bout de bras un festival comme celui de Créteil est un exploit que je salue!

Mesdames…

* ai-je vraiment fait une faute, là?…

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Revoir Letizia Battaglia

Exposition de Letizia Battaglia, Lodi, décembre 2008 © Helen Doyle

Il y a quelques jours, Nathalie Barton, la productrice d’InformAction, et moi avons pris la route vers le Vermont. En reprenant contact avec mes Rapporteurs d’images, en effet, Letizia Battaglia, une de mes protagonistes, m’avait annoncé sa présence sur le campus de Middlebury, au Vermont, et elle était disponible pour nous rencontrer.

Quel plaisir de la revoir!

Nathalie Barton, Letizia Battaglia - Vermont © Helen Doyle

Ma première rencontre avec cette grande photographe a eu lieu au célèbre événement Visa pour l’Image en 1999.

De Perpignan, je notais alors dans mon calepin : «Je n’arrive pas encore à déterminer exactement pour quelle raison cette exposition de Battaglia est venue me chercher de façon si particulière. On a l’impression, à travers ces photographies, d’être témoin d’une histoire – histoire de la Sicile et du combat contre la mafia. Est-ce la qualité de l’accrochage, la qualité des tirages ou l’affection que l’on sent de la part de la photographe pour ses sujets et qui se transmet au-delà de la photographie qui en font quelque chose d’exceptionnel? Peut-être bien tout cela à la fois.  Lorsque je  croise l’auteur au débat, il n’y a plus de doute; il y a correspondance entre la photographe et ses photographies; il y a cette sincérité que l’on ressent, une limpidité, une telle vitalité, le mariage de la force et de la vulnérabilité. J’ai pu assister à la présentation de madame Battaglia : émouvante, chaleureuse, drôle et tragique, elle transmet ce courage et ce désir liberté. La fin de cette rencontre avec le public fut marquée par une ovation, la seule dont je fus témoin. En effet, la plupart des gens qui assistent à ces conférences sont des professionnels (les autres sont souvent des jeunes qui aspirent à faire ce métier). Et j’ai pu remarquer qu’ils étaient difficile à satisfaire : ils sont quelques fois cyniques, blasés et je dois avouer que j’ai perçu chez plusieurs d’entre eux une sorte de «blindage». Sans doute faut-il savoir se protéger, se carapacer pour faire ce métier… Malgré ça, cette Letizia Battaglia a suscité l’admiration de ses pairs.»

Palerme - hommage à Battaglia © Helen Doyle

À Palerme, tout le monde la connaît. Melissa Harris, éditeur et responsable de la publication pour Aperture, la présente ainsi : «Letizia Battaglia (son nom signifie à la fois «joie» et «bataille») est elle-même un symbole de courage (…) ‘Ce n’est pas vrai que nous avons la mafia dans nos gènes’ réplique Letizia. Sa bataille n’est nullement motivée par la haine; ainsi que Milan Kundera l’écrit et que Battaglia le sent, ‘la haine nous piège en nous obligeant à rester trop lié à l’adversaire.’» Comment ne pas remuer ciel et terre pour retrouver La Battaglia?…

On se verra  quelques mois plus tard en 1999 à New York, pendant quelques heures seulement. Elle est curieuse de tout et elle voulait voir mes documentaires; j’ai pu lui montrer, entre autres, Je t’aime gros gros gros

Phonogramme C. Brouillet, Je t'aime gros, gros, gros

À la fin de la projection, elle m’a dit «tu es barrroque» (avec plusieurs r). Je ne savais pas trop comment analyser ce commentaire, mais finalement, sa façon de sourire… le pétillement dans ses yeux m’ont fait prendre cela pour un compliment; ainsi donc, je suis baroque, soit! madame Battaglia. Puis, nous nous sommes perdues de vue.

Lors de la présentation au Festival de Créteil en 2008 de Birlyant, une histoire tcétchène, j’entend tout à coup une voix dans mon dos : «Hé! Je t’aime grrros, grrros, grrros!» Pas de doute : à sa manière de rouler les R et cet accent délicieux, c’est Letizia Battaglia! On présentait le documentaire Une femme contre la Mafia de Daniela Zanzotto; Letizia, elle, présentait un court-métrage qu’elle venait de réaliser, Fine della storia, et qui m’a  beaucoup touchée…

Affiche de Fine della storia

Letizia est venue assister à ma projection; quelles retrouvailles! «Tu n’es jamais venue me voir à Palermo», m’a-t’elle dit. Je l’ai prise au mot et j’y suis allée!… J’avais ce projet en tête des Rapporteurs d’images… C’est comme ça que j’ai aussi fait la connaissance avec Malika Akbi – qui m’accompagnait et qui m’avait parlé des documentaires et des appunti de  Pasolini…

Letizia et Malika à Palerme © Helen Doyle

Puis, un autre hasard nous a réunies à nouveau, Letizia et moi. Après cette  visite à Palerme, j’ai dû aller à Milan pour tourner l’exposition d’Alfredo Jaar, un autre des Rapporteurs prévu pour le film. Je me suis souvenue alors que Letizia avait fait ses début à Milan comme journaliste. Je lui téléphone : «Letizia, y a-t-il quelque chose que je devrais repérer  à Milan?»… C’est alors qu’elle m’annonce une exposition de son travail à quelques kilomètres de là, à  Lodi, une charmante ville. Pourquoi ne pas faire coïncider le tournage et son vernissage? Ce que j’ai évidemment fait!

Exposition de Letizia Battaglia, Lodi, décembre 2008 (2) © Helen Doyle

Et puis nous voilà au Vermont, sur un campus universitaire où Letizia vient de prononcer quelques conférences et où on l’a rejoint. Alors qu’on lui demande son agenda pour cet automne, elle nous dit «En septembre, j’ai un projet d’exposition collective en Turquie. Et un peu plus tard, en octobre, quelque chose à Amsterdam sur Pasolini… – Non! s’est écriée Nathalie… – Eh, oui… et il y aura aussi une oeuvre d’Alfredo Jaar…» C’est comme ça depuis le début avec Letizia, une rencontre incontournable.

Maintenant, nous nous retrouverons cet automne pour le tournage… à Palermo…

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Une pause… un passage

Ballade au Rosaire © Helen Doyle

Je n’ai pas abandonné Pasolini. Non! Nous sommes partis à la recherche des lucioles dans notre beau pays du Québec. Une petite fugue au retour de Rome…

Des lucioles? © Helen Doyle

St-Antoine de Tilly © Helen Doyle

Papillons de nuit © Helen Doyle

Mon fidèle fiancé raconte à tous nos amis qu’il lui semblait que je revenais d’Italie …à la rame! C’est probablememt vrai que je mets du temps à revenir de ce séjour.

Encore une fois, comment ne pas penser, tous les samedis matin, au cappucino pris en compagnie d’Anna et Luciana, surtout quand Luciana me dit «il faut maintenant parler des glycines et de Pasolini»… Le signore Gian Vittorio Baldi m’envoie quelques pages sur le Carnet pour une Orestie africaine… De notre côté, l’envoi, à In forma di Parole, d’une anthologie de la poésie québécoise me rappelle ce beau moment avec le signore Scalia et Marina. Je rédige aussi le rapport au Conseil des arts et des lettres du Québec; et je ne peux oublier la grande générosité de Roberto Chiesi et de Malika, si prise par son travail à Naples…

Naples, jardins © Helen Doyle

cours de Naples © Helen Doyle

Naples © Helen doyle

Naples, jardins © Helen Doyle

Et puis ce qui me rend envieuse : cette rencontre en juillet au Cinema del Reale où se retrouvent Agnès Varda et Cecilia Mangini, Jackie Buet et Marina…

Par contre, de revoir mes fidèles amies et amis me fait effectivement revenir dans ce beau pays… Je n’abandonne pas Pasolini, mais je dois le metttre un peu de côté pour quelques mois, car nous débutons le tournage de Rapporteurs d’images (enfin!) Et je dois me concentrer sur ce projet porté depuis si longtemps à bout de bras. Dans les semaines qui viendront, vous aurez de temps en temps des nouvelles de la préparation, puis du tournage…

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Saguenay Sarajevo

19 au 21 juillet 1996 : le déluge au Saguenay. Il y a peu, c’était le triste 15e anniversaire de ce qu’on a appelé «le déluge au Saguenay».

Moi, il y a quinze ans, j’étais en train de faire une entrevue avec Louis Jammes, un photographe qui m’avait tellement touchée par ses photos de Sarajevo (Sarajevo n’est en réalité le nom de rien qui puisse être représenté) que j’avais pris contact avec lui et qu’il était devenu le fil rouge de mon documentaire Le rendez-vous de Sarajevo.

Louis Jammes, Paris 1996 (cadeau de l'équipe)

J’étais donc chez lui en train de tourner quand il me dit : «J’ai entendu une drôle de nouvelle : des maisons sont emportées vers la mer et ces images viennent de chez-vous…»

J’étais trop prise par l’entrevue et la logistique complexe du départ, le voyage vers Split puis Sarajevo, l’arrivée de Sophia Borovchyk, ma merveilleuse assistante, et de Jelena Popovic, une jeune femme que j’avais rencontrée à Montréal lors d’un événement cinématographique sur Sarajevo; nous repartions ensemble vers son pays qu’elle avait fui au début de la guerre, sur ordre de ses parents qui voulaient mettre les enfants à l’abri. Jelena était animée d’une volonté farouche de comprendre ce que les images et même les récits de parents et d’amis n’arrivaient pas à lui faire comprendre. Elle témoignait d’une dignité, d’une maturité et d’une lucidité qui me faisaient peur de la part d’une si jeune personne.

Mais à peine ces deux voyageuses m’avaient-elles rejointe, quelques jours après ce commentaire de Louis, que Jelena me remettait des journaux que mon amoureux m’avait fait parvenir… Des pages pleines d’images du déluge du Saguenay, de cette petite maison qui était devenue une vedette bien malgré elle, un symbole…Cette petite maison, je la connaissais bien : dans mon enfance et dans mon adolescence, je passais tous les jours près d’elle pour me rendre à l’école; mon amoureux aussi la connaissait, puisque nous étions du même quartier.

Petite maison blanche du Saguenay (Chicoutimi) © Jeannot Lévesque *

J’étais abasourdie! D’autres photos me montraient les chutes et le pont – qui était aussi sur mon chemin – submergé; et ces maisons emportées, mon quartier emporté, mon enfance… tous les souvenirs des jeux de l’enfance, emportés…

Nous rentrions à Sarajevo après avoir parcouru la route de Split, à l’embranchement près de Dubrovnik. C’était le premier check-point passé : Welcome to hell! Des maisons calcinées, trouées de balles et d’obus comme des gruyères; la haine inscrite partout. Et la nature qui commençait à prendre sa revanche… On voulait arrêter à Mostar; notre chauffeur avait peur… Moi, j’avais les images de chez-moi, celles de ces paysages, le visage de la belle Jelena, stoïque derrière ses lunettes noires; la chaleur écrasante, les chemins difficiles… et les images de l’eau qui submergeait tout alternant avec les images des balles et des maisons dévastées, qui me semblaient un révélateur des âmes des gens… Je me souviens comme si c’était hier.

Bibliothèque de Sarajevo, 1996 © Helen Doyle

Je me souviens aussi de mon retour au Québec : je ne me sentais pas brave; je ne voulais pas aller voir. Je ne suis d’ailleurs jamais retournée au Saguenay depuis… Les deux images de destruction sont associées à jamais. Bien sûr, elles n’ont pas le même poids, mais elles m’ont aidée à comprendre un peu. Mais la bêtise des hommes est là : nous qui ne respectons pas la nature, nous qui ne savons pas plus respecter l’humain. La bêtise humaine… Deux visages tragiques qui ne peuvent se comparer… mais qui peuvent nous obliger à combattre cette bêtise.

Photo de L. Jammes, Sarajevo 1996 © Helen Doyle

À Sarajevo, alors que nous tournions nos images, des autobus de visiteurs venaient visiter les cendres de la bibliothèque! À peine les accords de Dayton signés, des touristes venaient chercher des émotions. Le même phénomène – les cars de touristes organisés – pour aller voir la désormais célèbre «petite maison blanche» restée debout. Dans ces tragédies, le tourisme donnait de l’ouvrage à quelques Sarajéviens et Saguenéens, probablement, mais cette curiosité me faisait peur et me faisait me demander «mais quel genre d’humains sommes-nous?» Qu’est-ce qui fait qu’on a le goût de venir faire ainsi du sight-seeing dans les remous du monde? Pourtant, moi, j’y étais avec mon équipe…

Sophia Borovchyk, Sarajevo, 1996 © Helen Doyle

Je comprenais ce qui pouvait animer Jelena : le besoin de se mesurer à la réalité. (D’ailleurs, dans un très beau film qu’elle a réalisé par la suite, Les chevaliers d’Orlando, je reconnais ce besoin de vérité, de limpidité, de lucidité.) Mais le touriste! Que cherche-t-il au juste dans les cendres de la bibliothèque de Sarajevo ou en visitant la petite maison blanche et les territoires dévastés de mon Saguenay? Une sensation forte, la conviction qu’il est vivant, lui?… Je ne sais pas. Mais ces images de touristes me gênent encore…

Déluges d’eau, déluges de balles, de bombes… Déluges de bons sentiments, les miens ou ceux de ces touristes… Une photo de Louis Jammes, dans mon bureau, me rappelle toujours ces questions. 15 ans déjà…

En faisant le repérage de La forme de la cité à Orte, en Italie, (pour mon projet Sur les traces de Pasolini), je me souviens avoir pensé : «Pasolini a choisi une ville, Orte, pour parler de la forme de la cité, pour parler de la bêtise des hommes corrompus qui construisent n’importe quoi et n’importe où, qui enlaidissent et pire, détruisent l’environnement. Moi, si je retourne chez-moi, dans mon quartier, il ne reste rien… rien de la forme de ma cité…»

* Cette photographie de Jeannot Lévesque se retrouvait l’an dernier dans la revue Photo pour annoncer le premier festival de photographie Photo Festival Saguenay.

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Colis di Roma… comme un cadeau surprise


Via Della Luce © Helen Doyle

Quelques jours avant notre départ de Rome, Germain et moi avons fait une boîte remplie d’éléments de ma recherche, de livres et d’accessoires de bureau. Déjà, aller à la poste à Rome, c’est toute une aventure! Alors y aller pour acheter cette boîte-colis et puis y retourner pour remplir toute la paperasse de la douana en italien, ça représente… des heures de plaisir… et de patience!

Colis di Roma © Helen Doyle

Ce matin, la boîte est arrivée sans encombre, plus tôt que nous l’espérions… Une émotion forte m’envahit en l’ouvrant : six mois de recherche, de travail, de documentation patiemment dénichée sur Pasolini. Par exemple, cet exemplaire de Ragazzi de vita en édition française; ces cartes de Rome et de Bologne avec toutes nos indications pour marquer les lieux de vie et de passage de Pasolini; le dépliant de la ville d’Orte, ramassé avec Malika; ce document d’information que Luciana m’a offert en sortant du cimetière des non catholiques; un bouchon vacu-vin offert par Teodoro de notre oenoteca préférée, Al Grammelot… Et puis cette photo de Pasolini par Letizia Bataglia : plus qu’un souvenir, un talisman!…

Et encore : le catalogue de l’exposition Il fiore delle mille e una notte, que Roberto Chiesi nous a offert lors de notre dernière visite… et ce coffret sur Baldi, Fuoco; la série de livres édité par Forma di parole que nous a donné Gianni Scalia; un guide de Florence et le catalogue du Festival de Créteil…

Les images de mes rencontres avec Cecila à Rome remontent en surface… indélibiles… Avec les mots d’encouragement de Jackie… d’autres images : Isabelle avec moi en train de tourner; et Germain et moi lors de notre dernière rencontre chez Baldi…

Mon séjour défile, les odeurs et ces visages… celui de Luciana, qui nous offert le livre de Furio Colombo et Ferretti et le livre de poèmes de Leopardi, commandé à ma librairie préférée…

Les dentelles d’Anna m’ont littéralement ramenée là-bas, ces dentelles qu’elle m’a offertes parce qu’elle avait remarqué combien je m’intéressais à ses mains, ses belles mains usées qui, avec tant d’aisance, crochetaient sans cesse ; j’admirais ses rideaux faits à la main…

Luciana et Anna © Luciana Capitolo

Cette boîte jaune de la poste italienne, c’est comme un cadeau surprise… Elle s’ouvre et les visages, les odeurs, tout ce que nous avons vu et vécu ressurgit, chargé encore d’émotions, de belles rencontres, de belles histoires, de bel espoir…

Dentelles D'Anna, cuisine de Longueuil © Helen Doyle

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Dernières minutes : rendez-vous à Faenza

Nous sommes en train de faire les bagages : six mois de documents à trier et à empaqueter… Je m’amuses aussi à faire le tour du quartier et à photographier les petits commerçants sympathiques à qui j’ai eu affaire. Et ne voilà-t-il pas qu’après m’être résignée à ne pas le revoir, je reçois un mot de Gian Vittorio Baldi, producteur, entre autres, de Pasolini sur le Carnet de notes pour une Orestie Africaine et sur Porcherie.

Gian Vittorio Baldi est aussi réalisateur et on s’était donné rendez-vous une première fois, en mars, à Faenza, à 40 kilomètres au sud de Bologne. Mais à peine étais-je descendue du train qu’il m’avait annoncé, en riant, après l’avoir rejoint au resto de la gare, que nous devions reprendre le train pour Bologne : une réunion d’urgence l’attendait. En pleine pré-production, le cher homme se préparait à partir tourner une fiction au Brésil!…

Restaurant de la gare de Faenza © Helen Doyle

Auparavant, j’avais trouvé sur Youtube un document de repérage fait en janvier 2011; et puis j’avais vu un de ses films réalisé en 1968, Fuoco, qui m’avait terriblement troublée; un des films les plus violents que j’ai vu depuis longtemps. Roberto Chiesi, en effet, m’avait offert un coffret et je déchiffre encore le document qui l’accompagne, mais j’y ai découvert, page 60, la photographie de Pasolini à Montréal en 1967. (La photo, sans crédit, est aussi sur le site pasolini.net)

Signore Baldi m’avait aussi présenté Marija, son assistante, avec qui le courant passa rapidement après que nous ayons découvert qu’elle venait de l’Ex-Yougoslavie… et que la première phrase de mon film Soupirs d’âme commence par: «J’ai laissé mon cœur à Sarajevo

Faenza (1) © Helen Doyle

Mais ce qui me rassurait dans ce rendez-vous un peu loufoque était une missive de Rock Demers, producteur québécois des Productions la fête, que j’avais consulté au début de mon projet sur Pasolini; je voulais savoir s’il avait des souvenirs de la venue de Pasolini au Québec dans les premières années du Festival des films du Monde.

Rock Demers est un prince, un gentleman et un producteur attentif; il suit le travail des réalisateurs et réalisatrices. Chaque fois que je réussis à réaliser un nouveau film, Rock est souvent un des premiers à m’envoyer un petit mot, un commentaire sur mon film… Là, il m’écrivait que oui, Pasolini était bel et bien passé à Montréal et il me suggérait quelques pistes montréalaises. Depuis, nous avons échangé plusieurs missives. Et la veille de mon départ, Rome étant, avec Prague, l’une de ses villes préférées, je l’invitais, si jamais il passait à Rome, à me visiter. Rock m’apprenait qu’il s’envolait pour l’Inde, et il me rappelait sa lecture du livre L’odeur de l’Inde de Pasolini et de Une certaine idée de l’Inde d’Alberto Moravia; moi, je lui parlais de Notes pour un film sur l’Inde, un appunti, cette forme singulière utilisé par Pasolini pour réaliser ses doumentaires (une des raisons qui m’amenait à Rome et qui me conduirait aussi au Fonds Pasolini à la Cineteca de Bologne).

Faenza (2) © Helen Doyle

Par la suite, j’ai reçu une lettre merveilleuse de Rock me racontant un peu son séjour aux Indes et pour moi, cette lettre était aussi belle et enchanteresse que la lecture d’un Moravia ou d’un Pasolini…

C’est alors que je lui ai écrit que je devais rencontrer Baldi. Il m’a répondu – aussi étonné que ravi – me demandant des nouvelles de cet ami perdu de vue : «Baldi enseigne-til encore?» «Eh oui! Toujours. Et il continue de produire et de tourner, même! D’ailleurs il s’envole bientôt pour le Brésil…»

Notre rendez-vous aurait pu être un coup d’épée dans l’eau, si ce n’avait été de cette jolie introduction de Rock qui fit dire à Baldi «Le Québec, eh bien, c’est mon deuxième pays…»

On s’était quittés à la gare en se promettant de se voir au début de juin. Mais depuis, pas de nouvelles… jusqu’à ce message laconique, l’avant veille de mon départ : «Cara Helen, sono tornato ora dal Brasile, e quindi mi puoi raggiungere via e-mail o al telefono, quando vuoi. Tuo Gian Vittorio Baldi».

Faenza (3) © Helen Doyle

On a alors tout laissé tomber, Germain et moi, et on s’est précipité vers la jolie ville de Faenza : quatre heures de train, hôtel, souper… Et au matin, j’ai enfin pu m’entretenir avec ce réalisateur producteur qui se demandait encore ce que je lui voulais…

Gian Vittorio Baldi © Germain Bonneau

Nous avons eu un échange bref – à peine quelques heures – mais intense. Et puis nous avons fait la connaissance du journaliste Guido Zauli qui termine un livre à paraître (fin juillet 2011) sur Baldi, «Trasgressione e ricerca – Gian Vittorio Baldi» (Transgression et recherche).

Guido Zauli © Helen Doyle

Après l’entretien, il m’est venu à l’esprit que si nous avions en commun Pasolini, le Québec et l’Italie, Baldi et moi avions aussi la volonté, lui de la transgression, et moi d’une douce subversion.

On se reverra monsieur Baldi… et je ne manquerai pas de saluer vos amis à mon retour au Québec.

Ah oui! j’oubliais : je termine un livre fascinant : Survivance des Lucioles de Georges Didi-Hauberman (paru aux Éditions de Minuit). Et j’ai demandé à Baldi s’il connaissait le livre et si par hasard il faisait partie des amis de jeunesse de Pasolini avec qui, une nuit, il avait vu les lucioles. «Non, dit-il, …mais il y a des lucioles chez-moi, beaucoup de lucioles…»

Je ne sais pas pourquoi, mais je suis certaine de quitter l’Italie avec des lucioles dans mes bagages. Je me rappelle soudain la légende de la fondation de Montréal où l’on mettait des lucioles dans des bocaux afin d’éclairer Ville-Marie. Voilà une histoire qui plairait à Pier Paolo Pasolini, à mon avis, et sur laquelle il trouverait sans doute à commenter…

Ciao! Faenza… Le train nous ramène à Rome. Ciao! Bologne… Ciao! Firenze. Et un dernier tour de piste à Rome et à Monteverde…

Caffè Bibli © Helen Doyle

La Libreria Bibli (qui devait fermer ses portes le 30 juin) que nous avions trouvé si sympathique avec son café et les affiches d’Alfredo Jaar… L’équipe de la Délégation du Québec… Un dernier bonjour à Luciana et au 45 Via Carini… et le regret de ne pas pouvoir faire le tour complet de tout mon voisinage… Ciao! Roma…

Via Carini 45 - Escalier © Helen Doyle

Via Carini 45 – hall © Helen Doyle
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Des lucioles


Je viens de terminer la lecture de «Survivance des Lucioles» de Georges Didi-Huberman; et je fais plusieurs découvertes grâce à cet historien de l’art et philosophe.

Popolo sin teatro - Bologne © Helen Doyle

Justice - Bologne 2011 © Helen Doyle

Didi-Huberman revient sur cette histoire de Pasolini qui, dans sa jeunesse durant la guerre, était parti festoyer avec quelques amis à quelques kilomètres du centre de Bologne; ils avaient vu les lucioles… image qu’il oppose à la lumière crue des miradors (l’Italie est en guerre, ne l’oublions pas). Puis, plus tard dans sa vie, Pasolini constate qu’il n’y a plus de lucioles : la pollution les a tuées. Didi-Huberman, malgré son grand respect pour Pasolini, tente de prouver que ce dernier s’était trompé et qu’elles existent toujours… au sens propre comme au figuré. Je pense ici à mon film Les Messagers (sur l’engagement contre la barbarie) qui se termine sur cette phrase de Daniel Mermet : «Tout le monde n’est pas obligé de mettre des bulles dans l’aquarium; mais en deçà d’un certain nombre de bulles, les poissons crèvent…»

J’écoute une conférence de Didi-Huberman sur ce sujet sur DailyMotion… qui reprend en gros des arguments de son livre. Je dois essayer de rencontrer ce philosophe et historien d’art car j’aime cette piste des lucioles… Elle recoupe d’ailleurs la missive de mon amie Luciana.

Luce - Bologne © Helen Doyle

Depuis mon arrivée à Rome, j’ai l’impression que tout est en harmonie et que les choses sont constamment en train de se répondre, de s’entrelacer plus que jamais, avec harmonie, répondant à ma manière plus personnelle d’aborder la recherche, l’écriture et la vie. Je dis toujours à la blague que mon esprit et ma manière de voir et d’appréhender les choses sont en circonvolution et non analytique ou cartésienne. Un jour, j’ai découvert que cette manière d’appréhender la vie était celtique. À mon avis, ça ressemble drôlement au web.

Sur les traces de Pasolini

Je sais que ce film à faire sur Pasolini utilisera cette manière de voir; d’autant plus qu’elle correspond aussi à Pasolini (nous avons ce point commun). Pasolini est le noyau, le cœur, mon point de départ; Pasolini, sa vie, les lieux où il a vécu, les lieux qu’il a investis, mais aussi les gens qu’il a fréquentés, comme autant de paysages pasoliniens qui me donnent les clefs pour comprendre les thèmes qu’il aborde. Ces thèmes, 40 ans plus tard, me rejoignent (je les retrouve dans ses œuvres surtout documentaires); puis le cercle s’élargit et je suis ses traces et sa pensée toujours en circonvolution. Cela finit par déboucher sur ma quête à moi : un questionnement sur la démocratie…

Bologne © Helen Doyle

Democrazia reale - Bologne © Helen Doyle

Souvent, comme dans le cas des Messagers ou des Rapporteurs d’images, ces gens dont je croise la route m’aident, dans les difficultés de la production, à persévérer. Et moi qui ai eu le privilège d’entrer en contact avec ces éclaireurs, ces «jeteurs de lumière», je tiens à les faire connaître, car c’est un réel privilège de les avoir côtoyés…

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Mes voisins de Monteverde, suite…

Ah! Mes épiciers préférés, mes petits sucrés, avec leurs spécialités régionales que chacun, Bruno, l’aîné, Alessandro ou Constantino, en bon marchand, s’efforce de me faire connaître avec fierté, en m’expliquant leur provenance.

              

   Alimentari Magrelli – Constantino © Helen Doyle
                                  

Alimentari Magrelli – Bruno et Alessandro © Helen Doyle

                                         Gelateria Miami © Helen Doyle
Mon péché mignon, la gelato artisanale et, dieu merci, la meilleure des gelateria se trouvait assez loin de mon profit, sans quoi je crois que j’en aurais mangé tous les jours.

Michela e Serena © Helen Doyle

Cornellia © Helen Doyle

Gelateria Miami, Serena © Helen Doyle

Et le péché mignon de Germain : Al  Grammelot… et l’affable Thedoro, maître en vins fins…

                               

Theodoro © Helen Doyle


Theodoro nous a fait connaître, entre autres, le sémillant et charmant Os Rosae et l’unique Yrmn, un Zibibbo secco de l’île de Pantelleria, à l’extrême sud de la Sicile.

Riunione di cani, Monteverde © Helen Doyle

Souvent en  chemin, de joyeuses rencontres, comme cette très sérieuse réunion…

Et le dimanche, comment résister au plaisir de déguster une succulente bavarese à la terrasse du Dolci Desideri, Via A. G. Barili, servie par la gentille Iwona. 

             

Dolci Desideri © Helen Doyle

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