Je viens de terminer la lecture de «Survivance des Lucioles» de Georges Didi-Huberman; et je fais plusieurs découvertes grâce à cet historien de l’art et philosophe.
Didi-Huberman revient sur cette histoire de Pasolini qui, dans sa jeunesse durant la guerre, était parti festoyer avec quelques amis à quelques kilomètres du centre de Bologne; ils avaient vu les lucioles… image qu’il oppose à la lumière crue des miradors (l’Italie est en guerre, ne l’oublions pas). Puis, plus tard dans sa vie, Pasolini constate qu’il n’y a plus de lucioles : la pollution les a tuées. Didi-Huberman, malgré son grand respect pour Pasolini, tente de prouver que ce dernier s’était trompé et qu’elles existent toujours… au sens propre comme au figuré. Je pense ici à mon film Les Messagers (sur l’engagement contre la barbarie) qui se termine sur cette phrase de Daniel Mermet : «Tout le monde n’est pas obligé de mettre des bulles dans l’aquarium; mais en deçà d’un certain nombre de bulles, les poissons crèvent…»
J’écoute une conférence de Didi-Huberman sur ce sujet sur DailyMotion… qui reprend en gros des arguments de son livre. Je dois essayer de rencontrer ce philosophe et historien d’art car j’aime cette piste des lucioles… Elle recoupe d’ailleurs la missive de mon amie Luciana.
Depuis mon arrivée à Rome, j’ai l’impression que tout est en harmonie et que les choses sont constamment en train de se répondre, de s’entrelacer plus que jamais, avec harmonie, répondant à ma manière plus personnelle d’aborder la recherche, l’écriture et la vie. Je dis toujours à la blague que mon esprit et ma manière de voir et d’appréhender les choses sont en circonvolution et non analytique ou cartésienne. Un jour, j’ai découvert que cette manière d’appréhender la vie était celtique. À mon avis, ça ressemble drôlement au web.
Sur les traces de Pasolini
Je sais que ce film à faire sur Pasolini utilisera cette manière de voir; d’autant plus qu’elle correspond aussi à Pasolini (nous avons ce point commun). Pasolini est le noyau, le cœur, mon point de départ; Pasolini, sa vie, les lieux où il a vécu, les lieux qu’il a investis, mais aussi les gens qu’il a fréquentés, comme autant de paysages pasoliniens qui me donnent les clefs pour comprendre les thèmes qu’il aborde. Ces thèmes, 40 ans plus tard, me rejoignent (je les retrouve dans ses œuvres surtout documentaires); puis le cercle s’élargit et je suis ses traces et sa pensée toujours en circonvolution. Cela finit par déboucher sur ma quête à moi : un questionnement sur la démocratie…
Souvent, comme dans le cas des Messagers ou des Rapporteurs d’images, ces gens dont je croise la route m’aident, dans les difficultés de la production, à persévérer. Et moi qui ai eu le privilège d’entrer en contact avec ces éclaireurs, ces «jeteurs de lumière», je tiens à les faire connaître, car c’est un réel privilège de les avoir côtoyés…




