Dimanche à Paris

Dimanche à Paris © Helen Doyle 2013

Dimanche à Paris © Helen Doyle 2013

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Comme les années, les jours…

Comme les années, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Et que dire des heures?

Parc Villemin, Paris © Helen Doyle 2013

Une nuit en janvier, Parc Villemin, Paris © Helen Doyle 2013

Le même paysage, de ma fenêtre, sous la neige, de nuit…

…et de jour.

Un jour en janvier, Parc Villemin, Paris © Helen Doyle 2013

Un jour en janvier, Parc Villemin, Paris © Helen Doyle 2013

Un jour en janvier, Parc Villemin, Paris © Helen Doyle 2013

Un jour en janvier, Parc Villemin, Paris © Helen Doyle 2013

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4 heures du matin à Paris

Parc Villemin, Paris © Helen Doyle 2013

Parc Villemin, Paris © Helen Doyle 2013

«It’s four in the morning / The end of December / 

I am writing / New York is cold» (L. Cohen)

«Famous Blue Raincoat» de Leonard Cohen,  l’une de ses plus belles chansons, me trotte dans la tête… peut-être que parce que lorsque je l’entend, la machine à vue démarre et j’imagine immédiatement un court-métrage.

Mais je crois qu’il faut s’abstenir de le réaliser; il faut laisser la chanson faire son boulot sur notre folle du logis. Il y a des chansons comme ça qui sont de petits films parfaits qu’on aiment se reprojeter et améliorer au fil de notre vie…

It’s four in the morning. Paris is cold! Oui ça caille à Paris et il fait encore noir  comme chez le loup à 4 heures du matin. Drôle de phénomène : chaque nuit, les oiseaux se mettent à piailler comme des fous. On pourrait croire qu’ils annoncent  le printemps. En même temps, certains oiseaux imitent le sifflet du gardien qui annonce chaque soir la fermeture du jardin. Curieux phénomène.

Paris au petit matin © Helen Doyle 2013

Paris au petit matin © Helen Doyle 2013

Ça caille, mais au petit  matin, la lumière est magnifique… Je ne me lasse pas de photographier cette magnifique lumière qui entre par les fenêtres…

Paris au petit matin © Helen Doyle 2013

Paris au petit matin © Helen Doyle 2013

À cette nuit, les oiseaux…

Rue des Récollets, Paris © Helen Doyle 2013

Rue des Récollets, Paris © Helen Doyle 2013

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Dans la «Petite Istambul» à Paris, ce 11 janvier 2013

Ma première «vraie» journée à Paris…

Manif à Paris 10e, 11 janvier 2013 © Helen Doyle

Manif à Paris 10e, 11 janvier 2013 © Helen Doyle

Dans le 10arrondissement, le quartier de la Porte Saint-Denis, appelé la «Petite Istanbul», est un espace multiculturel rassemblant des citoyens et citoyennes d’origines diverses.  Oui, dans ce quartier où j’adore faire mes courses, on croise des gens de partout.

Ce matin,  j’y croise les Kurdes… par centaines, non, par milliers!

Manif à Paris 10e, 11 janvier 2013 © Helen Doyle

Manif à Paris 10e, 11 janvier 2013 © Helen Doyle

Manif à Paris 10e, 11 janvier 2013 © Helen Doyle

Manif à Paris 10e, 11 janvier 2013 © Helen Doyle

En effet, ce samedi 12 janvier, plus de 15 000 personnes ont défilé dans les rues de Paris, pour dénoncer l’assassinat de trois militantes kurdes dans la capitale : Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soylemez, retrouvées mortes dans les locaux du Centre d’information du Kurdistan, dans le Xe arrondissement, dans la nuit de mercredi à jeudi. Selon les résultats de l’autopsie, elles ont toutes été tuées de plusieurs balles dans la tête.

Manif à Paris 10e, 11 janvier 2013 © Helen Doyle

Comme le souligne la Fédération des associations kurdes de France (Feyka) : « Cette agression a eu lieu au moment où les discussions en cours pour trouver une solution au problème kurde en Turquie sont d’actualité, rapporte Libération (comme Le Monde, d’ailleurs) dans son édition du soir…

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Les années se suivent…

…et ne se ressemblent pas.

L’année dernière, à la même période, j’étais sur mon départ pour l’Asie avec ma petite et sympathique équipe pour tourner Dans un océan d’images.

Aujourd’hui, le réveil au petit matin marque mes retrouvailles avec le Canal Saint-Martin et la gare de l’Est (en passant, chaque fois que j’ouvre mon ordinateur, le son qu’il  fait entendre ressemble aux quelques notes qu’on entend sur le quai…)

De ma fenêtre aux Récollets © Helen Doyle 2013

De ma fenêtre aux Récollets © Helen Doyle 2013

Lever de soleil parisien © Helen Doyle 2013

Lever de soleil parisien © Helen Doyle 2013

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Nouvelle année

Il neigeait à Longueuil © Helen Doyle 21012

Il neigeait à Longueuil © Helen Doyle 21012

On tourne la page… Mon documentaire, dont le titre de travail était Rapporteurs d’images,  est devenu

DANS UN OCEAN D’IMAGES

j’ai vu le tumulte du monde

Il y a toujours un moment de tristesse à laisser les compagnes, compagnons et complices de travail, un petit deuil qui va bien avec la fin de l’année et la dernière tempête de neige.

Mais ce mot de Cartier-Bresson boucle la boucle et ramène à l’essentiel dans l’acte de créer des images, qu’on souhaite signifiantes, lorsqu’on veut transmettre de l’information,  être témoin de la marche de l’histoire et en capturer quelque trace.

Image

Maintenant, voilà une nouvelle année qui ramène les projets laissés en plan. Il y en a aussi des nouveaux, qui fleuriront peut-être avec le printemps…

Ainsi s’est imposé un retour aux Récollets, à Paris, dans un petit studio où le dépouillement est pour moi comme une page blanche; la possibilité de projeter des ombres et de recommencer à penser à des nouvelles vues…

Bonne et lumineuse année à toutes et à tous!…

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Ode à Aude

Aude

«L’auteure Aude (Claudette Charbonneau-Tissot) est décédée le jeudi, 25 octobre 2012, à Québec, à la suite d’une leucémie. Née à Montréal en 1947, Aude a obtenu un doctorat en littérature française de l’Université Laval en 1985. Elle a publié une quinzaine d’ouvrages et a reçu le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada (romans et nouvelles) pour Cet imperceptible mouvement (XYZ), en plus du Prix des lectrices de Elle Québec, en 1999, pour L’enfant migrateur (XYZ).

«Elle a été finaliste à de nombreux prix littéraires : Prix de l’Académie des lettres du Québec, Prix France-Québec, Prix Paris-Québec, prix Molson, Grand Prix du livre de Montréal, Prix des libraires, Prix Archambault, etc.

«Aude venait de faire paraître son douzième titre, Éclats de lieux, cet automne chez Lévesque Éditeur.» (source Voir)

inde 2012

Lumière, Inde © Helen Doyle 2012

Comme j’aimerais, pour parler d’Aude, pouvoir écrire une ode avec toute la finesse dont chacun de ses textes est empreint. Car je sais combien elle a peaufiné chaque mot, comme un joaillier, pour arriver à cette dentelle de fils d’or et d’argent, filigranes sertis de perles rares et de pierres précieuses.

Aude plonge au plus profond des mines, dans les abysses océanes, pour ramener à la surface des univers atmosphériques comme les toiles de Leonor Fini et les photographies de Deborah Turbeville ou même des fresques de Pompéi que nous apprécions tant, l’une et l’autre.

© Deborah Turbeville 1977

© Deborah Turbeville 1977

D’autre fois, dans ces déserts de glace et de sable créés par Aude, avec ses personnages errants, les yeux ouverts et tournés vers l’en-dedans, on crie en silence.

Aude nous ramène vers la vie de tous les jours, où des cassures adviennent et des violences se vivent. Une simple tasse de café, un rayon de soleil, un chat, mais surtout la chaleur d’une voix deviennent sources… de demain.

Lumière © Helen Doyle 2012

Lumière © Helen Doyle 2012

Chère Aude, je venais tout juste, et avec un tel plaisir, de découvrir ton nouveau recueil de nouvelles Éclats des lieux. Je venais de passer à la librairie du Square et partagé avec cette chère Françoise mon affection pour toi, pour ton écriture et pour la femme que tu es. Puis je suis rentrée à la maison sans avoir lu une ligne… et je t’ai envoyé un courriel resté sans réponse…

D’habitude, je plonge dans les univers d’Aude; je lis, non! je dévore tout goulûment dans la même journée et puis je lui téléphone afin de lui livrer mes première impressions, mes sentiments. C’est chaque fois un rendez-vous entre nos univers si semblables et si différents à la fois. Puis, après cet échange toujours foisonnant, je la relis et je déguste encore et encore.

Mais là, cette fois, c’est le silence…

Et aujourd’hui, je ne veux pas finir le livre. J’en étire la lecture… Je ne dévore plus, je savoure, sachant que je ne pourrrai désormais que te relire… et te relire encore. Tu nous dit pourtant, dans ta préface, que tu avais encore des mots à nous livrer, tant de choses à dire…

Les Mots/maux du silence © Gilles Caron 1982

Les Mots/maux du silence © Gilles Caron 1982

1980 : Claudette accepte de participer à mon documentaire Les mots/maux du silence… C’est une belle rencontre, chez Temporel à Québec, que cette lecture de La chaise au fond de l’œil. Elle est là avec sa chevelure abondante et des yeux où pointent de la tristesse et de la malice en même temps; un sourire magnifique et une finesse dans le geste et la parole. Elle fait penser à un chat persan, une femme persane, conteuse de la folie. J’ai vu sa chaise au fond de mon œil, dans mes propres dé-lires. (Sur Internet, on lira cet article de Michel Lord.)

Quelques années plus tard, une de ses nouvelles capte mon attention; j’ai tout de suite le goût de la mettre en image. Je termine Le rêve de voler et je pense à un univers dansé àa partir des images que m’inspire cette histoire. Le projet ne se fera pas; pourtant, Aude m’avait accordé toute sa confiance et sa complicité; cela l’amusait même. Peut-être, un jour, Aude… Il faut être tenace dans l’écriture d’encre et de papier comme pour celle des jeux d’ombres et de lumière.

Tu sais, elles se sont inscrites dans mon histoire, ces rencontres pour nos anniversaires, notre rituel du petit rosé en été dans le jardin. Puis le temps… Mais le temps…

Nous ne nous sommes pas perdues de vue, mais depuis cinq ans, tu étais trop prise par les traitements; moi à besogner sur mes projets qui parlent des traces laissées par les guerre, de l’exil, de la mémoire… Depuis deux ans, j’ai fait, pour ainsi dire, le tour de notre planète pour mon film sur les rapporteurs d’images, qui sortira à l’hiver 2013. J’ai vécu six mois à Rome; écrit ce blogue; fait de la photographie; et toujours avec mon cher compagnon… qui ne l’a pas facile avec moi. La création est bien accaparante et a de ces exigences!…

Je sais, il y a la vie; et toi, tu avais certainement encore plus conscience de l’importance de ces compagnons de route et des amitiés si précieuses, à côté de la tyrannique création…

«Je pense à toi et j’espère te revoir.» Voilà les mots que je t’écrivais hier… encore…

Aude, je te lis et je me demande, alors que je me penche sur le sort des femmes dans les guerres et l’exil et que je parcours le monde avec ma belle équipe pour aller à la rencontre de l’indicible, je me demande comment tu arrives, toi, à aller si loin dans la compréhension des êtres et des choses sans même les toucher du doigt. Quelle compréhension tu as du monde! Ces portraits de femmes, d’homme, d’enfants, une fois de plus me chavirent…

Aude, je n’arrive pas à finir ton livre, je ne veux pas! Ma seule consolation, c’est qu’il sera toujours possible de te relire, lentement, en pensant à toi, en sentant ta présence, le parfum de ton regard…

En faisant «le ménage» de mon cagibi, j’ai trouvé, dans une boîte, ce projet resté en plan avec tous les éléments que je mets de côté – que j’appelle mon scrap-book pour le film : ces peintures, ces photographies que je t’avais montrées et tes mots… et cette envie, toujours là, de mettre en images cette histoire pour toi, en mémoire de toi, conteuse des mille et une nuits…

Voilà! J’ai eu le courage de finir et je relis à la dernière page, cette ultime phrase…

«Même si les trois soeurs ont perdu espoir, elles ont consenti à transmettre aux plus jeunes l’art de filer la vie fragile des humains.»

Ophélie © Danielle-Marie Chanut

Ophélie © Danielle-Marie Chanut

L’univers de Danielle-Marie Chanut

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De Berlin à Édimbourg…

Berlin, 19h © Helen Doyle

Berlin. Moment très particulier, pour lequel je rends grâce, une fois de plus, à la complicité de Jackie Buet : la rencontre avec Helma Sanders-Brahms. En fait, ce n’est pas la première fois que je rencontre cette réalisatrice pour qui j’ai le plus profond respect et une grande admiration. Son film Allemagne mère blafarde m’avait bouleversée : il m’avait laissée trois jours sans être capable de dire un mot (dans mon cas c’est un exploit); trois jours prise par son film… Créteil m’a offert, en ’84, je crois, la possibilité d’assister à une rétrospective de Sanders-Brahms; et puis en 2002, encore à Créteil, j’ai pu lui dire combien elle était importante. Mais tout cela, c’est à travers le brouhaha des festivals. Là, à Berlin, nous pouvons converser, échanger tranquillement pendant quelques heures; nous allons directement à l’essentiel. J’en suis à la fin de mon projet et je suis un peu essoufflée. C’est extraordinaire de pouvoir faire un film ; c’est chaque fois une sorte de miracle, mais qui me tire toute ma moëlle… La rencontre et les échanges avec Helma me comblent.

Dimanche à Berlin, Spree Kanal © Helen Doyle 2012

Après, lentement sur le bord du canal, je peux savourer et repenser à ce moment; ça recharge mes batteries, me redonne confiance… car je suis dans un tel état de tristesse…

Un mur à Berlin © Helen Doyle 2012

Je repense à Pasolini, à cette observation qu’il a fait un jour à propos des «lucioles» porteuses de lumière. Je pense à mes rapporteurs et j’observe, comme Pasolini. Et comme lui, je crains la puissance des miradors qui peuvent les brûler de leurs feux, nous faisant facilement croire que les lucioles et leur toute petite lumière sont insignifiantes (in-signifiantes) ! Et pourtant…

J’ai écrit cela à Jackie pour la remercier de ce contact si précieux avec Helma et de réagir à mes états d’âme à propos des lucioles ; tant de questions valsent dans ma tête à propos de ce qui se passe sur notre planète, à propos des comportements des humains. Et je lis l’édito de Jackie pour la 34e édition du Festival de Créteil, que je n’avais pas vu, trop prise par le montage et le tourbillon de la vie :

«Le retour des lucioles. Dans le cinéma des réalisatrices, la vie palpite, fragile, maladroite, obstinée comme ces lucioles infiniment précieuses qui témoignent d’une réalité porteuse de renouveau et de liberté. Ces petites lumières de vie, les lucioles (dont parle si bien Pasolini) n’ont pas toutes disparu. Elles sont visibles pour celles et ceux qui portent intérêt aux signaux de résistance qui habitent nos projets et ouvrent de nouveaux espaces où tenter l’aventure humaine. Le 34e Festival sera centré sur l’essentiel, le cinéma des réalisatrices, européennes et du monde entier, qui, par leurs images, résistent, insistent, persistent et inventent de nouveaux défis. Avec Anne Alvaro et Gisèle Halimi à nos côtés, deux femmes obstinées dans leur quête de vérité, nous sommes ravies de vous accueillir pour cette 34e édition.» Jackie Buet

Yonola Viguerie, la compagne de Philip, nous communique l’adresse d’un blog photo très intéressant: Les yeux avides. À partir de là, j’enchaîne vers l’autre très beau blog sur la photographie d’Eva Truffaut, qui s’appelle… Archives & mythologie des lucioles!…

Édimbourg © Helen Doyle 2012

Dans le temps, Édimbourg © Helen Doyle 2012

Édimbourg, détail © Helen Doyle 2012

Quelques jours plus tard, c’est le rendez-vous à Edimbourg avec Nigel Osborne, le compositeur de mon documentaire dont le montage prendra fin bientôt (…et dont on cherche toujours le titre final. Avis à tous!) Ah! quand la musique arrive, on n’est pas loin de la fin!

Un vrai plaisir, profond, de retrouver le messager, le passeur, luciole s’il en est une! Nigel et ses zillions de projets, tous plus intéressants les uns que les autres. On dirait qu’on s’est quittés la veille, pourtant ça fait dix ans que l’on ne s’est vus… Nous nous faisons une magnifique session de travail entrecoupée de pauses pendant lesquelles on se donne des nouvelles du Théâtre Ulysses et de leurs projets, du camp des enfants de Bosnie qui continue, de son projet de la Route de la soie… Et voilà que tous les souvenirs affluent, une fois de plus, du camps des enfants, du théâtre de Brijuni, de Sarajevo; un partage unique et précieux.

Plus tard, je m’offre une ballade autour de l’université, la découverte de ces petits passages qui parsèment les rues principales; observation de la vie…

Le lendemain, avant de reprendre l’avion, j’aurai quelques heures pour visiter l’étonnant et magnifique Musée national d’Écosse, une merveille.

National Museum of Scotland © Helen Doyle 2012

Par la fenêtre du Musée © Helen Doyle 2012

Édimbourg, en attendant... © Helen Doyle 2012

Édimbourg, en attendant… © Helen Doyle 2012

Je dois rentrer, mais avec des promesses de retour et de rendez-vous, dans le temps et l’espace…

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De Sarajevo à …Sarajevo

Un moment de silence s’est imposé durant le montage. 
Je passe toute mes journées avec mes rapporteurs ; j’ai dans ma tête leurs images et leurs paroles et le soir, au retour, mon cerveau poursuit le processus, même durant la nuit, dans les rêves parfois…

Les choix sont de plus en plus douloureux. Il y a tous ces moments qui retournent au silence pour que le film soit meilleur. Il faut écrire cette courbe dramatique. Quelque chose d’organique s‘impose. ll faut aussi des silences, des respirations, comme les ponctuations dans un texte : virgules, points virgules, points de suspension… Je n’excelle pas dans cet art de la ponctuation. (Ce que j’ai su faire de mieux à ce propos, c’est, à l’âge de sept ans, d’appeller mes deux tortues Virgule et Point virgule.) Mais il serait plus juste de parler de la petite musique interne du film, de son rythme, des silences, des crescendos et des pizzicatos.

Lenka Udovićki et Nigel Osborne © H. Doyle 2002

Lenka Udovićki et Nigel © H. Doyle 2002

Parlant de musique, j’ai réussi à amener le compositeur écossais Nigel Osborne (un des participants à mon film Les Messagers et qui en a signé la musique) à se joindre à nous.
Nigel, qui, ces jours-ci, avec moi, doit penser très fort à Sarajevo et à la Bosnie où il s’est tant impliqué. (Il faut dire que j’ai commencé à rédiger cet article quelques jours avant le 6 avril, jour du 20e anniversaire du siège de Sarajevo… Lire et voir l’excellent blogue de Jean-Paul Marie, du Nouvel Observateur.)

Vedran et Nigel, pendant le siège de Sarajevo
Photogramme tiré de Les Messagers

Je viens d’ailleurs de retrouver, sur Internet, Vedran Smailović, le fameux violoncelliste de Sarajevo ; exactement 20 ans après le début du siège de Sarajevo, il joue justement la musique de Nigel, la même que nous avons utilisé pour Les Messagers. (Bien sûr, l’interprétation est fort différente dans ce clip.)

Je me souviens des rencontres que j’ai pu faire, grâce à Nigel, de ses amis artistes. Je me souviens des enfants, les «damaged children» – dont  Nigel s’est longtempps occupés – et du «camp de vacances» en Istrie. Je me souviens de ce moment si particulier, comme de tout notre tournage d’ailleurs…

Mostar © Helen Doyle 2002

Mostar © Helen Doyle 2002

Un moment du tournage à Mostar, avec Philippe Lavalette, Diane Carrière et l’un des enfants qui était si curieux du fonctionnement de la caméra.

Je ne peux que penser à eux aujourd’hui, ces enfants de la guerre croisés lors du tournage en 2002 et que j’ai revus quelques années plus tard. J’ai encore quelque images d’eux, prises en 2006, lors de mon retour à Sarajevo ; malheureusement, je n’ai jamais pu les monter. Je me souviens de mon étonnement en constatant le progrès extraordinaire qu’ils avaient faits. Nigel, avec des collègues et ses étudiants, croyaient au rôle thérapeutique de la musique et travaillaient si patiemment avec eux; mais j’ai toujours pensé que sans la profonde humanité qui les habite, il aurait manqué la touche magique…

J’ai aussi, bien inscrustés dans mon coeur et dans ma mémoire autant que sur la pellicule, ces jeunes de Sarajevo rencontrés en 1996 (pour Le rendez-vous de Sarajevo) : Jelena, Mahir, Kurt, David et Robert. Et Ranko, un magnifique jeune homme, un homme aujourd’hui, papa et si fier de ses fils. Ranko, que j’ai revu quelques fois depuis… Quelle joie, ces retrouvailles, à Londres, des années plus tard, moments précieux, uniques ; lorsque je désespère de l’homme, le souvenir de ces moments me donne de l’espoir…

Je me souviens d’eux et Sarajevo leur ressemble. Je ne peux pas oublier toutes les personnes que j’y ai croisées ; comme cette dame chez qui nous habitions, Bahara ; comme le directeur de l’École de musique qui nous disait: «À Sarajevo, il n’y avait plus d’oiseaux ! Tu imagines ce que ça signifie pour une ville lorsqu’il n’y a plus d’oiseaux ?…»

Je pense aussi au réalisateur Nenad Disdarevic, qui, à mon avis, a fait l’un des plus beaux films sur la jeunesse à Sarajevo, L’âge Ingrat (il a aussi réalisé Les années où nous étions des ânes et La quatrième partie du cerveau). Il y avait aussi le groupe Trio formé de jeunes graphistes qui résistaient à coup de cartes postales diffusées entre autres sur l’Internet balbutiant… et qui m’ont inspiré, dans une certaine mesure, Les messagers et même ce nouveau film que nous sommes en train de monter.

Sarajevo 1996 : le Holliday Inn en arrière-plan © Helen Doyle

Sarajevo 1996 : le Holliday Inn en arrière-plan © Helen Doyle

Les bâtiments de Sarajevo gardent les traces de la bêtise et de la haine des hommes. Mais nous ne radiographions pas les êtres blessés par en dedans.
En allant aujourd’hui à la rencontre de tous ces personnes qui font des images, j’espère faire surgir, devant les yeux des spectateurs, ces cicatrices profondes et invisibles. La photographie a ce pouvoir de nous les montrer… à condition de bien regarder.

Avril 2012 : voilà donc que commence avec Nigel un échange qui promet d’être riche. Notre dernière conversation a été brève, puisqu’il s’envole pour animer l’un de ses nombreux projets, toujours fascinants. Le voici en Inde toujours avec les enfants et la musique…

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Le printemps, fragile

6 heures du matin

6 heures du matin © Helen Doyle

Le printemps est là et nous poursuivons nos petits points de broderie d’images virtuelles Dans un océan d’images… Dominique est une fine dentellière et de plus en plus, l’ouvrage avance, je l’espère, forte et fragile (mais oui, dan ce cas, je mets l’ouvrage au féminin, comme dans le titre de l’un de mes projets, Une ouvrage folle…)

Je disais donc fragile : j’aime ce mot devenu presque tabou… Comme dans Fragilité, un livre de  Jean-Claude Carrière. Comme aussi dans Le dernier des juges, sur  le juge italien Roberto Scarpinato, qui m’accompagne présentement : «Paradoxalement, les institutions devraient garantir le droit à la fragilité des  individus; le droit, en somme, de ne pas renoncer à sa propre humanité». C’est ce qu’on peut lire sur le rabat de la couverture du livre que cette chère Battaglia m’a donné, les yeux pétillants de malice. Tu as frappé là où il faut, chère amie, avec ce livre…

Crocus de mon jardin d'avril © Helen Doyle 2012

Crocus de mon jardin d'avril © Helen Doyle 2012

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