Il y a quelques jours, Nathalie Barton, la productrice d’InformAction, et moi avons pris la route vers le Vermont. En reprenant contact avec mes Rapporteurs d’images, en effet, Letizia Battaglia, une de mes protagonistes, m’avait annoncé sa présence sur le campus de Middlebury, au Vermont, et elle était disponible pour nous rencontrer.
Quel plaisir de la revoir!
Ma première rencontre avec cette grande photographe a eu lieu au célèbre événement Visa pour l’Image en 1999.
De Perpignan, je notais alors dans mon calepin : «Je n’arrive pas encore à déterminer exactement pour quelle raison cette exposition de Battaglia est venue me chercher de façon si particulière. On a l’impression, à travers ces photographies, d’être témoin d’une histoire – histoire de la Sicile et du combat contre la mafia. Est-ce la qualité de l’accrochage, la qualité des tirages ou l’affection que l’on sent de la part de la photographe pour ses sujets et qui se transmet au-delà de la photographie qui en font quelque chose d’exceptionnel? Peut-être bien tout cela à la fois. Lorsque je croise l’auteur au débat, il n’y a plus de doute; il y a correspondance entre la photographe et ses photographies; il y a cette sincérité que l’on ressent, une limpidité, une telle vitalité, le mariage de la force et de la vulnérabilité. J’ai pu assister à la présentation de madame Battaglia : émouvante, chaleureuse, drôle et tragique, elle transmet ce courage et ce désir liberté. La fin de cette rencontre avec le public fut marquée par une ovation, la seule dont je fus témoin. En effet, la plupart des gens qui assistent à ces conférences sont des professionnels (les autres sont souvent des jeunes qui aspirent à faire ce métier). Et j’ai pu remarquer qu’ils étaient difficile à satisfaire : ils sont quelques fois cyniques, blasés et je dois avouer que j’ai perçu chez plusieurs d’entre eux une sorte de «blindage». Sans doute faut-il savoir se protéger, se carapacer pour faire ce métier… Malgré ça, cette Letizia Battaglia a suscité l’admiration de ses pairs.»
À Palerme, tout le monde la connaît. Melissa Harris, éditeur et responsable de la publication pour Aperture, la présente ainsi : «Letizia Battaglia (son nom signifie à la fois «joie» et «bataille») est elle-même un symbole de courage (…) ‘Ce n’est pas vrai que nous avons la mafia dans nos gènes’ réplique Letizia. Sa bataille n’est nullement motivée par la haine; ainsi que Milan Kundera l’écrit et que Battaglia le sent, ‘la haine nous piège en nous obligeant à rester trop lié à l’adversaire.’» Comment ne pas remuer ciel et terre pour retrouver La Battaglia?…
On se verra quelques mois plus tard en 1999 à New York, pendant quelques heures seulement. Elle est curieuse de tout et elle voulait voir mes documentaires; j’ai pu lui montrer, entre autres, Je t’aime gros gros gros…
À la fin de la projection, elle m’a dit «tu es barrroque» (avec plusieurs r). Je ne savais pas trop comment analyser ce commentaire, mais finalement, sa façon de sourire… le pétillement dans ses yeux m’ont fait prendre cela pour un compliment; ainsi donc, je suis baroque, soit! madame Battaglia. Puis, nous nous sommes perdues de vue.
Lors de la présentation au Festival de Créteil en 2008 de Birlyant, une histoire tcétchène, j’entend tout à coup une voix dans mon dos : «Hé! Je t’aime grrros, grrros, grrros!» Pas de doute : à sa manière de rouler les R et cet accent délicieux, c’est Letizia Battaglia! On présentait le documentaire Une femme contre la Mafia de Daniela Zanzotto; Letizia, elle, présentait un court-métrage qu’elle venait de réaliser, Fine della storia, et qui m’a beaucoup touchée…
Letizia est venue assister à ma projection; quelles retrouvailles! «Tu n’es jamais venue me voir à Palermo», m’a-t’elle dit. Je l’ai prise au mot et j’y suis allée!… J’avais ce projet en tête des Rapporteurs d’images… C’est comme ça que j’ai aussi fait la connaissance avec Malika Akbi – qui m’accompagnait et qui m’avait parlé des documentaires et des appunti de Pasolini…
Puis, un autre hasard nous a réunies à nouveau, Letizia et moi. Après cette visite à Palerme, j’ai dû aller à Milan pour tourner l’exposition d’Alfredo Jaar, un autre des Rapporteurs prévu pour le film. Je me suis souvenue alors que Letizia avait fait ses début à Milan comme journaliste. Je lui téléphone : «Letizia, y a-t-il quelque chose que je devrais repérer à Milan?»… C’est alors qu’elle m’annonce une exposition de son travail à quelques kilomètres de là, à Lodi, une charmante ville. Pourquoi ne pas faire coïncider le tournage et son vernissage? Ce que j’ai évidemment fait!
Et puis nous voilà au Vermont, sur un campus universitaire où Letizia vient de prononcer quelques conférences et où on l’a rejoint. Alors qu’on lui demande son agenda pour cet automne, elle nous dit «En septembre, j’ai un projet d’exposition collective en Turquie. Et un peu plus tard, en octobre, quelque chose à Amsterdam sur Pasolini… – Non! s’est écriée Nathalie… – Eh, oui… et il y aura aussi une oeuvre d’Alfredo Jaar…» C’est comme ça depuis le début avec Letizia, une rencontre incontournable.
Maintenant, nous nous retrouverons cet automne pour le tournage… à Palermo…







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