Phnom Penh, prise 2 – De 1975 à 2012

Phnom Penh, le 13 janvier 2012

Il fait chaud, humide. Mais nous ne sommes pas ici en touristes

Deuxième jour de tournage. Avec Séra, nous plongeons dans les années des Kmers rouges et dans le souvenir du génocide (2 millions de personnes sont mortes au Cambodge, exécutées, sous la torture, d’épuisement ou de malnutrition, entre 1975 et 1979. )

Séra © Nicole Giguère 2012

Nous décidons de tourner car je sens que Séra a choisi de me parler d’événements essentiels dans son histoire et dans l’histoire du Cambodge de 1975 à 1979. Parmi ces événements, la disparition de son père et le peu de traces qu’il en a retrouvées; Séra appréhende le moment…

On se retrouve à quelques minutes de marche seulement de l’ambassade de France, dans le stade même où le père de Séra et des milliers d’autres personnes, ont été emmenés… et détenus.

Séra au Stade de Phnom Penh © Nicole Giguère 2012

Nous nous dirigeons ensuite vers l’ambassade de France où des milliers de personnes se ruèrent à partir du 17 avril 1975…

© AFP Photo/Claude Juvenal 1975

Dans le jardin de l’ambassade, il ne reste qu’une portion de la clôture de grillage, vestige du «Portail» de l’ambassade. Repeint par les Khmers rouges d’un vert cellulosique, le portail est aujourd’hui écaillé et rouillé…

© AFP Photo / Claude Juvenal 1975

«Plusieurs enfants réfugiés dans l’ambassade sont adoptés par des Français (dont le photographe Sylvain Julienne) et peuvent quitter le pays. D’autres, condamnés à rester au Cambodge, mourront avec leurs parents.»

Ce matin, nous nous sommes rendus au musée Tuol Sleng, installé dans l’ancienne prison, ou plutôt, le centre de tortures S21, dirigé par le tristement célèbre Kaing Guek Eav, alias Douch.

Musée Tuol Seng (ancienne prison S-21) © Helen Doyle 2012

Je tenais à tourner là car j’ai vu le film «S21 – La machine de mort des Khmers rouges» du cinéaste cambodgien Rithy Pahn (qui vient de publier L’élimination). Ce film m’a hantée… (Au printemps 2011, pour cause d’Italie, j’ai malheureusement raté son passage à la Cinémathèque québécoise).

Puis je suis remonté dans le temps, 12 ans en arrière, jusqu’en 2000 : j’ai songé à ma visite au Musée de la photographie d’Ottawa, alors que j’allais y découvrir une des oeuvres d’Alfredo Jaar dans l’exposition L’espace du silence (1); j’y avais vu les séries de photographies du centre S21, où plus de 15 000 personnes ont péri : on y photographiait ceux qu’on allait tuer!… Troublante découverte…  (Preuve aussi, si besoin était, de la ténacité et de la nécessaire persévérance des réalisatrices et des réalisateurs de documentaires!…)

(1) Avec Isaac Applebaum et Jack Burman. L’oeuvre consistait en l’exposition de 100 photographies choisis à partir des 6 000 négatifs retrouvés à S21.

Musée Tuol Seng (détail) © Helen Doyle 2012

Je ne suis pas la seule à avoir été marquée par cette «galerie de portraits» : Bertrand Carrière, lors de notre entretien, m’avait avoué que ces images avaient été une source importante dans la création de son projet à Dieppe.

Musée Tuol Seng (ancienne prison S-21) © Helen Doyle 2012

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About tatoumemo

Scénariste et réalisatrice de films documentaires, Helen Doyle vit au Québec, mais ses sujets l'amènent en divers lieux du monde. Avec son complice Germain Bonneau - qui collabore d'ailleurs à ce blog - elle produit certains de ses films à travers les Productions Tatouages de la mémoire A l’hiver 2011, Helen Doyle recoit, du CALQ, la bourse de résidence d’artiste à Rome, où elle travaille sur son projet : Appunti sur Pasolini, poète civil. En novembre 2012, elle termine, après un an de travail intense, son film "Dans un océan d'images, j'ai vu les tumultes du monde", qui s'est mérité troix prix Gémeaux et une Étoile* de la SCAM. Un coffret réunissant plusieurs de ses œuvres accompagné d'une monographie sur son travail, édité par Vidéo femmes/Spira et les Éditions du Remue-ménage, est maintenant disponible sous le titre "Helen Doyle, cinéaste : La liberté de voir". En 2018, Helen reçoit le prix "Barbara H. Greene" reconnaissant une documentariste émérite. Helen travaille actuellement sur un projet de long métrage documentaire intitulé "Au lendemain de l'odyssée", qu'elle produit et réalise, avec l'appui de la SODEC, de Téléfilm Canada et des conseils des arts du Québec et du Canada.
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1 Response to Phnom Penh, prise 2 – De 1975 à 2012

  1. Je vous suis de loin les filles, Tatoumemo est fort touchant et je vous trouve bien courageuses.

    Bisous…

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