En présentant le compositeur écossais Nigel Osborne en février dernier lors des ateliers de Au pays du grand ciel, j’ai parlé du moment où j’ai fait sa rencontre pour mon documentaire Les messagers.
Nous avions suivi Nigel des côtes de l’Écosse jusqu’à Sarajevo, en passant par Mostar…
Et Nigel venait de nous entretenir du choc du retour des zones de conflits à notre société de consommation…
À Edimbourg, nous avons tourné une scène un peu folle pour illustrer l’abondance… C’était le début des cafés Internet et dans celui-là, il y avait 400 écrans disponibles et c’était plein à craquer.
De beaux souvenirs de tournage, intenses mais aussi agréables et nourris de beaux échanges : Diane Carrière au son, Doris Lapierre, qui m’assiste et qui porte de nombreux autres chapeaux, Philippe Lavalette, directeur photo, et son fils Manu qui fait ses premières armes… La réalisation de nos documentaires se fait en général en petite équipe. C’est un peu la famille.
Et justement, cette semaine, je recevais de Philippe Lavalette une superbe photo de lui avec Ernest Pignon-Ernest, aussi dans Les Messagers.
La photo a été prise à Rome par Manon Barbeau, la cinéaste et compagne de Philippe, près du cinéma de Nanni Morrreti dans le Trastevere!
La photo était accompagnée d’un joli mot de Philippe…
«C’était assez hallucinant parce que j’ai d’abord vu cette affiche encore toute fraîche sur le mur ocre. J’ai vu Pasolini et j’ai ensuite accroché le visage d’Ernest, accroupi, en train de ranger ses pots de colle. Moi qui ne suis guère physionomiste, j’ai lancé un «Salut Ernest!». Manon n’en est pas revenue! Et lui m’a reconnu aussi, devant ce cinéma de quartier acheté par Moretti. À propos de Pasolini, je me souviens que tu avais ce projet sur le documentariste… Te connaissant, ce film verra le jour j’en suis sûr et alors… ne m’oublies pas! Toujours Pasolini, nous avons pris un aperitivo dans le quartier de Pigneto où il a tourné Accatone.»
C’est un beau cadeau! Merci Philippe, Manon et Ernest, et qui arrive juste avant le lancement de La liberté de voir…
Ernest est justement un bel exemple de cette Liberté de Voir…
Lorsque j’ai vu le dessin d’Ernest sur la photo de Philippe, je me suis rappelée ce magnifique dessin qu’Ernest venait de faire pour une campagne contre le sida en Afrique du Sud et que nous avions tourné dans son atelier de Paris.
Je me suis demandée, en examinant la photo, qui Pasolini tenait dans ses bras. Car Ernest, pour cette campagne contre le Sida, avait revisité une photo emblématique prise par Sam Nzima lors d’une manifestation contre l’apartheid. On y voit Hector Peterson, jeune étudiant de 13 ans, qui vient d’être touché à mort, transporté par un autre étudiant.
Ici, Pasolini tient Pasolini. Troublant! Ernest a toujours l’oeil juste et percutant.
Pour avoir vu des croquis et encore des croquis, je sais le temps qu’il met à trouver la forme et puis les lieux où il collera ses dessins; c’est un énorme travail de repérage qu’il fait avec grand soin.
Ernest qui aborde Pasolini pour une seconde fois; Pasolini «engagé-dégagé»…
J’aimerais beaucoup me balader avec Ernest et l’aider à coller ou simplement transporter ses rouleaux et en savoir plus sur le chemin parcouru dans son esprit pour Pasolini.
Julie Paquette, animatrice du Cycle Pasolini, vient de m’envoyer une photo montrant le dessin d’Ernest déchiré… Il y a tant de choses sur nos murs qui sont pures «niaiseries»; pourquoi détruire ce qui est signifiant?
Pourquoi suis-je si troublée par cet acte gratuit… ou pas?
Que révèle-t-il?
Quel lecture en faire?…









