Ombres et lumières… Nadia Benchallal

     Nadia aux Récollets 2009         © Helen Doyle

Hier j’ai eu une belle et longue conversation avec mon amie Nadia Benchallal; des années qu’on se côtoie. Elle est photographe et j’aime son regard et ses exigences, ses questions et sa volonté d’aller toujours plus loin en restant singulière dans sa signature…

«Depuis plusieurs années, je développe un projet sur les femmes musulmanes dans le monde. Ce  projet explore leurs positions dans les sociétés aux cultures et traditions diverses. Également, comment elles s’émancipent et s’emparent de la modernité tout en préservant leur tradition et leur culture dans des pays conservateurs. Mon projet est d’aller au-delà des apparences, rechercher l’intime pour transcrire en images leur quotidien et les transformations significatives aujourd’hui.»

Gaza © Nadia Belchallal

Algérie © Nadia Benchallal

Nous avons une jolie histoire en commun. Une amie, Virginie, nous avait mises en contact à mon retour de Sarajevo, sachant que Nadia en revenait elle aussi. Nous nous étions rencontrées chez-elle et j’ai souvenir d’un très bel espace et de sa présence chaleureuse et passionnée. En partant, je lui avais laissé un copie de mon documentaire Le Rendez-vous de Sarajevo.

Je suis restée longtemps sans nouvelle d’elle, plusieurs semaines… Puis un jour, sur mon répondeur, sa voix : «Je viens de visionner ton film avec des amis qui ont eux aussi travaillé à Sarajevo. Moi, une chose m’a jetée par terre : tu as tourné à un endroit où j’ai donné des ateliers de photographie à des jeunes. Eh, bien! Un de ceux-là est dans ton film, Robert! Un garçon plein de talent que j’aimais beaucoup…»

Oui, je me souviens bien de Robert, ce jeune garçon qui avait aussi interprété Le petit Prince dans ce centre pour jeunes… Il cherchait partout la cassette de l’enregistrement de la pièce pour me la montrer. Petit prince de Sarajevo… Comment oublier sa bouille et comment oublier son visage défait lorsqu’on lui dit qu’on ne savait pas où était la cassette? Mais je ne sais ce qui le rendait le plus triste, qu’on ne retrouve pas cette cassette ou d’entendre son copain lui dire cette chose terrible : «Si la guerre recommence, toi tu seras mon ennemi. Tu sais bien qu’on n’est pas du même camp… Alors moi je n’hésiterai pas, je te tuerai… C’est mon devoir!»

Je n’oublierai jamais le visage de Robert, qui avait accepté de témoigner parce que son nom était Robert «comme Robert Redford», m’avait-il dit. Je n’oublierai jamais ces jeunes, pas plus que Nadia qui me parle de lui, et des autres jeunes, et des femmes de Sebrenica. Aujourd’hui encore, suite à l’arrestation de Mladic, on parle de ces gens qu’on ne peut oublier…

Nadia rêve de poursuivre ce travail…

Moi je rêve qu’un jour, ensemble, on fasse la route…

Bosnie © Nadia Benchallal

Robert rêvait d’être camionneur, pour sortir de cet enfer… Robert, petit prince de Sarajevo…

Pour en savoir plus sur Nadia Belchallal

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About tatoumemo

Scénariste et réalisatrice de films documentaires, Helen Doyle vit au Québec, mais ses sujets l'amènent en divers lieux du monde. Avec son complice Germain Bonneau - qui collabore d'ailleurs à ce blog - elle produit certains de ses films à travers les Productions Tatouages de la mémoire A l’hiver 2011, Helen Doyle recoit, du CALQ, la bourse de résidence d’artiste à Rome, où elle travaille sur son projet : Appunti sur Pasolini, poète civil. En novembre 2012, elle termine, après un an de travail intense, son film "Dans un océan d'images, j'ai vu les tumultes du monde", qui s'est mérité troix prix Gémeaux et une Étoile* de la SCAM. Un coffret réunissant plusieurs de ses œuvres accompagné d'une monographie sur son travail, édité par Vidéo femmes/Spira et les Éditions du Remue-ménage, est maintenant disponible sous le titre "Helen Doyle, cinéaste : La liberté de voir". En 2018, Helen reçoit le prix "Barbara H. Greene" reconnaissant une documentariste émérite. Helen travaille actuellement sur un projet de long métrage documentaire intitulé "Au lendemain de l'odyssée", qu'elle produit et réalise, avec l'appui de la SODEC, de Téléfilm Canada et des conseils des arts du Québec et du Canada.
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