Le nom Pasolini dérive du mot Pase (paix, en dialecte) qui a donné Pasini et Pasolini…
Pasolini a utilisé tellement de formes d’expressions : le dessin, la poésie, le théâtre, le roman… et le cinéma, comme scénariste puis comme réalisateur et acteur; et c’est sans compter les essais, les articles et les correspondances… «C’est un pays», me dit le signor Chiesi. «…Une créature protéiforme… qui n’ a pas de réels équivalents parmi les créateurs de son temps», dira René de Ceccatty, traducteur de PPP et l’un de ses nombreux biographes.
Je poursuis mes recherches et nous retrouvons, dans le Ghetto juif , l’appartement où Pasolini a pris une chambre à son arrivée à Rome en 1950. Par quelle fenêtre a-t-il regardé cette ville ? Je me plonge dans Racconti Romani (Nouvelles romaines) …
À deux pas de là, au détour d’une ruelle, nous tombons sur une superbe boutique de photos : la Libreria galleria il museo del louvre, Via della Reginella. Comment résister?
Une jeune femme sympathique – Benedetta, voyant notre intérêt pour une photo de Pasolini avec sa mère Suzanna accrochée au mur, sort un portefolio avec des photos de Pasolini. Il y a là des photos de tournage : Pasolini y dirige une jeune femme, et danse, et sourit; il est si concentré et il semble si heureux… Ah! je voudrais être riche pour acheter toute cette série magnifique du photographe Paolo di Paolo. En fait, Pasolini dirige la danse de Salomé dans L’Évangile selon Mathieu. J’ai déjà eu cette sensation en regardant, à la Cineteca de Bologne, des photos prises en voyage lors de la réalisation de ses appunti. L’ouverture de Comizi d’amore me plaît aussi beaucoup; j’y retrouve un homme attentif aux gens…
Ce que j’aime, par exemple, dans ce film et dans ces appunti, c’est le sourire de Pasolini, le plaisir qu’il semble prendre à interroger, à voyager, à regarder les gens, les enfants, ou à se saisir de la caméra et à cadrer des paysages, des visages. Il y a ce Pasolini heureux… C’est probablement beaucoup dire, mais qui tranche avec l’image de l’intellectuel sombre et tourmenté. Là, tout à coup, Pasolini est un confrère que j’admire et avec qui je peux dialoguer; il n ’est plus un géant, il est Pier Paolo… J’aime bien ce Pasolini souriant, il est moins intimidant; je le regarde et je vois le côté instinctuel et sensoriel, ludique, que je trouve si important dans notre métier : le sens du jeu…
(penser à relire le Poème Le jeu de Hector de St-Denys Garneau…)


