Au moment de mon départ pour Paris, j’étais un peu triste de rater, à l’Espace Go, Parce que la nuit, spectacle librement inspiré de la vie et l’œuvre de Patti Smith. Je suis soulagée, il y aura des reprises à l’automne.
En arrivant à Paris, je reprends mon rituel, à commencer par un tour chez le libraire. Quelque chose me pousse à acheter Just Kids de la même Patti Smith. Ordinairement, j’aime choisir un livre qui m’indique un tracé, un détour, une aventure, une découverte de Paris à travers un roman. Et me voilà plus souvent à New York qu’à Paris !
Cette lecture me pousse à être attentive : retrouver des lieux aimés, passer devant de petits hôtels, lever la tête… des motifs de papiers peints défraîchis au couvre-lit chenilles aux couleurs fanées, au lavabo cerné de rouille, à l’odeur de la gitane bien imprégnée et aux ressorts du lit qui grincent… une certaine gêne et puis des fous-rires… Nostalgie quand tu nous tiens ! Et de me mettre à chanter, un peu malgré moi, «Because the night belongs to lovers».
La présentation de L’artiste dans son for intérieur au cinéma Les 3 Luxembourg fut pure joie, celle de retrouver ma famille élargie, les copines, et d’avoir présenté en compagnie de ma chère amie Danielle-Marie ce modeste hommage à ses œuvres… Mon court-métrage déconcerte : il y avait de ma part cette volonté de ne pas faire une image qui soit celle du documentaire, mais bien de me permettre un plongeon poétique afin de déchiffrer les arcanes, décoder les hiéroglyphes laissés par l’espiègle et pince-sans-rire artiste, qui nous fait passer des contes de fées à l’enfer de Dante. Heureuse aussi de la présence de la preneuse de son de L’atelier des chimères Graciela Barrault, qui a remarqué le travail extraordinaire du montage sonore de mon ami Benoît Dame. Merci à Benoît et à ses acolytes.
Tout ça m’amène à m’engager dans des réflexions sur la création, avec des discussions enflammées autour de des effets de la mondialisation. Comment lutter contre une standardisation culturelle ambiante : les mêmes mots à la mode, les mêmes tendances et une peur de prendre certains risques qui ne soient pas seulement des effets des nouvelles technologies ?…
Encore merci à celles et à ceux qui m’ont accompagnée dans cette exploration ; merci à Florence Bebon et à sa petite équipe de Femmes en cinéma d’avoir programmé cet ovni.
Ah ! j’ai pu trouver du temps pour passer un moment intense avec la photographe Elena Perlino qui m’offre si gentiment son dernier album photo, Paris Goutte d’or. Je n’ai pas grand-chose à leur offrir, sauf des collaborations, des échanges… comme pour mon autre projet Au lendemain de l’odyssée, où j’aimerais tourner des séquences à partir de son autre livre, Pipeline.
Pour ma dernière nuit dans mon univers monacal, la pleine lune joue à travers les lamelles qui habillent la fenêtre : jeux d’ombres et de lumières sur mon bouquet de mimosa.
Il a fait gris toute la semaine et voilà qu’au petit matin, alors que je me prépare au départ, le soleil apparaît…
On annonce encore de la neige pour les jours de retour au Québec!
À l’arrivée, sur la table de ma cuisine, un bouquet de tulipes rouges m’attendait…
Quelques jours plus tard, l’annonce de la mort d’Agnes Varda vient me chavirer le cœur… Je viens de la voir, dans un entretien, avec ses bottes rouges mieux entretenues que les miennes… Je vais continuer de porter les miennes; et avec tendresse, je vais désormais les appeler mes « Agnès Varda »… C’est un compliment! Ce sera toujours un rappel que dans notre métier, il faut penser en se déplaçant beaucoup. Et souvent, il faut « penser avec ses pieds »… Voilà : il faut être bien chaussé, mais aussi avoir un petit grain de fantaisie. Comme Agnès, qui a toujours eu le don de mettre dans ses films le petit détail qui révèle tant…







Tu nous fais voyager.
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