Il arrive souvent, lors de rencontres avec des étudiants en cinéma ou avec le public, lors de la présentation de mes documentaires, qu’on me demande comment m’est venu un sujet. Ce sont toujours des trajets sinueux, des rencontres, des obsessions… Et des quêtes. Il est parfois difficile de répondre : on a oublié les éléments déclencheurs. Mais pour ce projet là, les choses sont claires.
Ce jour pluvieux de janvier, Malika me rend visite. Elle arrive de Napoli et nous commençons nos échanges sur mon projet, sur le processus créatif de Pasolini, sur ses documentaires et ses appunti, tout en faisant une ballade dans les quartiers romains du Monterverde et du Trastevere.
Deux ans que j’ai rencontré Malika. Durant l’automne 2008, mes pas m’ont menée jusqu’au sud de l’Italie. Sachant que je me rendais à Palerme, une amie m’avait mise en lien avec Malika; cette jeune femme a tenu à m’accueillir dès mon arrivée.
J’allais rencontrer la grande photographe Letizia Battaglia – qui a lutté pendant 40 ans, avec son appareil photo, contre la mafia – afin de compléter ma recherche pour un nouveau scénario, Rapporteurs d’images. J’ai connu Letizia à Visa pour l’image, à Perpignan, en 1999; je l’ai revue à New York, puis nous nous sommes retrouvées au Festival international de Films de Femmes de Créteil en mars 2008, où nos films respectifs étaient programmés.
Lors de ma visite chez Letizia, Malika me sert d’interprète, mais il lui arrive aussi de poser elle-même des questions à Battaglia. Je sens une sorte de chimie naturelle entre nous deux, comme si on travaillait ensemble depuis toujours.
Bientôt, au-delà de cet accueil chaleureux, nous nous mettons à échanger sur nos projets. Malika m’apprend qu’elle «planche» – entre autres – sur une thèse dont le sujet est « Une réflexion sur l’altérité à partir des documentaires de Pier Paolo Pasolini ».
Accompagnée de Malika, que vais-je découvrir en me lançant dans cette quête ? Quel en sera l’axe principal et comment relier tout cela, moi, Nord-américaine et Québécoise?… Une chose est certaine : Pasolini a marqué ma jeunesse. Je me revois au ciné-club, profondément troublée par Theorema…
Après cette rencontre à Palerme, de retour à Montréal, j’ai laissé du temps passer. J’ai mis cette idée dans «la quatrième partie de mon cerveau»; je ne voulais plus penser à ça, trop difficile. Je voyais les problèmes : la distance, le temps et, toujours, le financement. Mais voilà, Pasolini est revenu me hanter.
Deux ans plus tard, me voici à Rome en compagnie de Malika. Et c’est en sa compagnie que je me lance Sur les traces de Pasolini. Je tiens à lui montrer un document nouveau sur le site http://www.pasolini.net/cinema_Sana’a-e-intervista-Davoli-FioreMille.htm
Une version vraiment belle du court métrage de Pasolini Les murs de Sana’a. Les images sont d’une grande qualité à comparer à d’autres versions, mais la voix de Pasolini, son commentaire, n’est plus là! Une voix off française remplace celle de Pasolini. En plus, ce n’est pas vraiment son texte. Sa poésie, son lyrisme : évacués! Nous sommes troublées, Malika et moi. Nous aurons à vérifier plus tard la raison de cette absence… troublante.
Mais voici que tout en échangeant sur ce «cas» et en navigant sur le site, je tombe sur l’annonce d’une exposition de photos de Letizia Battaglia à Rome.
http://www.pasolini.net/notizie_mostrafoto_LetiziaBattaglia.htm
Commencée en décembre, elle doit se terminer justement cette fin de semaine. En plus de ses célèbres photos sur la mafia, terrifiantes et troublantes, il y a toujours aussi ses photos réjouissantes des gens et de la vie de tous les jours; et à travers celles-là, des photos de Pasolini…
Nous sommes allées ce matin à la Foto Libreria Galleria ST, Via degli Ombrellari. Cela augure bien et inaugure de belle façon mon travail : des photos de Pasolini réalisées par Letizia Battaglia… Clin d’œil du destin?…
L’endroit est charmant et accueillant. Rapidement, voyant notre intérêt, on s’empresse de nous montrer une chose et l’autre concernant Pasolini et Letizia Battaglia. Mateo nous explique que ces photos ont été faites à Milan alors que Battaglia était journaliste, mais pas encore photographe. Puis, il ajoute : «J’avais aussi un ou deux exemplaire d’un petit livre des éditions Battaglia sur Pasolini; je vais voir si je ne peux pas en trouver un pour vous…»
A presto







