Tous les jours, beau temps, mauvais temps, de ma fenêtre, je le vois sur sa terrasse, trois étages plus bas, couché sur son coussin. Il attend que quelqu’un se manifeste. Et il passe la plus grande partie de la journée à attendre… sur sa terrasse, sur son coussin.
C’est mon ami le chien. Et je lui parle.
Je suis étonnée du nombre de propriétaires de chiens à Rome. Dans mon souvenir, Rome était une ville envahie par les chats. Lorsque je suis venue en 1989, il y en avait beaucoup d’errants autour de la Via Divino Amore, et en juin, la rue exhalait une forte odeur de matous.
Ma théorie – elle vaut ce qu’elle vaut, je ne suis pas Chomsky, n’est-ce pas le chien? – les Romains veulent se distinguer des touristes (il doit bien y avoir un touriste pour chaque Romain dans le Centro storico, et plus encore à la fontaine de Trevi, même en janvier!) Donc, le Romain, pour affirmer son appartenance à cette ville, à ce pays, se promène avec son chien, le chat s’y refusant catégoriquement – c’est dans sa nature.
Le Romain promène aussi, qui sa poussette, qui son petit vieux ou sa petite vieille qui marche très lentement. Il énerve le touriste qui galope, galope d’un monument à l’autre. Et ici, des monuments, il y en a tant et tant! Alors le touriste qui voyage en grappe et en horde risque à tout moment de heurter et de faire basculer la poussette, le chien ou le vieux…
Je dirais que les Romains ont un curieux comportement : ils ne semblent pas trop savoir quoi faire avec leurs bêtes. Je les vois promener leur chien comme si c’était un chat. Pas tous, non, mais quand je te vois, mon ami chien, attendre des journées entières sur ta terrasse, comme un bouddhiste, et que de la rue s’élève une polyphonie de jappements, toi, tu dresses l’oreille et tu attends, stoïquement.
Il est vrai qu’au Québec, comme en Angleterre, on bichonne nos chiens peut-être un peu trop. Chez-nous, dans la rue, tu vois, un maître avec son chien, tu le salues, tu lui dis que son chien est beau, tu lui demandes quelle race; et le chien et le maître sont contents, fiers. Ici, on dirait qu’on pile dans leur aura, et, oui, ils se sentent menacés… Bon, j’exagère peut-être, mais on dirait que ça ne va pas; on les contrarie. Pourtant, ils sont gentils les Romains. Finalement, le chat convient mieux aux Romains, le chat se foutant de l’humain comme de sa…première chemise!


Je t’imagine bien causant avec ton ami le chien, en italien, il va sans dire…
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