Nous sommes en train de faire du tri (l’archiviste insiste : on ne fait pas du « ménage » !) L’intention, en effet, est de remettre à la Cinémathèque québécoise un lot de documents pour « nourrir » le fonds d’archives d’Helen ; ce qu’on appelle les documents afférents.
Comme c’est un travail de longue haleine, nous ferons de temps à autre une chronique sur nos trouvailles, nos souvenirs, nos réflexions, et nous indiquerons des liens rattachés à nos découvertes. On pourrait considérer tous ces éléments comme des compléments – ou des suppléments – au coffret-monographie La liberté de voir – Helen Doyle, cinéaste…
À part les documents directement reliés à une production précise (et terminée), nous retrouvons toutes sortes de documents témoignant des démarches et des recherches d’Helen – qui, comme pour tout documentariste, peuvent durer des années ! – ce qu’elle pourrait appeler ses « notes pour un film à faire » (en référence aux appunti de Pasolini…)
Là, par exemple, nous sommes plongés dans la documentation accumulée durant 12 ans alors qu’Helen s’intéressait au trapèze et aux trapézistes, puis aux autres disciplines du cirque. Et tout au long de ces 12 années d’exploration, Helen a accumulé une somme impressionnante d’informations et des rencontres marquantes avec des personnes remarquables…
Pour la petite histoire, Helen venait de terminer, en 1980, le film coréalisé avec Nicole Giguère, C’est pas le pays des merveilles. (On peut écouter ici l’entrevue donnée par les deux réalisatrices sur le site des Réalisatrices équitables [RÉ] à propos de C’est pas le pays des merveilles.)
Dans cette docufiction, des séquences documentaires avec des personnes réelles – et des témoignages souvent poignants – alternaient avec des images de pure fiction illustrant certaines scènes du film. Dans ces séquences métaphoriques, Alice Tremblay (Marie-France Desrochers) traverse « de l’autre côté du miroir » pour se retrouver dans l’univers d’Alice au pays des merveilles – incarnée par Léo Munger, en compagnie du Lapin, joué par Yves Jacques, et du Roi de cœur incarné par …Rémi Girard !

Yves Jacques, Rémi Girard, Marie-France Desrochers, Léo Munger – C’est pas le pays des merveilles © Tatouages de la mémoire
Mais dans ce film, il y avait aussi le personnage de la femme-oiseau s’évertuant à séduire ce pauvre roi couronné de travers : cet imago métaphorique était personnifié par la trapéziste Marie-Thérèse Lessard.
C’est donc à partir de 1979 qu’Helen a commencé à fréquenter les trapézistes, en particulier Marie-Thérèse, puis Lorraine Desmarais, qui, ensemble, fonderont le Nœud d’erseau, cette école de trapèze unique au Québec.
Après C’est pas le pays des merveilles, en 1981, Helen écrit un projet de film intitulé Marie-Céleste, tu as toujours la tête dans les nuages, stimulée par l’audacieuse aventure de Lorraine et Marie-Thérèse.
Mais il faut dire que si le Nœud d’Erseau a existé, c’est bien parce que la comédienne Luce Guilbault avait invité Coline Serreau (eh, oui, la cinéaste !) à venir donner des ateliers de trapèze à l’École nationale de théâtre en janvier 1980; Marie-Thérèse et Lorraine s’y sont inscrites. Suite à cela, elles ont voulu poursuivre en allant se perfectionner en France avec la trapéziste française Andrée Jan, la grande, l’unique, la « première », André Jan, surnommée « Miss Risque ».
« Cette dame, que j’ai eu l’honneur de rencontrer, avait monté un numéro de trapèze sous la tour Eiffel, qu’elle reproduisait accrochée sous un hélicoptère en 1955. Je me souviens de lui avoir dit : « Mais c’est terriblement audacieux et dangereux ! » Elle m’a répondu « C’était mon métier… » Puis, après une pause, avec un œil coquin, elle ajouta « Mais j’étais la seule… » »
« Quelle dame ! Je tenais à ce qu’elle soit du projet que je concoctais alors avec Lorraine et Marie-Thérèse. J’ai même eu le bonheur de faire un tournage de repérage en France avec madame Jan. Avec la complicité de Colline, j’étais allée au Cirque d’hiver Bouglione pour tourner [avec Germain] ces quelques images en VHS; qu’en reste-t-il sur les cassettes ? Je ne sais pas; je les regarde et je sais que cela ferait drôlement plaisir à Coline et à mes copines des RÉ si on pouvait en récupérer quelques fragments… »
« Dans une première esquisse de ce projet, j’avais imaginé quelques séquences avec Andrée Jan, Coline et Luce, mais faute de moyens, l’idée ne pourra se concrétiser. C’est alors que l’idée a germé dans nos têtes d’ouvrir le film – qui deviendra Le rêve de voler – avec un numéro de trapèze exécuté par Marie-Thé …sous une montgolfière !
« Et sur ces images, j’entendais déjà la belle voix de Sylvie Tremblay chanter « Elle a rejoint les femmes et les oiseaux ». Sylvie avait déjà contribué à C’est pas le pays des merveilles avec René Dupéré pour la musique et les chansons, la première de nos nombreuses collaborations! »
Cette relation a duré, duré…
(La suite dans « À la découverte d’images enfouies (2) », avec, entres autres, La Fanfafonie…)
[Article écrit à 2 mains… On ne joue pas du piano, ici!]






