Les premiers films que j’ai vus, c’était au couvent ou à la salle paroissiale du Sacré-Cœur à Chicoutimi. (Ce nom, Chicoutimi, serait d’origine montagnaise et viendrait du mot «shkoutimeou», qui peut être traduit par «la fin des eaux profondes». Et en effet, Chicoutimi se trouve dans le fond du fjord du Saguenay.) Cette salle paroissiale et ce couvent – où les bonnes soeurs prodiguaient l’enseignement pour filles seulement – sont aujourd’hui disparus. On nous projetait des films tournés par les missionnaires en Chine et en Afrique, qui prêchaient pour susciter des vocations et promouvoir les vertus théologiques de la foi, de l’espérance et de la charité… Des films comme on peut en voir maintenant à la télévision …mais sans les bonnes soeurs et les curés missionnaires. Ces documents tentent de nous attendrir aujourd’hui avec nos vedettes populaires qui s’épanchent sur le sort des enfants. Comme je peux détester ses émissions ! Il est juste de se soucier du sort des enfants, les nôtres et ceux d’ailleurs dans le monde. Mais la facture et la manière insidieuse qu’ont ces documents de nous embobiner me fait rager. On est loin de l’altérité, thème qui m’a immédiatement séduite quand Malika m’a parlé de son travail sur Pasolini. Pas le mot compassion, non, le mot altérité.
J’adopte cette distinction fondamentale entre tolérance et altérité :
• avec la tolérance, ma liberté s’arrête là où commence celle des autres – justifiant le regard qui se détourne au nom de l’idée que je ne dois pas me mêler des affaires des autres ;
• avec l’altérité, ma liberté s’étend au travers de celle des autres – impliquant l’attention aux autres, le respect fondamental et l’ingérence dans les situations identifiées comme portant atteinte aux droits fondamentaux des humains d’être eux-mêmes et chacun différent.
(Jean-Louis Lascoux, Et tu deviendras médiateur et peut-être philosophe, édition Médiateur, 2008)
