Luciana tient à m’éclairer sur l’importance du thème de la lumière et de l’ombre dans l’oeuvre de Pasolini. «La luce è sempre uguale ad altra luce»… «Cette lumière a été l’espoir de la justice: / que je ne connaissais pas : Justice / La lumière est toujours pareille à la lumière /…»
«Depuis plusieurs jours, je voulais vous dire ceci : je pense que c’est important, pour votre documentaire, la valeur particulière de la lumière chez Pasolini. Et l’opposition clair-obscur. Trouvez-les dans ses romans, sa poésie, son cinéma, ses documentaires. Peut-être que vous pourriez prendre un point de vue similaire, en insistant sur la lumière et l’obscurité… La lumière fait partie [de son oeuvre] dans un sens surtout symbolique, car elle met en évidence et définit les moments importants de sa vie et de son histoire : la liberté, la justice, la passion, la lutte…»
Luciana me ramène aussi à Rebibbia et aux mots mêmes de Pasolini…
«Pauvre comme un chat du Colisée,
Je vivais dans une bourgade faite de chaux
Et de nuées de poussière, loin de la ville
Et de la campagne, coincé tous les jours
Dans un autobus branlant :
Et chaque allée, chaque retour
Était un calvaire de sueur et d’angoisse.»
Rebibbia, où nous sommes allées avec Cecilia et Luciana, où nous avons trouvé la Maison du poète, close, et où, au centre d’une petite place, on retrouve un monument sur lequel est inscrit:
Ah, journées de Rebibbia / que je croyais perdues dans la lumière / de la nécessité, et que je découvre si libres!
…Doux, violent, révolutionnaire / par le langage et par le cœur. Un homme fleurissait.
Mais là, à Rebibbia, Pasolini est dans une lumière de vie…
Dans les Pagine corsare, on peut lire, sous la plume de Céline Parant : «Même s’il est issu de la petite bourgeoisie, Pasolini a fait lui-même l’expérience du faubourg romain et la connaissance du sous-prolétariat puisqu’il a habité à Rebibbia, située dans la zone est de Rome, lors de son arrivée dans la capitale. Il s’agit pour lui de « faubourgs construits par le fascisme comme des camps de concentration pour les pauvres », des zones non encore industrialisées peuplées de gens sans travail, une sorte de Tiers-Monde.
«Son intérêt pour le sous-prolétariat s’est alors développé à Rebibbia : il a été attiré par ce qu’il n’était pas. En effet, Pasolini était un « figlio di papà » comme il l’explique à Ninetto Davoli, il était donc « stupito, meravigliato » par ce monde inconnu, ces personnes qui travaillaient là où il n’y avait justement pas de travail. Cet intérêt est à la fois historique et psychologique car Pasolini considère tous les gens avec autant de respect, ils sont tous « comme des pères et des mères ». Il ne peut donc être que touché par leur destin, son coeur le poussant à dénoncer les abus de la société et l’attirant inexorablement vers un Temps révolu.»
Puis je suis tombée sur ce clip qui décrit Rebibbia et Ponte Mamolo, où vit une communauté d’immigrants érythréens – 40 ans plus tard…




