Lors de la présentation de nos films, les spectateurs nous demandent fréquemment comment nous est venue l’idée ou le sujet de notre documentaire. Le temps passant, cette étincelle du point de départ souvent se dilue dans les méandres de la production et de la réalisation. Mais pour ce projet, le souvenir de l’élément déclencheur sera toujours très précis dans ma mémoire.
Ce soir de décembre 2011, sur Euronews, on présente cette nouvelle culturelle : à Marseille, des seniors dansent sur la musique du Sacre du Printemps de Stravinsky… Rien de moins! C’était d’une beauté folle! Ce n’était pas des danseurs, mais bien des gens de tous les horizons qui dansaient… et ils crevaient l’écran. J’ai ressenti une secousse que je qualifie de tellurique. Je retiendrai le nom du chorégraphe : Thierry Thieû Niang.
Au cours des années suivantes, le souvenir de ce «fragment de spectacle» est revenu sans cesse à la surface jusqu’à ce que je me décide à entrer en contact avec son instigateur.
Lors de notre première rencontre, Thierry Thieû Niang m’a remis le DVD de Danser le printemps à l’automne présenté au FIFA en 2014. Ce documentaire, une réalisation de Denis Sneguirev et Philippe Chevalier et produit par Bel Air Media, a, depuis, obtenu plusieurs prix prestigieux (dont Étoile de la SCAM et Meilleur documentaire au InShadow de Lisbonne).
L’approche et la philosophie du chorégraphe m’ont immédiatement convaincue : «Faire face à tout ce qui s’aggrave et se perd du monde et de l’humanité, inventer et transformer non pas dans la peur mais dans le désir. De là une ampleur, une respiration à partager pour que l’intime, toujours en s’élargissant, puisse prendre la mesure de l’histoire.»
Je me suis dit que nous pouvions ensemble inventer, créer, ouvrir et donner autre chose à voir, ici, au Québec… Comme point de départ, je propose à Thierry la métaphore des oies sauvages qui annoncent, chez-nous, les changements de saisons. Et en les observant volant au dessus du fleuve, je me suis dit qu’il y avait là une base de mouvement intéressante et une proposition pour une chorégraphie. Mais leur comportement recèle quelque chose de plus : lorsque l’oie qui est en tête est fatiguée, elle se place à l’arrière de cette formation en aile et une autre prend sa place à l’avant ; il est raisonnable de faire une rotation, de se soutenir, de s’entraider. Il faut aussi les voir par milliers sur nos battures au printemps et à l’automne.
«J’aime beaucoup cette idée, cette fable, cette analogie poétique que désigne l’envol des oies sauvages, de cette liberté joyeuse et intemporelle, incroyable et vivante dont nous sommes aussi, à tout âge, capables ! Une batture ! quel beau mot ! et c’est déjà une chorégraphie ; et ce V qui s’ouvre se déploie ; et chacun qui laisse sa place à celui qui va de l’avant, ensemble… Oui on peut commencer à danser ainsi dans l’espace un grand V – comme vie.» Voilà ce que Thierry m’a servi en guise de réponse…
Je remercie à Thierry pour sa permissions d’utiliser ses photos. H. D.




« Pina » de Wenders est un des plus beaux films que j’ai eu l’occasion de voir ces dernières années. Il démontre à quel point la danse contemporaine et le cinéma peuvent faire bon ménage. Je te souhaite le meilleurs Helen pour ce nouveau projet. Fabuleuse idée de ballet et si jolie métaphore que ce V des oies qui annonce le printemps tous les ans renouvelé … si jolie métaphore de la force vitale d’une société quand la beauté et simplicité de la forme se conjugue avec la nécessaire solidarité du groupe. Ça me rappelle aussi mon enfance quand j’admirais les cyclistes du tour de France dans ces étapes par équipe ou les coureurs pour se protéger du vent reproduisent le V des oies sauvages … Je t’embrasse. Louis
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Merci de nous émouvoir a chaque fois chère Helen
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