La Ville Rose ! Bon, ça fait un peu cliché, mais elle est bien rose la ville de Toulouse[1]… comme le chante si bien Claude Nougaro.
Tous les jours, je vais prende le métro place Claude Nougaro ou à la station du Canal du Midi pour me rendre sur le site de l’événement ManifestO.
Et quelques fois, je descends une station de métro avant… ou après, juste pour me balader un peu. Et là sur une place…
…Nougaro, en personne, oserais-je dire!
Le premier vinyle que j’ai acheté à 12 ou 13 ans! Avec mon amie Monique, on était allées sur la rue Racine – la main – chez le disquaire Marchand à Chicoutimi. C’était peut-être à cause du Jazz et de la Java, qu’il chantait sur la musique de Dave Brubeck.
Mais aussi pour sa chanson Le cinéma
(…) Sur l’écran noir de mes nuits blanches
Où je me fais du cinéma,
Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois,
Je recommence la séquence
Où tu me tombes dans les bras…
Je tourne tous les soirs
Y compris le dimanche…
Parfois on sonne, j’ouvre, c’est toi…
Vais-je te prendre par les hanches
Comme sur l’écran de mes nuits blanches ?
Non, je te dis : » Comment ça va ? »
Et je t’emmène au cinéma.
Évidemment, je ne savais pas qu’un jour je présenterais une «vue» sur l’écran de l’ABC, à l’ombre de de la basilique Saint-Sernin. Mais aussi, en même temps qu’un sérieux concurrent ce soir là, notre Xavier Dollan national! Ce qui n’a pas empêché d’avoir une belle salle et des spectateurs et spectatrices de ManifestO. Une «vue» – sans le romantisme de la chanson – qui laisse voir, Dans l’océan des images, celles réalisées par des artistes et des photographes qui montrent les tumultes du monde.
Oui, Nougaro encore, avec sa chanson Armstrong qui me rejoint, surtout avec tout ce qui se passe aux USA en ce moment…
Noir et Blanc, en couleur
C’est une belle invitation que ManifestO m’a faite!
Et je me retrouve là, au soir de vernissage à la Galerie Photon.
Un rendez-vous de la photographie
Sur les berges de la Garonne,
Près du Château d’eau,
Un village de containers maritimes au coeur de Toulouse… que je découvre avec Jeanine , une Toulousaine avec qui je vais me balader sur la Garonne.
Avec bonheur, je retrouve l’invitée d’honneur de ManifestO – et présidente du jury de sélection 2016 – la très chère à mon coeur Letizia Battaglia, en compagnie du directeur artistique, dont la générosité n’est pas la moindre des qualités, Jacques Sierpinski.
Malheureusement, le soir de l’ouverture du site sur le Cours Dillon, quelque minutes avant l’inauguration, il se met à pleuvoir à boire debout.
Quelle chance de revoir Letizia, elle qui ne s’y attendait pas. Et de revoir aussi Nadia Benchallal. Je peux même, enfin, présenter l’une à l’autre ces deux dames «rapporteuses d’images» de mon film.. qui se rencontrent pour la première fois!
Pendant que sous la pluie on attend l’inauguration, Jacques déclare officiellement l’ouverture de ManifestO et l’ouverture des containers. Et de sa voix chaude et tonitruante, il annonce la fin de la pluie! En effet, le petit miracle se produit : la pluie cesse… On va à la découverte…
Car l’originalité de ManifestO, qui orchestre cet événement depuis 2012, est de proposer des expositions dans des containers.
Les expositions de cette année prennent, le jour, d’autres apparences…
Marine Lécuyer, l’une des lauréates de cette année avec son exposition Tarifa – Tanger, m’explique que les exposantEs sont responsables de l’accrochage de leur espace.
Des écritures et des regards affirmés, un régal pour les yeux …et pour l’esprit.
Vous qui avez manqué l’édition de cette année, on peut en découvrir l’essentiel sur le site Web de ManifestO.
Débats et échanges… en plein air, entre une table-ronde : « Le photographe face à la violence, au droit et à l’intime » avec Letizia Battaglia et d’autres personnes…
Un atelier animé par Impossible Project sur le Polaroid® et la «renaissance» des pellicules avec une technique de transfert d’émulsion.
Le jour, différents groupes viennent sur le site, «les scolaires, de la maternelle au lycée», me racontent Claire et Audrey, en nous montrant le livre d’or où les jeunes, après leur visite de l’éducation à l’image, écrivent leurs impressions.
On consacre trois containers à l’invitée d’honneur Letizia Battaglia qui, cette année, recevra plusieurs récompenses et dont le travail fait l’objet d’une grande rétrospective au Il MAXXI Museo nazionale delle arti del XXI secolo, à partir du 24 novembre à Rome.
Un des gamins lui écrit ce mot charmant dans le livre d’or : «Brava Letizia… Tu était (sic) courageuse… Continue».
Oui elle a continué et persévéré, courageuse et brave Letizia, un modèle pour nous.
Un autre écrira : «J’ai beaucoup aimé les sexpositions»… Ces mots d’enfant font sourire tout le monde.
Dans un des containers, on peut voir et entendre une interview de Giuseppe Marrazzo, un document de la RAI Palermo-Corleone (Sicile) qui date de 1979 sur Rewind. (Ici, un extrait sur Youtube.)
On trouve aussi, à ManifestO, une librairie-container, devant laquelle pose une partie de la belle équipe : Claire, Jean-François, Audrey et Jacques, que Nadia s’emploie à photographier .
«Au début, peu de femmes soumettaient leur travail. Mais maintenant, elles sont très nombreuses», nous confie Jacques.
On parle de la violence et de la photographie, de la conservation et de l’archivage, qui restent un souci pour nous, documentaristes, tout autant que pour les photographes … L’archivage, la pérennité de notre travail, LA grande préoccupation de Letizia…
◊◊◊◊◊
En me baladant dans Toulouse,
mon 33 tours usé à la corde,
qui griche pour cette autre chanson,
Pour Marilyn…
Quel est le film, le scénario
Qu’il te faut tourner de nouveau
Et dans quel néant s’illumine
Le néon de ton nom, Marilyn?
(…)
Nos vies ne sont qu’un bout d’essai
Pour qui, pourquoi, Dieu seul le sait
Toi qui connaît la fin du film
Dis Marilyn…
En fredonnant cette chanson tout en me rendant à mon rendez-vous avec Letizia, je pense à ce passage que j’adore de La Rabia de Pasolini, qui fait écho… Je voudrais le partager avec Letizia, comme avec tout le monde croisé à ce beau rendez-vous de septembre. Comme un présent pour dire merci.
Et la nuit, Toulouse-la-Rose devient dorée et pose pour la carte-postale d’usage…
J’aimerais bien que les Toulousains puissent écouter mon ami Edgar Bori chanter Nougaro… que j’ai entendu le printemps dernier.
Et je retourne au Québec avec cette autre jolie chanson de Nougaro, Tu verras, qui donne, tout de même, un peu espoir…
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[1] L’argile de la région utilisée pour les briques des maisons, une fois cuit, devient rose. Toulouse, au gré des changements de la lumière du jour, se teinte de reflets roses. D’autres villes portent ce surnom de Ville Rose, dont la capitale de l’Arménie, Erevan…
































