J’étais à Milan, en repérage pour « Dans un océan d’images« , pour voir une grande rétrospective de l’artiste américano-chilien Alfredo Jaar. (Ce moment marque aussi le début de mes blogues sur Tatoumemo…)
Alfredo proposait alors Questions, 2008, un jeu de grandes affiches qui se retrouvaient partout dans la ville, sur les murs, les bus, les trams, dans le métro, et sur des posters et cartes-postales que Jaar demandait à tous et chacun de distribuer.

Les question d’Alfredo sont plus que jamais nécessaires, essentielles et percutantes.
Dans un café-librairie du Trastavere, j’ai retrouvé ces même posters.

Le mois de mars s’achève, et s’il y a des événements qui m’indignent et me désespèrent, il y a aussi – heureusenment! – Letizia Battaglia à qui on rend hommage…
…et aussi mon amie Luciana Capitolo, qui m’annonce la publication de son livre sur lequel elle travaille depuis si longtemps: Un giorno nei secoli tornerà aprile.
Enfin, je lis de belles nouvelles d’Ernest Pignon-Ernest, des suites de son projet et une bande annonce d’un film : Se Torno (Si je reviens…)
Ajoutée le 5 mars 2016
LE NOUVEAU DOCUMENTAIRE SIKOZEL
Quarante ans après l’assassinat de Pasolini, Ernest Pignon-Ernest part en Italie pour coller, dans les lieux liés à la vie, à l’œuvre et à la mort du poète, une pietà laïque dans laquelle Pasolini, au regard sévère, porte dans les bras son propre corps sans vie.
« Si je reviens » est le récit de ces interventions, de la conception du dessin à son insertion dans les villes de Rome, Ostie, Matera et Naples. Témoignage du travail clandestin d’Ernest Pignon-Ernest, le film documente aussi les réactions que l’image de Pasolini suscite dans le regard des passants et des habitants de nos villes, sorte de plaie ouverte pas encore cicatrisée.
LA CAMPAGNE DE CROWDFUNDING
« Si je reviens » est le deuxième documentaire autoproduit par Sikozel. Afin de financer la diffusion du film, d’organiser sa distribution et de couvrir les frais de post-production, nous avons décidé de lancer une campagne de financement participatif sur le site http://www.kisskissbankbank.com. Grâce à l’aide d’Ernest Pignon-Ernest, une sélection de contreparties de qualité attendent de récompenser votre générosité !
▶︎ SOUTENEZ LE FILM sur http://bit.ly/Sikozel_SeTorno_Crowdfu..
Julie Paquette, du Cycle Pasolini, toujours active, me parle de ses projets et de cette librairie féministe, Eugélionne. Je reçois aussi les beaux projets des Dames du Doc… Ces signes me redonnent un regain d’espoir.
Et aujourd’hui, au tribunal de LaHaie, Radovan Karadzic a été condamné pour crimes contre l’humanité… Enfin, oserai-je dire! Je me souviens de notre tournage, à Sarajevo, pour « Les messagers » avec Nigel Osborne. Je me souviens de la rencontre avec un artiste et professeur à l’école des Beaux-arts, Mustapha Skopljak. Cette rencontre, même si elle n’a pas trouvé sa place dans le film, m’a marquée; et comme je le disais à Nigel, qui était mon guide : « C’est un autre film… celui qui parlera des artistes, des photographes, des musiciens, des gens de théâtre et des autres formes d’art qui sont au centre du drame... »
Après avoir mis sa femme et ses enfants à l’abri, car leur appartement avait été pris d’assaut par les snipers, il avait trouvé refuge dans son bureau de l’école des Beaux-arts. Là, il recueillait les éclats de verres et, avec des moyens de fortune, il créait des stalagmites …. et il a poursuivi. Il participait aussi à diverses expositions avec ses collègues, d’autres artistes, des musiciens dans des lieux improvisés, où les gens venaient malgré le danger des obus et des tirs. Il est décédé en 2015.
Pourquoi faisait-il tout ça?…
Peut-être pour se rappeler qu’il était vivant.
Pour préserver sa dignité et celles des autres humains.
Parce qu’il croyait que l’art et que l’artiste nous rappellent de préserver un visage humain…
Et je crois que nous ne devons pas perdre cela de vue :
Quel est le rôle de l’artiste?

