Le cinéma Impérial était à deux pas de notre maison et mes parents y allaient régulièrement «aux vues». Parfois, quand ils ne trouvaient pas de gardienne, ils m’amenaient avec eux ; alors, en catimini, ils se faufilaient par la porte de côté avec la complicité du propriétaire. Je me retrouvais assise sagement entre mon père et ma mère dans cette grande salle aux fauteuils de velours rouge, où des images dansaient, parlaient et faisaient même de la musique… J’étais très petite; je devais avoir trois ou quatre ans et je ne saisissais pas le sens de ce qui se déployait devant moi. J’étais tout simplement heureuse et rassurée d’être assise là, entre mon père et ma mère, dans ma couverture de laine, comme le personnage de Linus dans les bandes dessinés de Snoopy. Et je finissais par m’endormir, là, entre mon père et ma mère, au lieu d’être seule dans ma chambre, où mille monstres pouvaient surgir de sous le lit, et parmi eux, le plus terrible, le Windigo, le géant cannibale de la forêt (la gardienne étant plus occupée à donner ses premiers french kiss à son chum qu’à apaiser mes crises de terreur…) Combien de fois suis-je allée ainsi avec eux au cinéma d’adultes ? Je ne sais pas vraiment… Mais c’est imprimé, comme un tatouage, dans ma mémoire.
Je me souviens aussi que j’adorais passer de longs moments devant les vitrines du cinéma où s’affichaient les images des films «présentement à l’affiche» et celles des films à venir, comme des story boards aux couleurs surannés. Puis, je rentrais à la maison et je redessinais les images que je venais de voir, ou bien celles des contes de fée qu’on me lisait, quand ce n’était pas celles que je me projetais dans ma tête. Mon enfance est peuplée de petites vues animées que je me fabriquais.
Le diamant bleu
Rares sont les films régionnaux à cette époque. En fait, mon souvenir le plus précis est celui d’un film produit et tourné dans ma région, le Saguenay : Le diamant bleu de Roger Laliberté.
La visite de ce site vaut vraiment le détour…
J’avais 7 ans et j’étais très impressionnée car mon petit voisin, Jean Dupérré, avait été enlevé dans cette histoire de diamant bleu.
Le dimanche suivant, à la messe, encore toute malheureuse de sa disparition, ne voilà-t-il pas que j’aperçois le petit Dupéré se diriger tranquillement vers la balustrade pour la communion. Je vois encore l’air confus de mes parents lorsque j’ai crié très fort dans l’église : «Il est vivant! Il est vivant !…»
Je suis certaine que le curé Paquet a dû être profondement secoué : «Il est vivant!»… En voilà une qui a des visions, une illuminée… peut-être une sainte pour sa paroisse…
Mes parents ont dû m’expliquer en long et en large comment se faisait un film et que cette histoire, ce n’était que du cinéma.




Est-ce qu’on peut trouver le film – le diamant bleu?
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Je crois a la cinematheque. Je me rappelle vaguement une conversation avec Robert Daudelin a qui je parlais de cette anecdote
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