Encore une fois, l’idée de réunir la tribu, cette fois autour d’un texte poétique, est passé par la tête d’Helen. Elle sortait de plusieurs années de réalisation autour de la folie. Après C’est pas le pays des merveilles, il y a eu Les mots maux du silence; puis l’accompagnement du groupe Auto-Psy avec deux productions, De la matrice à l’asile et La psychiatrie va mourir…
La première version de son texte portait le titre « Pour un fou trop lucide ». C’est devenu « Tatouages de la mémoire ». C’est d’ailleurs ce nom qu’on choisira, en 2000, pour la compagnie de production, créée pour ce genre de projets un peu « fous »…
Nous voilà donc plongés dans ce texte poétique, loin de la folie, dans un onirisme conscient qui nous appelle, nous amène au-delà de nos entraves, de nos pudeurs. Ne pourrait-on pas rapprocher cela du « rêve éveillé » de Pol Pelletier?
Voilà ce premier personnage, Sarah du désert…
Je traverse un long désert
Je suis la vague,
le sable doux,
l’horizon, les marées,
mes lunaisons
Je suis étendue
au cœur des dunes en jetant un dernier regard
au visage strié et ridé
de la terre
Mon mirage, mon oasis, mes vents, ma guerba,
Mon méhari, mon simoun.
Mon nom est Sarah,
Pense-t-elle sans cesse
En sortant de son rêve…
« J’ai besoin d’espace et de paysages… des terrains de jeux à apprivoiser afin de créer des tableaux oniriques » nous confie Helen.
Mais il y a cette autre Sarah, celle qui, bientôt, se métamorphosera, deviendra oiseau…
On commence un tournage après une belle tempête de neige dans les montagnes de Tewkesbury.
On fait tout avec des riens : des dentelles, des branches, du coton à fromage… Karine Lepp nous rejoint, collabore à la direction artistique avec ses maquillages et ses croquis. Marie Décary – qui a réalisé La chevauchée rose en 1981 – accepte de jouer le jeu de la transformation de Sarah en femme-oiseau.
Les joies d’un tournage hivernal…
Vivre de ces mirages
Le jour lumineux, aveuglant
Le silence la rend sourde
Tout se couvre de frimas
Sa vie peuplée
Condamnée à l’errance

Sarah (Marie Décary) © Tatouages de la mémoire
Passe sur moi à tire-d’aile
au battement du corps
hululement… sifflement
Oiseau-velours
Rythmes Simoun Vibrations
Chante, mon Imazad,
ton chant. Murmure
Je mue, mute, et renais
de nos souffles, d’un désir
Il y a, semble-t-il, des traces de ce délire dans des histoires celtiques, mais aussi dans les contes amérindiens, nous apprendra plus tard Alanis Obomsawin… On sent aussi, à n’en pas douter, une influence de la présence de notre ami Juan Saavedra…
Dans ce lieu désertique, de sable et d’errance sans fin, notre Sarah rencontre la déesse. Devient déesse. Possédée. Au son des bombos, elle danse, se perd, se trouve. S’inscrit dans le sable comme un tatouage sur la peau…
Les chevaux en furie s’entêtent à galoper
dans sa pauvre tête gelée
Elle cherche, dans les replis,
les traces pouvant lui rappeler
une cérémonie lointaine
inscrite en sa mémoire
Je suis le puits de mon désert.
C’est la seule raison de ma survie.
Leurs sabots piétinent
et martèlent sa pauvre cervelle fêlée.
L’image d’un rituel revient sans cesse.
Elle danse, danse, déesse du désert.
Sans arrêt, elle danse, possédée
La Déesse

La Chamane – Elisabetta La Commare © Tatouages de la mémoire
Ainsi, de nouveau de passage au Québec, Juan, avec son neveu Carlos Saavedra, Elisabetta La Commare[1] et Oscar Sisto, ont accepté de poursuivre avec nous cette audacieuse aventure dans une carrière de sable abandonnée. Après avoir vu les premiers tournages (ceux de l’hiver, dans la neige), Juan improvise des chorégraphies mêlant à la fois bombos, boleadoras et ses images d’oiseaux de son Argentine. Nous sommes tout à fait en symbiose…
[1] (Dans cet extrait, Elisabetta danse avec Luis Lopez dans le spectacle Saltimbanco. Depuis, Elisabetta s’est tourné plutôt vers les techniques de massage ayurveda, en particulier l’Abhyanga.)

Juan, Elisabetta, Carlos, Christine G., Germain, Oscar, Nicole G. et Helen © Tatouages de la mémoire
Ces tournages épiques se termineront dans les dunes de Tadoussac, avec le double de Sarah, Andrée-Jo Milot. Elle nous propose à son tour un maquillage et un costume pour la Sarah des dunes…
E l l e continuait son voyage
Au coeur du désert
E l l e est son seul oasis
Les événements
forment en soi des paysages
qu’on cherche constamment
À r e c o m p o s e r
Ils restent là
comme le mercure
vif-argent de nos passions
L e s t a t o u a g e s m o r d e n t l a p e a u
Autant de signes à découvrir
de codes secrets, de symboles
gravés à tout jamais
traces souvenance cicatrices
que l’on porte dans le coeur
dans le corps…
T A T O U A G E S D E L A M É M O I R E
Ces mots, ces murmures, ces souffles d’âme, il reviendra à notre fidèle complice Sylvie Tremblay de leur donner vie, d’en exprimer le mouvement, d’y mettre son chant, pour qu’ils s’inscrivent dans nos corps. Elle en sera la narratrice et signera l’envoûtante trame sonore en compagnie de Sylvain Clavette et Claude Chaput.
En guise de conclusion, au-delà de ces réminiscences, des ces tatouages de la mémoire, il est amusant – et intéressant – de voir comment toutes ces merveilleuses personnes ont poursuivi leurs rêves…





















