Je suis dans le train qui me mène à Firenze pour assister au festival de film Lo schermo dell’arte… Je feuillette un magazine et à l’avant-dernière page, ce visage de femme, cette photo, reconnaissable entre mille, de la très chère Letizia Battaglia.
L’annonce de l’exposition de Letizia au Fucecchio Foto Festival et ce texte sur elle dans le programme…
C’est la photo qui m’avait tant plu et accroché mon regard en 1999 à Visa pour l’image. Cette photo fait aussi la couverture d’un album édité chez Aperture. J’avais assisté à la conférence de Letizia et c’est à ce moment-là que j’ai découvert ce «monument d’humanité», comme dit François Hébel… Je ne savais pas alors que dix ans plus tard, je commencerais une recherche pour Rapporteurs d’images, titre de travail de Dans un Océan d’images. Et comment aurais-je pu penser que ce film serait présenté ce 16 novembre 2013 dans ce magnifique théâtre Odeon de Firenze…
L’Italie a joué un rôle important dans ce projet. En 2008, alors que je suis en pleine recherche, je vois annoncée une rétrospective d’Alfredo Jaar à Milan (Galerie Oberdan et Hangar Bicocca) ainsi qu’une conférence performance (habituellement si rigoureuse et lumineuse)… Comme je séjourne depuis quelques mois à Paris, on ne met pas longtemps, mon fidèle compagnon et moi, à décider d’un tournage d’urgence. On trouve vite un directeur photo à Milan, Daniele ; il arrive de tourner des oeuvres de Michelangelo !… Je suis confiante même si c’est un réel défi que de tourner les oeuvres monumentales de Jaar… La suite nous montrera que nous avons bien fait.
Je passe sur l’épisode de Lodi (petite ville près de Milan), où, le lendemain de notre arrivée, nous allons à la rencontre de Letizia qui inaugurait justement une exposition! (On peut relire «Revoir Letizia Battaglia»)
Cette même fin de semaine, encore à Milan, je découvre le travail de Paolo Ventura qui expose «Winter Story». Je sais qu’il a aussi signé un autre album, «War Souvenirs». Après la visite de l’expo, nous nous rendons dans une magnifique librairie spécialisée en photo et cinéma (un pur bonheur), où Paolo s’entretient avec le public. À la fin de la soirée, je discute un moment avec lui avant de prendre rendez-vous à son atelier, installé à cette époque, à Brooklyn…
Déjà, ce rapport entre le gigantisme de l’oeuvre de Jaar et ce travail de Paolo à l’autre bout du spectre m’interpelle ; d’autant plus qu’il nous amène à réfléchir sur la Vérité de l’image… Avec son travail méticuleux et un tel souci des détails, Ventura provoque une réflexion sur ce qu’on nous donne à voir… Certains parlent de la manipulation de l’image – qui, soit dit en passant, existait bien avant tous les outils aujourd’hui à notre portée… Mais avec l’oeuvre de Ventura, c’est vraiment autre chose. Comme c’est le cas dans l’oeuvre de Jaar avec ses interpellations au spectateur et des stratégies souvent très élaborées, Paolo nous invite à réfléchir sur ce qu’on montre et ce qu’on ne voit pas ; sur ce qu’on censure ou qui devient objet de propagande, de manipulation, d’interdit, de commande ou de sensationnalisme… Mais dans un cas comme dans l’autre se pose ce questionnement sur l’acte de regarder et de voir…
Et pendant que moi je présente mon film à Florence, Alfredo expose à Turin Abbiamo amato tanto la rivoluzione ; Letizia à Fucecchio (à 40 km de Florence) ; et Paolo expose un nouveau travail à Londres : La citta infinita. La Atlas Galery présente aussi de nouvelles histoires dans lesquelles Paolo se met lui-même en scène… avec son fils!
Des heures que je pourrais vous parler de ces trois-là, liés à l’Italie et à ma présentation de ce samedi à Florence… Pour autant, je n’oublie pas les autres : ils sont tous et toutes inénarrables ; je les apprécie tous et ils me manquent.
Mais là, je dois y aller : les spectateurs attendent…
À suivre…




