Chaque fois que je passe à Paris, je fais un arrêt chez mon amie, l’artiste Danielle-Marie Chanut. Elle vient d’emménager dans un nouvel atelier, rue Bénard, dans le 14ième.
Lorsque j’ai fait sa connaissance en 1980, Danielle-Mairie créait des masques; maintenant elle se consacre plutôt aux livres détournés.
Au cours de l’ été dernier, durant trois mois, au Musée des Arts Naïfs et Populaires de Noyers (un village médiéval) en Bourgogne, elle présentait une grande exposition, Des Singularitez et Chimères…
Enfant sauvage, j’avais comme amis
La bibliothèque de mon grand-père et le marronnier du jardin.
Les livres sont faits pour être lus dans les arbres.
Ils sont animaux et végétaux et, comme le marronnier,
Ils racontent des histoires. Ils portent les cailloux du petit Poucet.
Piègent l’œil, crachent la colère,
Sont percés des flèches des indiens, soumis par ruse et par force…
Sable, pierre, peaux, os, bois flottés, racines et becs…
et petites choses insignifiantes,
le soutiennent, les creusent, les entrouvrent et les livrent.
Il faut explorer son site http://www.danielle-marie-chanut.fr/
L’expérience est pur moment d’enchantement, mais comme ces œuvres sont en trois dimensions, elles sont magiques lorsqu’on peut les voir… Quand on entre dans son atelier (sur rendez-vous), on a l’impression de pénétrer dans la caverne d’Ali Baba. Et Danielle-Marie se charge de vous envoûter en vous racontant, comme la Shéhérazade des Mille et une nuits, ses mille et une nuits à elle, à assembler ces petits morceaux de plumes, de perles, de porcelaine, illustrations et livres anciens qui l’inspirent pour en faire Souvenirs de sables, Ne cherchez plus mon Cœur, les Bêtes l’ont mangé (Beaudelaire), Livres grotesques et quelque peu baroques…
À partir d’un morceau de verroterie, elle construit un univers poétique, fantasmagorique.
Et de son regard amusé et espiègle, Danielle surveille le moment où vous serez tout à coup, comme Alice aux pays des merveilles, entraînée dans son univers, aux prises avec un de ses sortilèges… Mais n’ayez crainte : ce ne sont pas des maléfices.



