Soupirs d’âme… à Florence

Cette invitation au Festival Internazional Cinema e Donne à Florence me donne une belle occasion de communiquer les textes du dossier de presse de Soupirs d’âme, que je n’ai jamais présenté dans ce blog…

Lucie Boissinot dans « Soupirs d’âme » © Tatouages de la mémoire

mot de la réalisatrice

Soupirs d’âme propose un regard neuf, ou à tout le moins différent, sur un sujet universel : l’abandon et l’adoption des enfants, mais aussi sur la quête d’identité et la réconciliation. Alors que mon précédent documentaire – Les messagers – porte sur l’engagement d’autres artistes, Soupirs d’âme représente ma propre voix et mes propos les plus personnels d’engagement. C’est aussi un cri du coeur qui s’est imposé à moi et qui s’est articulé avec le temps, que j’ai mûri et sciemment choisi d’exprimer.

Soupirs d’âme est autobiographique, mais comme dans toute oeuvre de ce genre, le travail de mémoire n’est pas toujours le reflet de LA réalité. Afin de donner à cette démarche une certaine latitude de création, j’ai imaginé le personnage de Kate O’Dowell.

J’ai voulu parler de la fêlure dans nos histoires personnelles. Cette fêlure, nous pouvons chercher à la colmater mais quelques fois, curieusement, elle permet à la lumière de se manifester («That’s where the light gets in»).

Il ne faut pas chercher dans ce film un récit linéaire mais plutôt un récit d’émotions. Ce sont des atmosphères, des états d’âmes qui y sont dépeints. J’ai fait le choix de l’écriture dramatique suivant une approche résolument impressionniste pour parler de la quête d’identité.

Ma passion pour la photographie, le hasard des rencontres et mes souvenirs nourrissent aussi ma réflexion sur le sort des enfants abandonnés, ici et ailleurs, ou bien victimes des guerres. En même temps s’exprime une pensée particulière pour les victimes des maternités forcées, ce sujet si peu connu… et encore moins reconnu.

Comme le dit Edgar Bori, dans la chanson du générique de fin :

On a voulu changer  les choses

et les choses nous ont changé…

la photographie

La photographie est très présente car Kate collectionne les photos anciennes… Elle s’invente une famille… J’ai la même fascination pour la photographie.

J’ai fait la rencontre de Ginette Bouchard lors de mes études en arts visuels. Plusieurs années plus tard, une exposition à la Délégation du Québec à Paris me permet de renouer avec elle. Ses photographies m’envoûtent immédiatement. J’apprend qu’elle a poursuivi ses études à New York et qu’elle est devenue une spécialiste de techniques anciennes. Lorsque je la contacte pour le rôle de la photographe de Soupirs d’âme, elle enseigne à l’Université Laval tout en poursuivant son travail de créatrice. Son œuvre impressionnante prend place dans de nombreuses expositions jusqu’à la dernière, au printemps 2004, à Grenoble. Ginette est décédée en mai 2004. Nos longs échanges sur nos métiers, sur la création, me manquent déjà. Nous restent d’elle ses remarquables Témoins silencieux, Espaces de nature, Floris Umbra, Urbania, Empreintes mimétiques… La galerie des Arts visuels de l’université Laval présentait, en décembre 2004, un hommage à cette photographe sous le titre Mémoires vives.

Lucie Boissinot – Photo Ginette Bouchard © Tatouages de la mémoire

C’est durant la recherche pour mon film Le rendez-vous de Sarajevo que je rencontre Louis Jammes. Issu du mouvement de la Figuration libre avec Combas et Di Rosa, il me parle avec émotion de Jean-Michel Basquiat et de Keith Haring qui ont traversé sa vie. Son travail m’accompagne toujours, qu’il s’agisse des ses enfants-anges en Bosnie, de ses bag people, de ses œuvres réalisées à Tchernobyl, en Palestine puis en Sibérie, dont il revient avec une série de photographies et un film, La trace de Moloktchon, présenté à Cannes en 2001. À l’hiver 2003, la Galerie RX lui consacrait une rétrospective. Et en 2004, le voilà reparti, en Irak cette fois, pour Presse Image Taïga. À l’hiver 2004, toujours à la Galerie RX, il présente Brother, ses photos d’Irak.

Lee Miller est une des première femmes photographes qui aient été sur le front durant la Seconde Guerre mondiale. Figure presque mythique, elle avait côtoyé, dans les année trente, tous les grands, de Picasso à Man Ray… Un musée, un site web, des films et des albums retracent l’étonnant parcours de cette femme remarquable. Son fils, Antony Penrose, se consacre d’ailleurs à la diffusion de l’oeuvre de Lee Miller. Pour Sir Penrose, directeur de The Lee Miller Archives, «C’est très gratifiant de voir son œuvre incluse dans un document aussi touchant et important».

© Lee Miller Archives

Je veux aussi souligner la contribution de quelques autres photographes qui m’ont inspirée : Enrico Dagnino, de l’agence Cosmos, pour ses photos prises durant la guerre en Bosnie dans divers refuges pour les enfants; un vieil ami, Jacques Nadeau, photographe au Devoir, qui a réuni ses clichés dans Le Québec. Quel Québec?; André Bourbonnais, auteur d’une très belle exposition sur la Bosnie en 2000 ; l’obscur monsieur Henessey pour sa sympathique vitrine, aujourd’hui disparue, sur la rue Saint-Laurent; et tous les photographes anonymes dont j’ai utilisé les images, en particulier dans une séquence merveilleusement animée par l’infographe Guy Lessard.

Lucie Boissinot © Tatouages de la mémoire

la danse

Mais la danse est toujours venue à ce rendez-vous

J’ai rencontré Lucie Boissinot à Québec en 1985. Merveilleuse interprète de chorégraphies signées Luc Tremblay, Ginette Laurin, Jean-Pierre Perreault et d’autres, elle avait déjà remporté le prix le prix Jacqueline-Lemieux du Conseil des arts du Canada.

Après son passage au Toronto Dance Theatre et à la compagnie Danse Partout, elle se retrouve à la Fondation Jean-Pierre Perreault. Parallèlement à son métier de danseuse, elle enseigne dans divers établissements (LADDMI – EDCM -, UQÀM, Concordia) où elle transmet sa passion pour la danse. En plus de participer à plusieurs créations – dont le film L’homme de verre – elle signe bon nombre de chorégraphies.

Avec générosité et une grande intensité, Lucie a mis tout son talent afin de m’aider à révéler l’âme de Kate O’Dowell à travers des chorégraphies originales. Elle a aussi accepté que Sophie, sa fille, incarne Kate à l’aube de l’adolescence.

Laurence Lemieux, Hélène Morissette, Bill Coleman © Tatouages de la mémoire

C’est encore Lucie qui me présente deux jeunes danseuses de la génération montante : la première, Sandrine Vachon, incarnera la Femme inconnue. Sandrine enseigne aussi la danse au cegep de Drummondville. Elle crée des chorégraphies, dont Hasard, qui vient de remporter un prix au Festival International de Danse Encore. Esther Gaudette, quant à elle, endosse la révolte de Kate au sortir de l’adolescence. Esther a été remarquée dans le film de Stefan Pleszczynski, L’Espérance. Elle enseigne la danse moderne et vient tout juste d’intégrer la compagnie Van Grimde Corps Secrets.

Bill Coleman et Esther Gaudette © Tatouages de la mémoire

Pour le rôle du Père de Kate, Lucie me propose Bill Coleman, qui a dansé avec Bill T. Jones/Arnie Zane, The Toronto Dance Theatre, The Martha Graham Dance Company et la Fondation Jean-Pierre Perreault. Créateur d’une cinquantaine de chorégraphies, Bill présentait, en 2004, The Near Room, et reprenait son remarquable Convoy PQ 17.

Le portrait de cette belle famille de la danse ne s’arrête pas là. À son tour, Bill me présente Laurence Lemieux, sa compagne, et sa fille Juliette : ce sont elles qui tiennent les rôles de la Mère et de Kate à 5 ans.

Kate enfant © Tatouages de la mémoire

la musique

There was plasma, bandages and electricity

Food, wood and water and the air was smoke free

No camera crews from I.T.V.

It was all such a strange sight to behold

Nobody was frightened, wounded, hungry or cold

And children seemed normal, they didn’t look old

Pretty good day so far…»

Cette chanson de Loudon Wainwright III, Pretty Good Day, me ramenait directement à Sarajevo en 1996. Pour Soupirs d’âme, Martha Wainwright a accepté d’interpréter Pretty Good Day, signée par son père, en compagnie du pianiste Tom Mennier, de Jimmy Goldsmith et de Joel Rifkin au violon. Par la suite, pour une autre séquence, Martha me permettait généreusement d’utiliser une de ses propres chansons, Jimi (Takes so Much Time)… Entre l’enregistrement d’un CD très attendu et de ses tournées qui la mènent de New York à Los Angeles en passant par Dublin et, trop rarement, par Montréal, Martha s’est aussi pliée à mon désir d’enregistrer une improvisation avec l’accordéoniste Francis Covan, à partir d’un air traditionnel de Mandchourie. Elle y laisse transparaître toute la gamme des émotions et de vulnérabilité que sa voix recèle.

© Martha Wainwright

Ce coup de cœur s’est répété lorsque j’ai entendu la chanson Les choses de l’énigmatique Edgar Bori qui, lui, se ballade entre Montréal et Petite Vallée, en Belgique et en France. Non seulement a-t-il accepté que j’utilise sa chanson, mais en plus, il m’a ouvert son studio et m’a présenté à Jacques Laurin. C’est avec tout son talent que cet ingénieur du son a enregistré les compositions originales, subtiles et géniales de Jean-François Groulx, jazzman bien connu, avec de nouveau un Francis Covan inventif et sensible. Benoît Groulx, qui est aussi arrangeur pour le cinéma, a signé une composition pour le film. C’est aussi Benoît qui a réuni et dirigé avec sensibilité quatre excellents musiciens pour l’enregistrement du Pannonia Boundless d’Aleksandra Vrebalov. À l’origine, cette pièce avait été commandée et enregistrée par Kronos Quartet. Alexandra a remporté plusieurs prix sur le plan international, dont celui du concours annuel de composition (2004) de Friends & Ennemies of New Music.

Il me restait à retrouver les coordonnées du Groupe Dertum, les interprètes d’un chant traditionnel réarrangé par eux et entendu dans une sympathique boutique de Sarajevo, By Book.

Et à sortir de mes archives le disque où je chante moi-même quelques comptines, enregistré par mon oncle Yvon… en 1954!

Enfin, la voix de Danielle Proulx – comme lectrice de la narration – est venue s’ajouter à cette magnifique bande du sonKathleen Fee a joué le même rôle pour la version anglaise : Soul Murmur.

Enfin, je m’en voudrais de ne pas signaler la généreuse contribution de Francesca Chamberland qui a fourni plusieurs des vêtements, entre autres ceux des charmants enfants… Et la présence de Stéphanie Veilleux (qui est vraiment sourde) dans le rôle de la petite Linda, la fillette sourde…

Post-scriptum : Ces textes ont été écrit pour la sortie de Soupirs d’âme en 2004. Il s’est évidemment passé bien des choses et des événement au cours des 14 dernières années, autant pour Helen que pour les nombreux collaborateurs de l’époque… Cela se reflète dans certains liens associés aux noms… G. B.

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About tatoumemo

Scénariste et réalisatrice de films documentaires, Helen Doyle vit au Québec, mais ses sujets l'amènent en divers lieux du monde. Avec son complice Germain Bonneau - qui collabore d'ailleurs à ce blog - elle produit certains de ses films à travers les Productions Tatouages de la mémoire A l’hiver 2011, Helen Doyle recoit, du CALQ, la bourse de résidence d’artiste à Rome, où elle travaille sur son projet : Appunti sur Pasolini, poète civil. En novembre 2012, elle termine, après un an de travail intense, son film "Dans un océan d'images, j'ai vu les tumultes du monde", qui s'est mérité troix prix Gémeaux et une Étoile* de la SCAM. Un coffret réunissant plusieurs de ses œuvres accompagné d'une monographie sur son travail, édité par Vidéo femmes/Spira et les Éditions du Remue-ménage, est maintenant disponible sous le titre "Helen Doyle, cinéaste : La liberté de voir". En 2018, Helen reçoit le prix "Barbara H. Greene" reconnaissant une documentariste émérite. Helen travaille actuellement sur un projet de long métrage documentaire intitulé "Au lendemain de l'odyssée", qu'elle produit et réalise, avec l'appui de la SODEC, de Téléfilm Canada et des conseils des arts du Québec et du Canada.
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