Mon père aurait eu 100 ans ce mois-ci.
Je me rappelle ses récits de sa visite à Rome en 1956 et le tas de diapositives qu’il avait faites, toutes surexposées… Je me souviens de ces images où il ne restait que quelques détails mais que, régulièrement, il projetait le dimanche en écoutant de l’opéra… Son image à lui me revient comme ces images délavées : un œil bleu profond, l’esquisse d’un sourire, quelques taches de rousseur, une longue silhouette qui se voûte et qui fait penser à L. Cohen aujourd’hui.
C’est avec lui que j’ai appris des comptines, des «nursery rhymes», des berceuses – le «Lullaby» de Brahms – et à jouer toutes sortes de jeux, à danser, à valser, en mettant mes pieds sur ses pieds.
Mon père, par moment, se montrait «plus catholique que le pape» (ça fait drôle d’écrire ça justement ici), mais avec ce petit côté irlandais, le côté farfadet. Il avait un étonnant sens de l’humour. Ainsi, un soir, alors qu’il était hospitalisé, il s’est levé péniblement, a empoigné le poteau de son soluté comme si c’était une grande dame en robe de bal, et avait valsé tout en chantonnant une valse… Cela m’a inspiré la scène finale de Soupirs d’âme.
Ce soir, je remercie celles et ceux qui m’ont aidée à lui rendre hommage, qui y ont contribué. Ma pensée va particulièrement vers les danseurs et chorégraphes Bill Coleman et Lucie Boissinot; merci encore à vous deux pour cette interprétation qui, pour moi, sera toujours, grâce à vous, un hommage à cet homme que j’aime, qui aurait 100 ans…

