Berlin. Moment très particulier, pour lequel je rends grâce, une fois de plus, à la complicité de Jackie Buet : la rencontre avec Helma Sanders-Brahms. En fait, ce n’est pas la première fois que je rencontre cette réalisatrice pour qui j’ai le plus profond respect et une grande admiration. Son film Allemagne mère blafarde m’avait bouleversée : il m’avait laissée trois jours sans être capable de dire un mot (dans mon cas c’est un exploit); trois jours prise par son film… Créteil m’a offert, en ’84, je crois, la possibilité d’assister à une rétrospective de Sanders-Brahms; et puis en 2002, encore à Créteil, j’ai pu lui dire combien elle était importante. Mais tout cela, c’est à travers le brouhaha des festivals. Là, à Berlin, nous pouvons converser, échanger tranquillement pendant quelques heures; nous allons directement à l’essentiel. J’en suis à la fin de mon projet et je suis un peu essoufflée. C’est extraordinaire de pouvoir faire un film ; c’est chaque fois une sorte de miracle, mais qui me tire toute ma moëlle… La rencontre et les échanges avec Helma me comblent.
Après, lentement sur le bord du canal, je peux savourer et repenser à ce moment; ça recharge mes batteries, me redonne confiance… car je suis dans un tel état de tristesse…
Je repense à Pasolini, à cette observation qu’il a fait un jour à propos des «lucioles» porteuses de lumière. Je pense à mes rapporteurs et j’observe, comme Pasolini. Et comme lui, je crains la puissance des miradors qui peuvent les brûler de leurs feux, nous faisant facilement croire que les lucioles et leur toute petite lumière sont insignifiantes (in-signifiantes) ! Et pourtant…
J’ai écrit cela à Jackie pour la remercier de ce contact si précieux avec Helma et de réagir à mes états d’âme à propos des lucioles ; tant de questions valsent dans ma tête à propos de ce qui se passe sur notre planète, à propos des comportements des humains. Et je lis l’édito de Jackie pour la 34e édition du Festival de Créteil, que je n’avais pas vu, trop prise par le montage et le tourbillon de la vie :
«Le retour des lucioles. Dans le cinéma des réalisatrices, la vie palpite, fragile, maladroite, obstinée comme ces lucioles infiniment précieuses qui témoignent d’une réalité porteuse de renouveau et de liberté. Ces petites lumières de vie, les lucioles (dont parle si bien Pasolini) n’ont pas toutes disparu. Elles sont visibles pour celles et ceux qui portent intérêt aux signaux de résistance qui habitent nos projets et ouvrent de nouveaux espaces où tenter l’aventure humaine. Le 34e Festival sera centré sur l’essentiel, le cinéma des réalisatrices, européennes et du monde entier, qui, par leurs images, résistent, insistent, persistent et inventent de nouveaux défis. Avec Anne Alvaro et Gisèle Halimi à nos côtés, deux femmes obstinées dans leur quête de vérité, nous sommes ravies de vous accueillir pour cette 34e édition.» Jackie Buet
Yonola Viguerie, la compagne de Philip, nous communique l’adresse d’un blog photo très intéressant: Les yeux avides. À partir de là, j’enchaîne vers l’autre très beau blog sur la photographie d’Eva Truffaut, qui s’appelle… Archives & mythologie des lucioles!…
Quelques jours plus tard, c’est le rendez-vous à Edimbourg avec Nigel Osborne, le compositeur de mon documentaire dont le montage prendra fin bientôt (…et dont on cherche toujours le titre final. Avis à tous!) Ah! quand la musique arrive, on n’est pas loin de la fin!
Un vrai plaisir, profond, de retrouver le messager, le passeur, luciole s’il en est une! Nigel et ses zillions de projets, tous plus intéressants les uns que les autres. On dirait qu’on s’est quittés la veille, pourtant ça fait dix ans que l’on ne s’est vus… Nous nous faisons une magnifique session de travail entrecoupée de pauses pendant lesquelles on se donne des nouvelles du Théâtre Ulysses et de leurs projets, du camp des enfants de Bosnie qui continue, de son projet de la Route de la soie… Et voilà que tous les souvenirs affluent, une fois de plus, du camps des enfants, du théâtre de Brijuni, de Sarajevo; un partage unique et précieux.
Plus tard, je m’offre une ballade autour de l’université, la découverte de ces petits passages qui parsèment les rues principales; observation de la vie…
Le lendemain, avant de reprendre l’avion, j’aurai quelques heures pour visiter l’étonnant et magnifique Musée national d’Écosse, une merveille.
Je dois rentrer, mais avec des promesses de retour et de rendez-vous, dans le temps et l’espace…








