Me voilà à Paris, à quelques jours du début du tournage de Rapporteurs d’images (titre de travail), longue quête qui commence officiellement à Visa pour l’image à Perpignan en 2008. Mais lorsque je creuse un peu, je sais qu’elle date de bien plus loin.
Déjà, en 1999, je me rendais pour une première fois à Perpignan et des questions commençaient à prendre forme. De toutes ces photos, pourquoi certaines reviennent-elles nous hanter et resurgissent sans cesse? Et soudain, on souhaite en voir d’autres du même auteur et en savoir plus sur celui ou celle qui les a prises. Cette question a traversé plus d’une décennie et une sérieuse révolution technologique : l’Internet, le tout numérique et, dans les dernières années, les médias sociaux, le téléphone intelligent (?) et toutes les autres choses qui nous attendent (que l’on attend ?) encore… et qui naissent, me semble-t-il, à la vitesse de l’éclair.
Comment s’y retrouver ? Je suis de la génération qui a été bouleversée par les photos du Vietnam, qui pensait qu’il fallait soutenir les objecteurs de consciences – les «draft dodgers» – et manifester contre cette guerre, bien que nous n’y soyons pas engagés ; et tout ça à cause, entre autres, de photographies marquantes devenues «iconiques». Je ne suis pas de la génération des Capa et Gerda Taro et j’ai été heureuse de les découvrir au Barbican à Londres en 2009. Mais elles m’ont marquée les images de Gilles Caron, de Don McCullin ou de Catherine Leroy ; celles aussi de Mary Ellen Mark (la découverte de la photo sociale), cette photographe qui a certainement joué dans mon intérêt pour le documentaire. J’avais été bouleversée par ses photos de Ward 81 et chavirée par Street Wise (les photos et le documentaire, qu’elle signe aussi).
Eh, oui ! je nomme bien des femmes… C’est qu’en fait, ce projet a commencé par une question qui me tarabustait en 1992, celle de la présence grandissante des femmes comme reporters photographes journalistes sur les fronts au début des années 90. Il y a eu Lee Miller, de la période 1940-1950; puis Oriana Fallaci – «La vie, la guerre et puis rien», sur la guerre au Vietnam; Christine Spengler et d’autres femmes qui m’ont marquée, certaines que j’ai pu croiser, avec qui nous avons échangé au début de la guerre en Bosnie, Janine di Giovanni, par exemple, et Alexandra Boulat, que j’ai été heureuse de rencontrer dans une librairie de Sarajevo en 2000.Hier, je retrouvais Séra Ing Phousera. Il y avait maintenant près deux ans que je l’avais rencontré pour ce film.
Je devais casser la glace, si on peut employer cette expression alors qu’il faisait autour de 30 degrés ici… Bien sûr, la glace a fondu immédiatement et ce fut de belle retrouvailles en vue du repérage et du tournage que nous ferons dans quelques jours.
Aujourd’hui, c’est Nadia Benchalal que j’ai revue par un temps irlandais : il pleuvait «cats and dogs». Avec Nadia c’est toujours comme si nous nous étions laissé la veille. On a commencé à penser tournage en attendant que Nicole Giguère, ma complice des premières heures, me rejoigne
À l’heure qu’il est, Nicole en pleine présentation de son dernier documentaire «On me prend pour une chinoise !», précédé ce dimanche par son «Alice aux pays des gros nez». Nicole a réalisé deux films émouvants et magnifiques en y apportant une réflexion sur l’adoption internationale – celle des petites chinoises en particulier – mais en nous présentant ce parcours de mère, de parents adoptifs et d’enfants adoptés, puis de jeunes femmes, en permettant à ceux que le sujet pourrait laisser indifférents, parce que non concernés, d’être intéressés du début à la fin par la présentation de ces jeunes filles, femmes en train d’éclore avec tout ce qui accompagne les hauts et les bas de l’adolescence. Je parle comme ça non seulement parce que c’est une fidèle complice, une camarade travail et une amie, mais parce que j’apprécie ce travail acharné pour mettre à l’écran, avec pudeur mais sans compromis, cette réalité… le rôle d’être parent dans une société chaotique dans laquelle on doit trouver un sens à nos actions…
