Voici une petite histoire en rapport avec l’affiche de notre nouveau film, Au lendemain de l’odyssée. Elle a été créée par Karine Savard à notre demande et à celle de notre distributeur Spira. Après avoir raconté spontanément mes souvenirs de mes premiers repérages en Sicile, Karine s’est inspirée d’une des premières images du film.
Je venais de débarquer à Catane et après avoir mentionné le titre de mon projet, au mot Odyssée, on a alors fait référence au récit d’Homère et à son célèbre héros grec Ulysse. On me suggéra ensuite d’explorer un archipel situé à quelques kilomètres de Catane : les îles des Cyclopes. Je suis tombée immédiatement sous le charme de ce lieu.
Photo : Helen Doyle © 2019
Photo : Helen Doyle © 2019
C’est à ce moment que grâce à l’association Pénélope, j’ai fait la rencontre de Stephanie, qui deviendra l’une des « héroïnes » du film.
Je lui raconte comment le valeureux Ulysse, souhaitant libérer ses compagnons de l‘ogre prêt à les dévorer, fit boire le Cyclope et, profitant de son sommeil, lui creva son unique œil et libéra ainsi ses compagnons. Le Cyclope lança ses congénères à la recherche de son assaillant. « Comment se nomme celui que nous devons chercher ? » lui demandèrent-il. « Personne » leur répondit le géant. Ulysse, clairvoyant, avait eu la présence d’esprit de se présenter en lui disant qu’il se nommait Personne.
Ce chapitre de l’histoire d’Ulysse et de sa rencontre avec le Cyclope s’est associé à l’épisode des téléphones qui servent aux trafiquants pour retracer les jeunes filles fraîchement débarquées et les soumettre à la traite.
Stephanie me racontera qu’on lui a sérieusement recommandé de ne plus utiliser son téléphone, le seul lien qui lui reste avec ses proches. Un choix déchirant… (Quand on connaît notre propre dépendance à nos téléphones, on peut imaginer l’impression de n’être personne si on l’abandonne.) Ainsi, pour échapper aux trafiquants, Stephanie fait preuve de la même astuce qu’Ulysse face au géant.
L’histoire d’Ulysse la ravit. Et lorsque je lui propose de prendre place dans une barque comme une figure de proue et de tourner sur la mer à travers les îles des Cyclopes, elle me fait un grand sourire. Je reconnais sa bravoure sachant ce que veut dire pour ceux et celles qui ont fait cette éprouvante et insensée traversée de la Mare Nostrum, dont plusieurs ne reviennent pas…
Je lui demande de se draper dans une couverture de survie. Elle n’a pas eu à mettre cette couverture, me précise-t-elle, mais on voit tant de photographies de personnes sauvées en mer qui en portent… Et au moment de s’en recouvrir, je sens qu’elle endosse le récit de la traversée de ses compagnes et compagnons de mer.
Lorsque nous sommes dans la barque et que le vent s’engouffre dans cette couverture dorée, j’ai l’impression d’un personnage ailé, évoquant ce papillon dont on dit qu’un battement d’aile peut changer le monde.
Stéphanie pourrait en quelque sorte représenter l’archétype de toutes ces jeunes migrantes, ce dont elle était consciente.
En tournant ces images, je ne pouvais soupçonner que l’une d’elles deviendrait l’affiche du film. Mais j’avais l’intuition que ça pourrait être les premières images du film.
C’est d’ailleurs sur ces premières images que nous avons intégré la chanson Isoke. Ce poème musical fera l’objet d’un prochain blogue…


Une superbe affiche aux couleurs brillantes.
J’espère pouvoir voir le film qui me paraît très intéressant.
En souhaitant que vous (toi et le film) fassiez une belle carrière.
Micheline
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Merci chère Micheline! Le film était à Québec, au cinéma Cartier du 8 au 22 février. Mais nous repasserons certainement!
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C’est très intéressant de voir comment on en vient à choisir une image et tout ce qui est sous-entendu. Je ne suis pas au pays Helen mais je vais m’arranger pour voir ton film en arrivant. Bonne continuation, je me réjouis de tes succès!
M-H
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