Lors de mon périple de novembre, j’ai aussi fait un détour à la Cinémathèque Française, à Paris, pour y voir l’exposition Pasolini Roma, je ne pouvais rater cela…
Mon retour à Monterverde et ce voyage à Rome m’ont donné l’impression de faire une belle révision de tous ces lieux que j’ai arpentés et qui ont nourri ma réflexion et ma quête en 2011, Sur les traces de Pasolini. Cette exposition sera présentée aussi à Berlin et à Rome prochainement… Cette visite me conforte dans cette pure folie de poursuivre ce projet insensé; j’ai pris le risque des chemins de travers et quelques fois tortueux…
Mais, il y a cette pulsion – de sentir plus de vie, que je trouve au détour d’une rue en écoutant Luciana me parler de la poésie de Pasolini. En entendant Cécilia me parler des moments privilégiés qu’elle a partagés alors qu’elle demande à Pasolini d’écrire des narrations pour ses courts métrages. En croisant Baldi qui, l’oeil coquin, me déclare «Pas documentariste, Pasolini!» «Alors qu’est-ce que je fais si mon projet tourne autour de Pasolini et de ses documentaires… que faire alors ?» «Rien», me répond-il, l’oeil encore plus pétillant…
Cet hiver, encore, j’ai fait la rencontre de ce jeune cinéaste italien, Pietro Marcello, qui a du talent à vendre : je suis une fervente admiratrice de son La Bocca del Lupo. Génial! Je le rejoins au café Amor où il m’a donné rendez-vous. Il est dans sa bulle, ne souhaite pas vraiment communiquer : il est «en beau calvaire» contre l’état des choses, devant l’inutilité («C’est pas plus facile de notre côté…») Partout la morosité… La rabbia l’habite; moi aussi elle m’habite, la rage de voir dans quel état sont les choses… (L’état des choses, ce film de Wim Wenders que j’adore, en particulier ce dialogue la nuit à L-A; ils roulent et il y a cet échange entre entre le producteur et le réalisateur…)
Avec ces merveilleux humains que je croise, Pasolini a pris des accents de vie. Je sens son ombre qui m’accompagne avec ce sourire que j’aime tant, celui que j’ai tant aimé sur une photo que Benedetta, à la galerie-librairie Il Museo del Louvre, m’a montrée. En fait, il s’agit d’une série de photos où Pasolini montre à danser à une comédienne, probablement pour Les mille et une nuits… Des images de son visage que je n’oublierai pas. C’est ce Pasolini ludique qui m’interpelle et me dit (comme un jour un vieux maître du noir et blanc*, après la présentation de Rêve de Voler, m’avait murmuré de sa voix douce) : «Il faut persévérer, mon petit…»
En prenant mon vol de retour, ce sont aussi les mots vitalité désespérée de PPP qui me trottent dans la tête; c’est aussi cela que je veux filmer : la pulsion de la vie, même cahotique, même désespérée; cette pulsion est le coeur de tout pour moi! * Ce vieux maître, c’était Henri Alekan…



